Gilets jaunes à Athènes : " Avec Macron, l’histoire de la France, c’est celle de la Grèce en accéléré "

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Gilets jaunes " à Athènes : " Avec Macron, l’histoire de la France, c’est celle de la Grèce en accéléré "

Des centaines de Grecs ont manifesté ce week-end leur soutien au mouvement des " gilets jaunes " et comptent poursuivre leurs actions de solidarité. Pour eux, le cœur du problème se trouve dans les politiques européennes.

Soutien aux " gilets jaunes " en Grèce : " acte 3 "

Samedi 15 décembre, pour la troisième fois à Athènes, des Grecs ont souhaité témoigner de leur solidarité au mouvement né en France.

Devant l’ambassade de France, des dizaines de militants de mouvements de gauche (" Confrontations " – " Ligne rouge ") ont brandi pancartes et hauts-parleurs. A deux pas de la place de la Constitution, où est situé le Parlement grec, des dizaines d’autres, du parti " Unité Populaire ", ont revêtu un " gilet jaune " avant de manifester dans la capitale.

« Les " gilets jaunes " montrent la voie »

Retraitée, Mania Balsefki est dans les rangs d’ " Unité Populaire ", petit parti d’extrême gauche né d’une scission de " Syriza ", en août 2015.

Pour elle, « les peuples de l’Europe doivent actuellement suivre la voie des " gilets jaunes ". Nous rencontrons des problèmes communs, l’austérité touche toute l’Europe. »

Elle se félicite de l’émergence du mouvement en Belgique, en Italie... et des manifestations sur d’autres thèmes sociaux en Hongrie ou encore en Albanie.

« Les " gilets jaunes " montrent la voie », affirme-t-elle.

Economiste et membre, lui aussi, de ce parti, Yannis Tolios ajoute : « Nous manifestons contre la politique de Macron en France. »

Selon lui, « les " gilets jaunes " expriment les intérêts vitaux des travailleurs, en France mais aussi en Grèce. Ils contestent fondamentalement les politiques menées dans l’eurozone, par l’oligarchie, qui sont en réalité des politiques d’austérité  », c’est-à-dire des baisses des dépenses publiques, des salaires et des pensions, accompagnées de hausses des taxes.

Ces politiques, la Grèce les a vécues de la façon la plus extrême entre 2010 et 2015.

Le salaire minimum, de 751 euros pour tous en 2010, passe à 586 euros brut, et même 510 euros pour les moins de vingt-cinq ans.

Les conventions collectives ont été supprimées et la primauté a été donnée aux « accords d’entreprise » qui peuvent même être conclus avec des « associations de personnes », au détriment de la représentation syndicale.

Quant aux prud’hommes, ils ont été abolis...

Parallèlement, l’économie a plongé dans une récession incessante : pendant cette période, le produit intérieur brut a chuté de 25 %.

« Quand je vivais en France, en 2010, et que j’expliquais à mes amis que les lois passées en Grèce arriveraient en France, que nous n’étions qu’un cobaye, ils ne voulaient pas me croire... », soupire Alkistis Prepi.

Cette architecte urbaniste de 33 ans est, elle, devant l’ambassade de France. Autour d’elle, les manifestants brandissent des drapeaux rouges.

La jeune femme poursuit :

«  Partout, les classes populaires subissent actuellement une paupérisation ; elle produit des " oubliés " et ces mouvements, comme " les Indignés " en Grèce en 2011, leur redonnent la voix.

Les lois qui passent en France s’inscrivent clairement dans le contexte de l’austérité que les dirigeants européens veulent appliquer partout en Europe.

Avec Macron, c’est l’histoire grecque... mais en accéléré.  »

En accéléré... jusque dans la répression, affirme-t-elle, rejointe par Kostas Ksotopoulos. Menuisier, il suit de près le mouvement des " gilets jaunes ".

« Nous sommes là en solidarité, car nous comparons leur situation avec la nôtre. En outre, nous voulons dénoncer la façon dont la police a réagi contre les manifestants. Quand nous avons vu les véhicules blindés de l’armée dans Paris, des lycéens agenouillés et les bras sur la tête devant la police, nous ne pouvions pas en croire nos yeux. »

Fabien Perrier

Marianne