Primaire à " gauche " : derrière les tractations, un énième projet de replâtrage de " la gauche " néo-libérale

, par  DMigneau , popularité : 0%

Primaire à " gauche " : derrière les tractations, un énième projet de replâtrage de " la gauche " néo-libérale

AFP

Mercredi dernier, Anne Hidalgo tentait le tout pour le tout en proposant une primaire " à gauche ". Profitant de la dynamique ouverte par la primaire de la droite, l’initiative a mis la pression sur Yannick Jadot tandis que la " Primaire populaire " s’est saisie de l’opportunité pour faire valoir son projet d’ " union de la gauche ".

Plus récemment, c’est Christiane Taubira qui pourrait chercher à s’inscrire dans cette dynamique qui dessine une tentative de replâtrage de " la gauche " institutionnelle " social-libérale ".

Primaire " à gauche " : la tentative de la dernière chance pour le " PS "

Mercredi dernier, Anne Hidalgo lançait au " JT " de " TF1 " un appel à une primaire de " la gauche " : " cette gauche fracturée, qui aujourd’hui désespère nos concitoyens, doit se retrouver et se rassembler pour gouverner ".

Candidate d’un parti en décomposition, à la tête d’une campagne inexistante, la maire de Paris jouait ainsi " le tout pour le tout ", cherchant à se placer au-dessus de la mêlée en dépit de sa position dramatique dans les sondages.

L’appel révélait évidemment une volonté d’Anne Hidalgo – qui aurait pris la décision d’elle-même – de conjurer l’impuissance de sa candidature dont la " dynamique " s’inscrit dans la décomposition de ce qu’il reste du " PS " de François Hollande.

Si elle a pu compter sur le ralliement à l’idée de Arnaud Montebourg, à la recherche d’une " voie de sortie " face à l’échec de sa candidature, l’opération est d’abord et avant tout dirigée en direction d’ " EELV ".

L’organisation, à la peine dans les sondages bien que dans une moindre mesure, partage - en effet - 99 % de l’orientation " centre-gauche " du " PS ", adaptée aux institutions en place et à une certaine orthodoxie « néo-libérale ».

Surtout, tous deux ont intérêt à éviter un leadership de " la France Insoumise " sur la gauche en 2022.

Avec la " Primaire Populaire ", à laquelle s’est raccrochée Anne Hidalgo, celle-ci peut s’appuyer sur un projet pré-existant, qui se prétend " au-dessus " des " batailles d’appareil ", pour légitimer sa démarche et la leur.

Fondé notamment par Samuel Grzybowski, " entrepreneur social ", fondateur de " Co-exister ", la " Primaire Populaire " se structure autour de jeunes cadres issus des " grandes écoles " et passés par les " mouvements citoyens ", les ONG et " l’économie sociale et solidaire ".

Clément Pairot, responsable du pôle " mobilisation ", est - par exemple - diplômé de l’ESSEC et ancien consultant pour un cabinet d’accompagnement des entreprises à la " transition écologique ".

Bref, des " urbains " ultra-diplômés et " progressistes " », dont le profil évoque les " déçus " du " macronisme ".

" EELV " sous pression

Si l’idée d’une primaire répond plus à un " instinct de survie " qu’à un profond désir d’unité, force est de constater que celui-ci a rencontré un écho, rencontrant une certaine aspiration à " l’unité " au sein d’une partie de ce que l’on peut appeler le " peuple de gauche ".

Ce mardi, un sondage " IPSOS " affirmait que 73 % des " sympathisants de gauche " étaient favorables à une primaire de " la gauche ".

Alors que la gauche est donnée perdante dans une élection qui se jouera à droite, la perspective de limiter les dégâts en " serrant les rangs " semble tentante pour une partie des électeurs.

De quoi générer une pression sur les " appareils " des partis de la " gauche " sociale-libérale qu’il s’agisse du " PS ", d’ " EELV ".

Et pour cause, au sein d’ " EELV ", l’idée d’une " union de la gauche ", surtout avec le " PS " est plutôt partagée à la base. Rien d’étonnant tant la direction d’ " EELV " a cherché depuis plus d’un an déjà à construire un tel rassemblement avec de multiples rencontres à la clé.

Cette " union ", celle de la " gauche " bourgeoise, répond aux enjeux des rapports de force électoraux et à des intérêts d’appareils qui, loin de chercher à répondre aux aspirations légitimes à l’unité de la base, cherchent une voie pour se positionner en " pole position " pour les futures recompositions à " gauche " après la présidentielle.

Une unité pourquoi faire ? Une tentative désespérée de replâtrer une gauche « néo-libérale »

Face à la montée de « l’extrême-droite » et à la " primaire " de la droite qui a ressuscitée Pécresse et l’espoir d’une recomposition de " LR ", la " gauche " institutionnelle se retrouve en effet totalement désunie et écartelée.

Dès lors, certains cherchent l’opportunité de se " recomposer " dans le champ de ruine qui caractérise la " gauche " aujourd’hui.

En ce sens, l’appel à une " primaire " a ouvert une perspective inattendue jusqu’ici bien que récurrente : le retour du spectre de Christiane Taubira.

Cherchant à se positionner, dans la vague de la " Primaire Populaire ", sa probable candidature sonne d’ores et déjà comme " une épine dans le pied " d’Hidalgo qui se voyait en principale opposante à Jadot.

Une candidature qui irrite aussi Sandrine Rousseau qui, après avoir critiqué Jadot pour s’être " recroquevillé ", réserve un accueil très froid à l’hypothétique candidature.

De fait, " l’union " est avant tout une question " d’appareils " que la figure de Taubira pourrait déranger en suscitant l’intérêt d’une partie des sympathisants " de gauche ".

Si celle-ci pourrait chercher à profiter de l’aspiration à un politicien " providentiel " capable d’unir la gauche pour se placer et mettre en difficultés le duo " PS – EELV ", reste que sa candidature ne changerait pas en profondeur les coordonnées du projet d’union de " la gauche " promis ici.

Les appels à " l’unité " ne sauraient - en effet - faire oublier que celle-ci se fera autour d’un programme néo-libéral " de gauche ", comme le " PS " a su l’incarner historiquement, fait d’attaques contre les travailleurs, de lois sécuritaires et d’un soupçon de mesures symboliques.

Que ce soit Hidalgo, digne héritière du " PS " de Francois Hollande, qui a cassé le code du travail avec la loi El Khomri en 2016, ou Jadot, tenant du capitalisme " vert ", chacun défend clairement un capitalisme, teinté de " social ", mais profondément néo-libéral.

Et si Christiane Taubira peut être perçue comme plus " radicale ", du fait notamment de son rattachement à des lois perçues comme " progressistes " - Loi Taubira, " Mariage pour Tous " - ou de sa rupture avec le " hollandisme " sur la " déchéance de nationalité ", elle s’inscrit dans la droite lignée du " PS ", comme en témoigne son parcours marqué par l’opportunisme et l’allégeance aux institutions du régime.

Bref, si les mouvements à gauche préparent des recompositions ou l’unification d’un bloc pour la présidentielle, celui-ci s’inscrira dans la tradition directe de la " gauche de gouvernement " qui, depuis 1981, a multiplié les trahisons et mené les pires attaques contre le « monde du travail ».

Alors que le projet de Jean-Luc Mélenchon, qui se drape de plus de " radicalité ", reste profondément marqué par le " mitterrandisme " et l’allégeance aux institutions, c’est d’une " gauche " révolutionnaire, loin de toute perspective de " replâtrage " des partis de gouvernement, que nous avons besoin.

Un projet capable d’opposer à la voie institutionnelle une stratégie ancrée dans la lutte de classe et dotée d’un programme capable d’offrir une réelle issue aux aspirations des classes populaires et du « monde du travail » plus en général.

Paul MORAO

Revolutionpermanente.fr