À Paris, le " baroud d’honneur " de Pécresse

, par  DMigneau , popularité : 0%

À Paris, le " baroud d’honneur " de Pécresse

Valérie Pécresse au Parc des expositions de Paris, le 3 avril 2022. AFP / Ludovic Marin

À une semaine du premier tour, la candidate " LR " a tenu dimanche 3 avril son dernier grand meeting au Parc des expositions de Paris. Événement qui, malgré l’énergie dépensée, ne devrait pas enrayer sa chute dans les sondages.

" Ici, il n’y a pas de défaitistes ! ".

Xavier Bertrand a eu beau " chauffer " le Pavillon 6 du Parc des expositions de Paris, son propos a tous les attributs d’une contre-vérité. En marge du dernier grand meeting de campagne de Valérie Pécresse, ce dimanche 3 avril, il suffit de se balader près des premiers rangs. À une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, il n’y a plus grand monde pour croire en les chances de la candidate " Les Républicains ", bloquée sous la barre des 10 % dans les intentions de vote.

Un haut gradé de " LR " lâche un soupir derrière son masque : " Il ne peut plus y avoir de grosse surprise. On peut éventuellement s’améliorer dans les derniers jours, mais l’enjeu, c’est de finir devant Zemmour "

À quelques mètres, un poids lourd " centriste " fait mine de se tamponner le front.

« On voit bien qu’il y a un effet " vote utile " qui pulse les trois premiers, Mélenchon, Le Pen et Macron  », regrette-t-il, l’air résigné.

Un proche de Valérie Pécresse ne dit pas autre chose.

" Ce qui va compter, c’est l’ordre d’arrivée. Il ne faut pas finir dernier de la bande. " La bande de droite, s’entend. Ou, tout simplement, la bande de tous ceux qui, un temps, ont réellement cru qu’ils avaient une chance de l’emporter.

SÉQUENCE BAUME

Ce temps paraît très lointain. Il a été figé dans l’ombre du contexte international, qui a propulsé un réflexe légitimiste des Français en faveur d’Emmanuel Macron.

Il s’est arrêté, aussi, le 13 février, lorsque Valérie Pécresse a gravement " trébuché " au Zénith, meeting mal taillé pour une candidate incapable de " communier " avec son public. Depuis, la droite a eu tout le mal du monde à exister dans une campagne inexistante.

Au Parc des expositions, quelques petits changements. D’abord, une palanquée de discours introductifs avant celui de la vedette du jour.

" Il faut montrer qu’il y a une large équipe ", défend Julien Aubert, député " LR " du Vaucluse et chargé de la cellule " riposte " de Valérie Pécresse. Au Zénith, ce ne sont que les " mousquetaires ", les anciens concurrents du congrès " LR ", qui ont pris la parole.

Résultat : un rythme ronflant. Une dizaine de personnalités – sans compter les ersatz de " tables rondes " – se succèdent sur l’estrade pour clamer, chacun à sa manière, combien leur candidate est " courageuse " et " déterminée ".

Cette séquence " de baume ", pour chaleureuse qu’elle soit, donne le sentiment criant que la campagne " LR " touche à sa fin. Qu’il faut désormais penser à " l’après ". Certains y mettent même du leur pour tuer le peu d’entrain qu’il reste. Lorsque Michel Barnier monte sur scène, les 5 000 convives donnent de la voix pour l’acclamer.

" Ça va, on a compris ", a vite lâché l’ex-ministre des Affaires étrangères, un rien agacé, pour obtenir le calme. Et on s’étonne que la droite suscite peu d’engouement...

PROGRÈS SUR LA FORME

C’est dommage, d’ailleurs, car sur la forme, la prestation de Valérie Pécresse ce dimanche est bien meilleure que celle du Zénith. Des modulations de voix. Une interaction avec le public. Un discours plutôt incarné, qui tape sourdement sur le chef de l’État, principal " capteur des voix " dont " LR " aurait eu besoin pour atteindre le second tour de la présidentielle.

" Emmanuel Macron a envoyé une lettre aux Français. Il aurait pu, en même temps, leur envoyer une facture. Celle du quinquennat des promesses non tenues et des réformes enterrées ", a tonné la candidate. Plutôt en verve dès qu’il s’agit de parler d’endettement du pays, elle résume ainsi le " macronisme " : " Je dépense, donc je suis. "

Du miel aux oreilles d’un public de droite.

Contrairement à son discours du 13 février, celui-ci a sa cohérence.

Il s’agissait pour Valérie Pécresse de se réapproprier une forme de tutelle sur son électorat, saisi dans les nasses de Macron, mais aussi d’Éric Zemmour et Marine Le Pen. La candidate " LR " a visé spécifiquement ces trois-là, les qualifiant de " faussaires " de la droite.

" Nous en sommes, nous, les légataires ", a-t-elle complété. Pour le reste, l’ex-ministre de " l’Enseignement supérieur " a fait ses " gammes " habituelles, parlant entre autres d’ordre, de travail, de décentralisation et de " pouvoir d’achat ".

À sa façon.

SARKOZY HUÉ

Quel écho tout cela peut-il avoir à une semaine du premier tour ?

Ses dirigeants le savent, la droite se prépare à des jours difficiles. Une illustration patente de cela : deux fois, lors des prises de parole de Yann Wehrling et Éric Ciotti, le nom de Nicolas Sarkozy a été hué par les militants présents dans la salle.

Des instants brefs, vite compensés par des applaudissements, mais qui montrent bien les traces qu’aura laissées l’ancien président sur son propre camp en ne soutenant pas Valérie Pécresse.

" Il n’a rien dit, qu’est-ce que vous voulez qu’il dise ", balaie un " sarkozyste " historique.

" Ce qu’il a fait, c’est du sabordage ", s’indignait récemment un membre du premier cercle de la candidate. D’autres gardent un œil méfiant sur les va-et-vient au 77, rue de Miromesnil, les locaux de Nicolas Sarkozy, soupçonné de bricoler une coalition de dernière minute avec Emmanuel Macron.

En amont du meeting de la porte de Versailles, les plus optimistes n’ont pas lâché prise.

" Début février, on me jetait mes tracts à la figure. Là, on sent l’électorat de droite remobilisé ", insiste Éric Pauget, député des Alpes-Maritimes et proche de Valérie Pécresse.

Remobilisé… pour sauver " LR " ?

" Ça, c’est déjà dépassé ", lâche un parlementaire. Un cadre " LR " voit venir les mouvements de troupe à compter de 20h01 le soir du 10 avril : " Ça va bouger dans tous les sens. Va y avoir les modérés, mais c’est surtout de l’autre côté que ça va tanguer. "

Comprendre : chez Éric Zemmour.

Au moins Valérie Pécresse se sera-t-elle montrée capable de tenir un raout digne de ce nom.

Jules PECNARD

Marianne.fr