Strasbourg : un enregistrement glaçant montre l’indifférence du Samu face à un appel au secours

, par  DMigneau , popularité : 0%

Strasbourg : un enregistrement glaçant montre l’indifférence du Samu face à un appel au secours

Image d’illustration. Une enquête administrative a été ouverte par l’hôpital de Strasbourg. - PIERRE ANDRIEU / AFP

Un enregistrement daté du 27 décembre 2017 révèle les moqueries répétées de deux personnels du SAMU de Strasbourg, refusant de venir en aide à une jeune femme souffrante. Elle mourra quelques heures plus tard.

" - Aidez-moi Madame [voix très faible]...

- Oui, qu’est-ce qui se passe ?

- Aidez-moi...

- Bon si vous me dites pas ce qui se passe, je raccroche !

- Madame, j’ai très mal.

- Oui ben vous appelez un médecin. D’accord ? Vous appelez SOS Médecins.

- Je peux pas.

- Vous pouvez pas ? Vous pouvez appeler les pompiers, mais vous pouvez pas...

- Je vais mourir.

- Oui, vous allez mourir certainement un jour, comme tout le monde. OK ?

- S’il vous plaît aidez-moi, madame.

- Je peux pas vous aider, je sais pas ce que vous avez.

- J’ai très mal.

- Oui, et où ?

- J’ai très mal au ventre, partout.

- Oui ben vous appelez SOS Médecin. Voilà, ça je peux pas le faire à votre place. Au revoir. "

Ces extraits d’un enregistrement publié par le journal local alsacien " Heb’di " vendredi 27 avril donnent à voir la conversation entre deux personnels du « Samu » et une jeune Strasbourgeoise.

Cinq mois plus tôt, le 27 décembre 2017, cette jeune femme de 22 ans appelait le « Samu », prise de violentes douleurs au ventre. Le début de l’enregistrement met en lumière les moqueries et sarcasmes entre deux membres du personnel du « Samu », puis la conversation démarre avec Naomi Musenga, plus effarante encore.

La personne qui prend son appel passe outre l’extrême faiblesse d’une voix qui implore " Aidez-moi, j’ai très mal ", " S’il vous plaît, aidez-moi ".

Très cassante, l’interlocutrice cherche à la faire appeler « SOS Médecins ». Selon le média alsacien, la jeune femme aura réussi à appeler ces derniers... qui l’auraient à leur tour renvoyé vers le « SAMU ».

Selon " Le Monde ", la jeune femme a attendu plus de cinq heures avant d’être transportée à l’hôpital de Strasbourg, encore consciente.

Après deux arrêts cardiaques et un passage au service de réanimation, la jeune femme décède.

L’autopsie, effectuée cinq jours après sa mort, mentionne un " état de putréfaction avancée multi-viscérale ". Selon le rapport d’autopsie que " Le Monde " s’est procuré, Naomi Musenga serait morte d’une " défaillance multi-viscérale sur choc hémorragique ", c’est-à-dire que plusieurs organes se sont arrêtés, dont l’origine reste pour l’instant inconnue.

Impossible, pour le moment, de savoir si l’attente a aggravé son état de santé initial.

" Nous ne savons toujours pas pourquoi Naomi est décédée "

Le slogan " #JusticePourNaomi " a fleuri sur les réseaux sociaux réclamant des sanctions judiciaires.

La famille de Naomi s’est ainsi exprimée dans LCI : " Personne ne devrait mourir dans ces conditions. Aujourd’hui, il faut que ça se sache ! ".

Et d’ajouter : " Nous ne savons toujours pas pourquoi Naomi est décédée. (...) Il faut qu’on comprenne ".

L’enregistrement, qui dure trois minutes, a été obtenu par la famille trois semaines après le drame et authentifié par l’hôpital de Strasbourg.

Ce dernier a annoncé dans un communiqué de presse daté du 3 mai 2018 qu’une enquête interne était en cours pour " faire toute la lumière sur les faits rapportés dans l’article ".

La famille Musenga a, de son côté, saisi le parquet de Strasbourg.

Article mis à jour le 08.05.2018 à 20h03

Ce mardi 8 mai, en fin d’après-midi, Patrick Pelloux, urgentiste au « Samu » de Paris et ancien chroniqueur à " Charlie Hebdo ", s’est exprimé auprès du " Parisien " pour faire part de son effarement.

" Cet enregistrement est épouvantable ", a-t-il déclaré, ajoutant qu’une profonde refonte du « Samu » en France était nécessaire : « Nous devenons de véritables " call centers ". C’est inacceptable ».

La solution ?

« Recruter massivement du personnel dans les " centres de régulation " et surtout une vraie remise en question de l’organisation des secours en France. Il faut créer un système unique et plus efficace  », selon lui.

Il a ainsi annoncé vouloir saisir la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, afin d’engager ce " travail de réflexion ".

Agnès Buzyn, elle, a réagi un peu plus tard en se disant " profondément indignée " par les circonstances du décès de Naomi.

Elle a annoncé vouloir demander une enquête à l’Igas (" Inspection générale des affaires sociales ") " sur ces graves dysfonctionnements ".

Et d’ajouter : " Je m’engage à ce que sa famille obtienne toutes les informations ".

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