Borne « Premier ministre » : une nomination en catastrophe qui illustre la fébrilité de " Macron 2 "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Borne « Premier ministre » : une nomination en catastrophe qui illustre la fébrilité de " Macron 2 "

Photo Ludovic Marin AFP

Nommée en catastrophe, alors que Catherine Vautrin semblait être " dans les petits papier " de « l’Élysée » jusqu’à dimanche soir, Élisabeth Borne est la promesse de contre réformes d’ampleur contre le " monde du travail ", mais aussi le signe des difficultés rencontrées par la " Macronie " en ce début de quinquennat.

Une nomination en catastrophe

La chance d’Élisabeth Borne s’appelle Catherine Vautrin. Hier sceptiques sur son nom, les poids lourds " macronistes " ont fini par s’en contenter. Tout le week-end, Alexis Kohler, Richard Ferrand ou encore François Bayrou se sont relayés pour tenter de dissuader Emmanuel Macron de lui préférer l’ancienne ministre de Jacques Chirac comme ils ont cru qu’il allait le faire.

Il y aurait eu une vraie surprise pour le coup.

Ils ont réussi.

Dimanche soir pourtant, c’est encore Catherine Vautrin qui " tient la corde ". Mais depuis que le nom de l’élue de Reims a " fuité " vendredi, ses prises de position contre " le mariage pour tous " tournent en boucle sur les " réseaux sociaux ".

De quoi provoquer une " levée de bouclier " au sein de l’aile " gauche " de la majorité. « Le groupe LREM risque " d’exploser en vol " » prévient alors sèchement le patron de « l’Assemblée nationale ».

" C’est une pure folie ", commente Bayrou.

22 jours d’attente, plus de trois semaines de casting et patatra … quelques heures seulement avant la présentation officielle de la nouvelle locatrice de Matignon, Emmanuel Macron change ses plans.

Le chef de l’État a pourtant fait usage de précautions, jusqu’à retarder l’échéance le plus tard possible. Comme si la nomination d’un nouveau « Premier ministre », qui devait être une arme pour " le - très mal élu - président de la République " et le souffle d’une nouvelle dynamique, était devenue peu à peu un problème politique.

Comme si face aux tendances contradictoires auxquelles il prétend répondre, Macron commençait à douter quant au projet de son nouveau quinquennat.

Élisabeth Borne : le " non-choix " d’Emmanuel Macron

Pourquoi donc Élisabeth Borne ?

L’ex-ministre du travail a une qualité que Catherine Vautrin n’a pas. " Libération " ne s’y est d’ailleurs pas trompé mardi matin en qualifiant sa nomination de " non évènement politique " : elle suscite l’indifférence.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder du côté des réactions provoquées par l’annonce de sa nomination. A peine nommée, la voilà déjà surnommée " Plan B ", comme Borne.

Macron promettait un " président nouveau " pour un " mandat nouveau ", il a fait le choix de la continuité et du " non-choix ".

Parmi toutes les options qui s’offraient à lui, le président de la République a opté pour la plus neutre. " Haute fonctionnaire ", trois fois ministre, ex de la RATP et de la SNCF, mais aussi " fossoyeuse " des « Services publics », " porte étendard " de la réforme de « l’assurance chômage », et spécialiste en " contre-réforme ", Élisabeth Borne répondait au " cahier des charges ".

Mais c ’est surtout son profil " techno " qui a fini par convaincre le chef de l’État. Capable sans sourciller, de faire passer pour " technique " un choix politique, Élisabeth Borne est moins clivante, du moins que les autres à candidater au poste.

«  Macron entérine l’évolution de la logique institutionnelle de la " Ve République " en faisant du " Premier ministre " un coordinateur de l’action ministérielle et non plus le chef de la majorité » résume pour " le Monde " un soutien d’Emmanuel Macron.

Mais de s’interroger « C’était déjà le cas avec Castex, ça a bien fonctionné pour gérer le " Covid ", mais est-ce que ça marche pour faire des réformes ? ».

Un choix qui cache mal la fébrilité de Macron

Emmanuel Macron est bien conscient que son second mandat commence sur un " volcan endormi " qui pourrait très vite se révéler incandescent.

Avec une assise sociale toujours plus étroite, le président de la République a pu compter sur un " vote barrage ", qui bien qu’en déliquescence lui a permis d’obtenir une " victoire à la Pyrrhus ". De quoi remporter un second mandat, mais surtout plus que jamais se confronter au défi de gouverner avec une faible légitimité.

Au contraire de ses deux prédécesseurs, la nouvelle « Première ministre » est censée incarner, par son parcours, le " social libéralisme " et un nouvel ancrage à " gauche " qui doit permettre au chef de l’État de répondre à la pression exercée par l’union autour des " Insoumis " dans le cadre des législatives.

La droite ayant été humiliée au premier tour de l’élection présidentielle, l’heure serait venue de retrouver la voie originelle du " macronisme " ; celle d’un « néolibéralisme » à même de replacer le chef de l’État au " centre-gauche ", ou tout le moins de retrouver un point d’équilibre qui ne le fasse pas basculer tout à fait à droite.

Le portrait ébauché par les soutiens d’Emmanuel Macron, et relayé par les éditorialistes les plus zélés, est supposé appuyer dans ce sens l’idée selon laquelle le chef de l’État aurait compris le message adressé par l’électorat de gauche au premier comme au second tour de la présidentielle.

Sur le terrain social, face à la colère qui existe quant à l’inflation et qui réveille le spectre des " Gilets jaunes ", le président reconduit cherche à donner des gages. Mais la marge de manœuvre est limitée. Il faut à la fois satisfaire les exigences de réformes du patronat et ne pas laisser la rue devenir éruptive.

Macron a choisi d’insister avec Borne, sur la cooptation des " partenaires sociaux " et le " dialogue social ", alors que le dossier des retraites s’annonce particulièrement explosif et que dans son précédent poste, la ministre du travail, avait réussi à faire passer la réformer de « l’assurance-chômage » sans trop d’encombre.

Dans son entourage proche, ils étaient un certain nombre à lui conseiller un " poids lourd ". Mais Macron n’en a pas voulu. A défaut de surprendre ou d’élargir sa majorité politique, comme il l’avait fait en nommant Édouard Philippe, issu de " LR ", il y a cinq ans, Emmanuel Macron s’est surtout choisi un profil politique qui ne risque pas de " lui faire de l’ombre ".

Pas de quoi provoquer l’enthousiasme donc, mais pas de quoi non plus " souffler sur les braises " d’un climat social qui face aux tendances inflationnistes et la hausse des prix ne demande qu’à s’embraser.

Ainsi, alors que la nomination d’Élisabeth Borne est dans la continuité du quinquennat anti-social précédent, Macron parie sur un profil " acceptable ", spécialiste des contre-réformes, mais non pas radicale, à droite " mais pas trop ".

Un entre deux symptomatique des difficultés que rencontre la " Macronie " en ce début de quinquennat. Quant à nous, notre réponse devra s’inscrire dans la continuité des luttes radicales qui ont traversé la France ces cinq dernières années.

Des luttes qu’il faut plus que jamais organiser, coordonner, doter d’un programme et d’un plan de bataille, en commençant par refuser net les promesses de " dialogue social " agitées par Borne et préparer une mobilisation unitaire pour l’augmentation des salaires !

Nathan ERDEROF

Revolutionpermanente.fr