Éric Zemmour : le vrai candidat de l’immigration

, par  DMigneau , popularité : 0%

Éric Zemmour : le vrai candidat de l’immigration

Après des mois d’un suspense intolérable, Éric Zemmour s’est enfin déclaré candidat à la prochaine présidentielle.

Pur produit médiatique, il est la créature de Vincent Bolloré, ce milliardaire français, " capitaine d’industrie ", actionnaire principal de " Vivendi ", société mère du groupe " Canal Plus ", dont fait partie la chaîne " CNEWS " sur laquelle le même Zemmour, " journaliste " et polémiste, officiait et où il avait, grâce à son mentor, " carte blanche " pour parler de ses thèmes de prédilection : l’immigration, l’islam, la délinquance, le tout saupoudré " d’anti-féminisme " primaire et de " révisionnisme " historique.

Une parole libérée particulièrement attractive pour celles et ceux qui considèrent ces sujets comme les raisons fondamentales des problèmes de la nation. Loin, très loin, très très loin de la réalité, celle de l’exploitation des masses populaires et de « l’environnement » par le « capitalisme » et la grande bourgeoisie, dont Bolloré est un des plus brutaux représentants.

Le " spectre électoral " de Zemmour va de « l’extrême-droite » à la droite classique, bourgeoise, " traditionaliste " et " réactionnaire ".

Pour la première, monopolisée depuis 40 ans par la famille Le Pen, le " Front National " puis le " Rassemblement National ", il est devenu le concurrent le plus dangereux en allant à l’opposé de la stratégie " mariniste " de " dédiabolisation " qui par là même a montré ses limites, en libérant la parole xénophobe et en imposant des théories inaudibles jusqu’alors, telles que le " Grand Remplacement ", le " colonialisme positif ", la remise en question de vérités historiques comme " la France de Vichy ", jusqu’à " l’affaire Dreyfus " !

La seconde, sous la pression de cet " outsider " radical, est obligée de reprendre ces thèmes qu’elle n’hésitait pourtant jamais à remettre elle-même tous les cinq ans sur le tapis, quoiqu’en version " light ", pour des raisons bassement électoralistes, mais en mettant cette fois " le cap à tribord toute ".

Les récents résultats de la primaire des " Républicains " montrent clairement cette direction par l’inattendu finaliste Ciotti aux sympathies connues pour « l’extrême-droite » et font la preuve que cette droite-là aussi est un réservoir pour le vote Zemmour.

Le programme économique de Zemmour est d’ailleurs un " copié-collé " du programme de François Fillon, candidat déchu des " Républicains " en 2017 et, mises à part quelques mesures symboliquement " populistes ", qu’on peut résumer ainsi : le patronat y est gâté, les " cathos " et la bourgeoisie y sont chouchoutés, les classes populaires peuvent " crever ".

Pourtant, c’est à la partie du programme " zemmouriste " concernant l’immigration que nous nous intéresserons ici, car c’est elle qui polarise toutes les amours " droitières ".

Précisons une fois encore que selon Zemmour, l’immigration et ce qu’il considère comme ses corollaires, « l’islam » et la délinquance, sont le nœud des problèmes de la nation et qu’il convient d’y répondre avec force.

Zemmour se classe lui-même parmi les héritiers du " Trumpisme " et prend pour modèle le dirigeant hongrois Orban ou le Brésilien Bolsonaro.

Admettons quelques instants que Zemmour ait raison et que l’immigration soit une menace pour l’intégrité de la France et de son peuple, qu’il faille de facto y faire face urgemment pour l’arrêter ou au moins tarir son flot. Il convient d’abord de faire une double distinction quant aux " phénomènes migratoires " : primo, entre immigration légale et immigration " illégale ", deuxio, entre immigration volontaire et immigration contrainte.

En quelques données, l’immigration légale en France (219 302 personnes en 2020), c’est : pour un tiers (75 482 personnes en 2020), une immigration familiale qui comprend pour sa plus importante part les ressortissants français rentrant ou faisant entrer leur famille et en particulier leur conjoint étranger sur le sol français, et à hauteur de 15 % de ce tiers (12 082 décisions préfectorales favorables en 2020), des étrangers ayant un titre de séjour en France faisant venir leur famille (conjoint et/ou enfants) dans le cadre du " regroupement familial ".

Pour un autre tiers (72 306 personnes en 2020), une immigration " estudiantine " limitée dans le temps et qui se conclut généralement par un retour dans le pays d’origine, à moins d’intégration professionnelle ou d’union avec un(e) Français(e).

Pour 15 % (30 739 personnes en 2020), une immigration " humanitaire " régie par le " droit d’asile ".

Pour un peu plus de 12 % (26 583 personnes en 2020), une immigration économique (extra et " intra-européenne "), c’est-à-dire des personnes venant légalement travailler en France.

En 2020, l’immigration légale a compté pour 0,33 % de la population totale française.

L’immigration illégale, quant à elle, n’est par essence pas mesurable annuellement et ne peut être " évaluée " que par la présence de personnes en situation irrégulière à un instant " t " et selon le seul critère des chiffres partiels fournis par " l’Aide Médicale d’État " dans une fourchette aujourd’hui allant de 200 000 à 700 000 personnes présentes sur le territoire français.

De 0,3 à 1 % de la population totale française.

L’immigration volontaire, celle née du choix des demandeurs, comprend les immigrations familiale et " estudiantine " ainsi que pour partie l’immigration " économique ".

L’immigration contrainte, celle subie par l’émigrant, regroupe l’immigration " humanitaire ", une partie de l’immigration " économique " et l’immigration illégale dans sa quasi-totalité.

Après avoir pris connaissance de ces données et souscrit aux grandes lignes ci-dessus, on peut regarder quels sont les principaux points dans le programme du candidat Zemmour qui concernent la lutte contre l’immigration.

Bien que son programme en comprenne davantage mais touchant les populations immigrées déjà présentes sur le sol français - renvoi des délinquants " bi-nationaux ", fin du " droit du sol ", fin de l’AME et des aides sociales - on en retiendra cinq :

- l’arrêt quasi total de l’immigration légale,

- la suspension temporaire du " droit d’asile ",

- la régulation des étudiants étrangers,

- la fin du regroupement familial “ systématique ” et l’arrêt de l’immigration venue d’Afrique.

Premier paradoxe

Les mesures " anti-immigration " d’Éric Zemmour touchent essentiellement les flux contrôlés, c’est-à-dire " légaux ". Par extension, une immigration qui, dans sa grande majorité, parce qu’elle est voulue et préparée est celle qui mène le moins à la précarité et a donc le moins de conséquences sociales négatives.

Le réalisme oblige à mentionner que certaines de ces mesures ne sont pas applicables dans le cadre des traités européens que le candidat Zemmour, tenu " en laisse courte " par son maître, et bien que " populiste " en apparence, n’a aucunement l’intention de remettre en question.

Deuxième paradoxe

Selon le principe des " vases communicants ", tout arrêt partiel ou complet de l’immigration " légale " augmentera exponentiellement l’immigration illégale et tout le lot de drames humains qu’elle traîne dans son sillage.

Encore une fois, le réalisme oblige à rappeler que les phénomènes migratoires ont toujours été, sont et seront toujours inarrêtables. Aussi hauts que soient les murs, aussi profonds que soient les océans, aussi vastes que soient les déserts, rien n’empêchera les êtres qui par désir, par besoin, par peur ou par instinct de survie migrent.

Rien, et certainement pas Éric Zemmour.

Au contraire, car l’immigration " illégale " est le moins contrôlé et le moins contrôlable des flux humains et c’est incontestablement celui dont les conséquences sociales sont les plus sombres pour l’individu et pour la société. Éric Zemmour, s’il est élu et s’il applique son programme, contribuera à une intensification sans précédent de l’immigration " illégale " en France.

Troisième paradoxe, le pire d’entre tous

Si l’on excepte l’arrêt total de l’immigration venant d’Afrique, bien que celle-ci soit en grande partie légale, rien dans le programme " anti-immigration " de Zemmour n’indique qu’il compte lutter contre l’immigration " illégale ".

Pour réaliser l’immensité de l’arnaque du programme " anti-immigration " de Zemmour, qu’on soit de droite ou de gauche et surtout doté d’un minimum d’intelligence, il faut se demander ce qui provoque une immigration contrainte, qu’elle soit légale ou " illégale ".

Loin des fantasmes véhiculés par des idiots, l’immigration contrainte est due en premier lieu aux guerres, aux pillages des richesses nationales et aux conditions climatiques impropres à la survie ainsi qu’au dénuement économique extrême, à l’instabilité politique et sociale, aux dangers issus d’une criminalité mafieuse et aux famines qui en résultent.

Ces phénomènes dont certains existent depuis le peuplement humain, se sont intensifiés avec la colonisation, la " révolution industrielle " et la " mondialisation ", mais sont exacerbés par la surpopulation et la raréfaction des ressources vitales et énergétiques.

Par qui et par quoi les guerres sont-elles provoquées ?

Par qui et par quoi les territoires riches en ressources, au premier rang desquels l’Afrique, sont-ils pillés et exploités ?

Quelles sont les activités humaines qui contribuent le plus au " réchauffement climatique ", à la désertification et à la déforestation, privant ainsi les populations des ressources nécessaires à leur survie ?

La réponse ne souffre d’aucune ambiguïté : c’est le « capitalisme », son " bras armé ", « l’impérialisme » et sa classe sociale, la grande bourgeoisie dont l’un des plus emblématiques représentants est Vincent Bolloré avec son empire qui s’étend de la pointe bretonne à l’Afrique.

Ce sont les guerres provoquées par sa classe, le pillage et l’exploitation organisés des ressources par sa classe, le maintien de régimes totalitaires voulu par sa classe, le chaos et les systèmes mafieux qu’ils suscitent qui poussent des milliers, qui continueront à pousser des millions de gens sur les routes de l’exil en direction de « l’Europe » pour y échapper.

Quatrième paradoxe

Que l’on soit de droite ou de gauche, il n’existe personne de sensé qui soit favorable à l’immigration quand celle-ci est contrainte par de telles causes. Sauf la grande bourgeoisie et le patronat qui voient dans ces flux migratoires une manne de main d’œuvre moins coûteuse, n’hésitant souvent pas à embaucher des travailleurs " sans papier " en échange d’une paye dérisoire, poussant ainsi au recul généralisé des salaires et des conditions de travail pour le plus grand bonheur des actionnaires et de gens comme Vincent Bolloré.

En conclusion

À gauche, pas d’illusions. Zemmour comme Le Pen, à leur corps défendant ou non, sont les pions que le système déplace à sa guise pour sa propre pérennisation et la réélection de Macron afin que celui-ci poursuive sa politique de destruction des acquis sociaux qui transformeront les masses populaires en " chair à broyer " pour le « capitalisme » et le " néo-libéralisme ".

Zemmour élu, ça ne fera aucune différence, le maître sera différent mais les règles seront les mêmes.

À droite, voter pour Zemmour revient à accepter ces paradoxes.

Voter pour Éric Zemmour, c’est voter pour un système qui favorise les comportements de prédation comme celui de Bolloré et de sa classe.

Voter pour Éric Zemmour, c’est voter pour toujours plus d’immigration, toujours plus de désespérés franchissant les mers pour rejoindre nos côtes plus morts que vivants.

Éric Zemmour est le vrai candidat de l’immigration.

Xiao PIGNOUF

Le Grand Soir.fr