" Intelligence artificielle " ou " Crétinisation des masses "

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Intelligence artificielle " ou " Crétinisation des masses "

« L’intelligence artificielle » fait appel à des circuits de transistors dont la structure les apparente aux réseaux neuronaux. Ils sont susceptibles de donner une réponse de sortie 0 ou 1 non ambigüe en fonction de valeurs d’entrées qui leur sont fournis.

Un " apprentissage " est entrepris en optimisant la " valeur de pondération " des circuits d’entrée afin que la réponse soit conforme à l’objectif ciblé. À l’heure actuelle de l’ordre de 30 milliards de transistors peuvent être gravés sur 1 cm2 , à comparer avec les 100 milliards de neurones présents dans les cerveaux humains.

La qualité d’un réseau de " neurones artificiels " dépend du nombre d’exemples présentés lors de " l’apprentissage " afin de déterminer le " poids " de chacune des entrées.

Par exemple, si un réseau est entraîné à estimer le prix d’un appartement à partir de sa taille, de son emplacement, de sa consommation énergétique, et de sa localisation, on fournira des milliers d’exemples de prix pour des appartements connus.

Le réseau pourra ensuite déterminer le prix probable d’un appartement inconnu.

« L’Intelligence artificielle » est dépendante de la qualité et de la quantité d’exemples qu’on lui propose. Il est primordial de pouvoir amasser le plus grand nombre de données possible pour obtenir les réseaux les plus performants, c’est le rôle du " Big data ". Très communément, plusieurs centaines de millions " d’images " peuvent être puisées dans une " banque de données " pour servir lors d’un " apprentissage " donné.

Il est essentiel que chacun des transistors fournissent une réponse nette 0 ou 1. Les " peut-être ", les compromissions, les réponses allusives doivent être bannies afin d’obtenir un système " convenable ".

L’intelligence naturelle, celle qui conduit aux plus grands achèvements des " Sciences et des Arts ", fonctionne-t-elle ainsi ?

Si la tenue en compte du passé est indispensable pour engendrer une création, elle n’est de loin pas suffisante, des " forces de l’esprit ", indéfinissables, de natures qualitatives, interviennent lors d’un " enfantement ". Ceux qui font métier de compter se contentent de cerner les facteurs les plus probables pour asseoir leurs décisions, ils sont maîtres du " quantitatif " et se méfient du reste... tout comme les transistors.

Qui se souvient de Jacob Lievens et Frédéric Clément qui ont bénéficié d’un privilège accordé par Louis XIV pour l’établissement d’une manufacture de tabac à La Rochelle en 1672 ?

Ces marchands ont disparu des mémoires parce qu’ils n’ont rien apporté de significatif. Mais chacun admire maintenant plus que jamais Le Brun, Le Nôtre, Mansart, Lully, Molière. Les apôtres du " quantitatif " sont les miséreux du lendemain et ils rejoignent ceux qu’ils méprisent dans l’obscurité.

La création du " beau " et le pouvoir donné par le " quantitatif " suivent des routes divergentes.

Le créateur s’évertue à être plus élevé que lui-même : " Dieu ! Accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes... ", tandis que celui en quête de reconnaissance sociale guette toutes les opportunités pour se hisser au dessus des autres.

Les uns engendrent le nouveau, les autres le monnayent.

« L’Homme » qui innove est presque toujours seul, ne sachant souvent pas comment allumer " la mèche " qui pourrait éclairer un nouveau monde.

Le compétiteur a les yeux rivés sur autrui et applique toutes les recettes connues possibles pour affaiblir et terrasser ses adversaires.

Le chercheur comme l’artiste tâtonnent, remettent en cause ce qu’ils ont appris, s’efforcent consciemment - ou pas - de ne pas penser " comme les autres ", ce qui les éloignerait du vrai, ils naviguent d’un " peut-être " à l’autre.

C’est tout le contraire de ceux qui enregistrent toutes les façons ancestrales d’accéder à des bribes de pouvoir pour tenter de devenir " grands ".

Les savants comme les artistes ne cherchent pas à être les premiers.

Quelquefois cependant, et souvent par hasard, ils le deviennent en étant les seuls dans un domaine.

Les exemples abondent...

Martin Cooper est l’inventeur du premier combiné téléphonique sans fil en 1973. Après quatre ans dans " l’US Navy " où il sert sur des destroyers, il a conçu l’appareil à partir de rien avec l’aide d’une équipe de sept personnes.

Charles Babbage de 1822 à sa mort en 1871 dessina plusieurs plans d’un ordinateur mécanique qu’il ne put jamais réaliser.

En 1941, l’ingénieur Konrad Zuse conçoit et réalise, dans un isolement complet, le premier ordinateur programmable au monde.

Le premier brevet concernant le transistor à " effet de champ " a été déposé en 1925 par Julius E. Lilienfeld. L’invention resta longtemps ignorée de l’industrie. C’est de nos jours un élément essentiel de tout appareil électronique.

Le premier transistor " à effet de champ " basé sur un semi-conducteur moléculaire fut décrit en 1987 par R. Madru en inversant inopinément deux couches du dispositif.

Les constructeurs de " nouveau " - s’ils ne sont pas identiques aux autres - ne prétendent pas leur être supérieurs. La différence - les différences - engendrent l’égalité contrairement aux uniformités induites mécaniquement qui sont source de " guerres picrocholines " pour accéder à la " cheffitude ".

Ce n’est que la rage de dominer de certains qui cantonnent le plus grand nombre à un même moule, à une même échelle de valeur. La " taylorisation " de l’humain définit la meilleure donc la seule façon de faire, ce qui conduit à créer « maîtres » et « asservis ». Et les esclaves " 2.0 " sont les plus lourds de chaînes car leur esprit même est sous emprise.

Plus la pyramide hiérarchique acquise par la quête de la considération d’autrui est importante, moins celui qui se trouve " au sommet " peut avoir les qualités requises pour donner naissance au " nouveau ", à la création, au " beau ".

Alors il s’efforce d’acheter ce qu’il est incapable de faire.

Empêtré dans les conflits internes qu’il lui faut résoudre, agité par les guerres externes qu’il lui faut gagner, le dirigeant perd la naïveté et la fraicheur nécessaires à toute grande chose.

Il voit le Monde comme peuplé de " vibrions colériques ", régi par des batailles incessantes où chacun tente de prouver sa valeur sur autrui. Pourtant, rien d’important de ce qui a été créé ne le fut par les « hommes de pouvoir ».

L’instinct, la passion, le don de soi surpassent les petitesses du présent mises en œuvre par les forcenés de la " concurrence libre et non faussée ".

L’artiste est attiré par le beau avec lequel il s’émerveille lui-même et qui ne lui sert que très marginalement à obtenir la reconnaissance des autres, la plèbe de l’esprit ne veut qu’éblouir ses gens.

Les découvertes des savants sont, peut-être étonnamment, de même nature que la beauté des artistes : indéfinissable dans leurs contours, apparaissant au détour d’un hasard le plus souvent, impérissable dès qu’elles sont nées.

On peut se passer d’ordinateurs, de télécrans, de missiles balistiques, de pesticides, d’avions...

Peut-on se passer du regard d’un enfant qui essaie avec tout son cœur de prononcer à son tour les mots qu’on lui chuchote ?

Bien entendu plutôt que de " faire un enfant ", on peut consulter un large choix d’éprouvettes pleins des gamètes nécessaires ; plutôt que de chercher on peut prétendre avoir trouvé ; plutôt que de vivre on peut essayer de ne pas mourir, plutôt qu’être en quête du qualitatif qui partage tout on peut préférer le quantitatif qui ne partage rien.

Jamais ceux qui permettent quelquefois d’alléger le fardeau que représente quelquefois la vie n’ont fait partie de ces puissants presque toujours grisés par leur propre pouvoir, tant même qu’ils se veulent l’égal des dieux. Et " l’Intelligence artificielle " par son mode de production et la plupart de ses usages reflète plus l’inintelligence que l’intelligence.

Il existe d’ailleurs un lien évident entre « l’Intelligence artificielle » et la connerie naturelle : les " traders ". L’utilisation de programmes informatiques a envahi les salles de marché des sociétés financières. Le monde du " trading " est empli « d’Intelligence artificielle », de machine " learning ", de programmation, d’algorithmes, de " Big data "...

Au-delà de la simple exécution d’ordres, ces modèles statistiques absorbent d’énormes quantités de données afin de prédire les mouvements de marché et dégager les tendances à venir. De très généreusement payés informaticiens déclarent pourtant ne pas comprendre totalement comment « l’Intelligence artificielle » fonctionne : " Il y a une immense quantité de complexité, qui est impossible à comprendre pour un humain "

Le choix entre une humanité faite d’égaux tous différents et une assemblée de semblables obéissant aux algorithmes est posé.

Jacques-Robert SIMON

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