" Union de la gauche " : sur " Inter ", Taubira établit un nouveau record du monde d’esbroufe

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Union de la gauche " : sur " Inter ", Taubira établit un nouveau record du monde d’esbroufe

Christiane Taubira, candidate de la " langue de bois " ? GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Il n’y a pas de montagne trop haute pour Christiane Taubira. Forte de son expérience politique en matière de " langue de bois ", la candidate à la présidentielle a réussi à ne surtout pas répondre à cette question, pourtant très simple : pourquoi ajouter une septième candidature " à gauche ", qui plus est au nom de " son union " ?

Diviser pour moins régner. Ce mardi 18 juin, Christiane Taubira, désormais " candidate " à l’élection présidentielle, était l’invitée de " France Inter ".

Exercice du jour : expliquer en quoi une septième candidature " à gauche " était indispensable à l’union de ce camp. Pas facile… sauf pour l’ancienne « garde des Sceaux ». C’est que, dans une version plus lyrique, Christiane Taubira partage avec les technocrates ce trait caractéristique, jadis soulignée par Coluche : " Quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée ! "

Démonstration.

Il y a quatre mois, également à l’antenne de " France Inter ", l’ancienne membre du " Parti radical de gauche " affirmait : « Je ne peux pas venir contribuer à l’éparpillement. Je ne peux pas dire que notre chance est de sortir de la confusion, d’éviter la dispersion, et en même temps dire : " Moi je viens aussi apporter mon obole. " »

C’est donc tout à fait logiquement que Léa Salamé et Nicolas Demorand interrogent la " candidate " sur les raisons de ce revirement. C’est ici que s’exprime à plein l’expérience politique de Christiane Taubira en matière de " langue de bois ".

Toute la panoplie du baratin y passe : parler d’autre chose, se lancer dans des raisonnements " à tiroirs " et des phrases à rallonge, ajouter une pincée de " poudre de perlimpinpin " pour éblouir ceux qui veulent l’être, et surtout, surtout, ne jamais se départir de la tranquille assurance de celle qui pense juste.

https://youtu.be/v2PWfUbRsUc

« Il était évident, déjà à cette époque-là, que l’union de la gauche était la seule condition pour donner des perspectives de victoire et donc d’action en termes de politiques publiques, d’égalité, de justice, de solidarité, de tout ce qui fait les idéaux de la gauche », commence l’ex ministre de François Hollande.

Avant d’embrayer : " Vous avez vu comment la situation s’est enlisée et la question pour moi était de savoir comment prendre ma part dans cette campagne. Il y a des personnes qui ont fait l’impasse sur cette campagne, il y a des personnes qui calculent sur la prochaine échéance, sauf qu’il y a des gens qui subissent les conséquences des politiques publiques et qui le feraient cinq ans de plus. "

Soit, mais pourquoi ELLE ?

Si " la gauche " est déjà embouteillée, pourquoi ajouter une nouvelle candidature, alors même qu’une candidature " socialiste ", largement compatible avec les idées de Christiane Taubira, est déjà lancée ?

AUTORITÉ MORALE

Patience, Christiane Taubira doit d’abord se donner bonne conscience avant de répondre à cette question, pourtant simple : " Pour ma part j’ai essayé, j’ai pris quelques initiatives, j’ai appelé des personnes, cela n’a abouti à rien. J’ai constaté le spectacle de personnes qui se crispaient, chacun sur son Aventin, persuadées que l’union est indispensable, mais que l’union ne se conçoit que derrière soi. Constatant cela, j’ai pris ma responsabilité et ma responsabilité, c’est quand même de prendre le maximum de risques. "

Celle qui semble se percevoir comme " l’autorité morale " de " la gauche " daigne donc " descendre dans l’arène ".

Si la formule " ma responsabilité, c’est quand même de prendre le maximum de risques " nous donnerait presque des envies de " tatouage inspirant ", notons tout de même que " l’égérie " de " la gauche bobo " ne s’expose qu’à de modestes périls en s’alignant sur la ligne de départ de la " primaire populaire ".

Rappelons en effet que tous les autres vainqueurs potentiels de cette initiative citoyenne en refusent le principe. Si bien que ce tremplin informel, vraie fausse compétition pour l’ancienne ministre de la Justice, aura pour elle le triple avantage de lui donner une légitimité populaire sans porter les stigmates infamants du diviseur et sans avoir réellement pris le risque de ne pas l’emporter, selon toute vraisemblance.

Mais au fait, notre question ?

Rappelons son contenu : pourquoi Christiane Taubira, au lieu de se présenter elle-même, ne se rallie-t-elle pas à la candidature dont elle se sent le plus proche ?

Après tout, ce serait une belle manière de montrer que, pour elle, " l’union ne se conçoit pas que derrière elle ", pour employer ses propres mots.

Attention, cascade réalisée sans trucage : " En choisissant de soutenir, j’aurais choisi de consolider ces postures de fixation où chacun est persuadé que c’est aux autres de le rejoindre, donc ça c’est très clair. "

Pas tellement non. On voit mal en quoi soutenir un candidat aurait davantage nui à " l’union de la gauche " qu’ajouter une candidature de plus dans la course à l’Élysée.

QUEL PANACHE !

Mais pas le temps de respirer, nous voici repartis pour une nouvelle apnée :

« Moi je prends des risques, je suis celle qui accepte les risques d’une investiture citoyenne, celle qui accepte de constater qu’à l’échelle des candidats, à l’échelle des partis, l’union n’a pas été possible , reprend la candidate. A-t-elle été suffisamment essayée ? Peu importe, le fait est qu’elle n’a pas été réalisée et que la seule perspective aujourd’hui, c’est cet espace démocratique qui a été mis en place par des citoyennes et des citoyens depuis plus d’un an, la " primaire populaire ". Moi, j’accepte ce risque-là, ma cohérence est totale. »

Puisque c’est Christiane Taubira qui le dit, c’est que ça doit être " vrai ".

Et puis, quel panache !

Christiane Taubira préfère partir " en solitaire " que jouer " en équipe ", parce que jouer " en équipe " renforcerait - selon elle - les postures solitaires.

Admettons.

Mais celle " qui rit de se voir si belle en ce miroir ", prenant " le risque " de se confronter aux électeurs de la " primaire populaire ", acceptera-t-elle le verdict des urnes s’il lui était malencontreusement défavorable ?

Vous avez deviné, c’est reparti pour un tour : « D’abord il faut comprendre la logique de la " primaire ", qui est de répondre à ce désir et à cette nécessité de rassemblement de la gauche. La " primaire " crée les conditions pour désigner une candidate ou un candidat légitime à représenter, à rassembler  », esquive toujours Christiane Taubira.

Au cas où un auditeur de " France Inter " aurait un doute sur la définition du mot " primaire " en politique, le voici édifié.

EFFORTS SURHUMAINS

Encore une petite dose de circonvolutions ?

C’est pour la maison : « La " primaire " pour personne ça ne signifie rentrer chez soi, ça signifie s’organiser en équipe autour du choix qui a été fait par les électeurs. Donc moi, je ne comprends pas cette histoire qu’on rentre chez soi, on est là pour se battre, pour se battre pour les gens. Ce n’est pas une logique d’élimination, c’est une logique de rassemblement. »

Autant ne pas faire de vote du tout alors ?

Personne n’aura à souffrir d’être éliminé. Ah si, il faut tout de même que Christiane Taubira soit désignée comme " candidate ". Léa Salamé a beau s’accrocher, elle aussi n’arrive plus à suivre la logique de la candidate.

« J’ai du mal à comprendre. Expliquez-nous : si Jean-Luc Mélenchon remportait la " primaire " le 30 janvier, vous le soutenez ou vous restez candidate à la présidentielle ? », lui demande-t-elle le plus simplement du monde.

Surtout, ne pas s’engager pour " l’union de la gauche " !

Faire semblant, oui, mais pas question d’hypothéquer ses chances.

Christiane Taubira répond donc : « Je ne raisonne pas sur les autres. Je sais bien que les autres parlent beaucoup de moi. C’est leur énergie, c’est leur choix. Moi, je conserve la mienne pour mobiliser, pour me déplacer, pour écouter les Français et les Françaises, traiter des sujets de fond, parce que vous voyez bien que mes déplacements ont tous une thématique précise, très fortement déclinée. Donc, moi, je ne raisonne pas comme ça. »

Passons directement à la conclusion de ce nouveau tunnel : « Donc moi, je suis dans la dynamique du rassemblement, j’en assume les risques démocratiques et je le fais ouvertement. Chacun raisonne : " Ben oui, mais c’est si l’autre, je ne pourrai pas le rejoindre "… je ne suis pas dans cette logique-là. »

Les efforts surhumains déployés pour éviter une nouvelle fois de répondre sincèrement laissent pourtant penser le contraire.

Léa Salamé ne s’y laisse d’ailleurs pas prendre : " Mais est-ce que ce ne serait pas plus simple de dire si je l’emporte, je continue ; si je ne l’emporte pas, je me retire et je soutiendrai celui qui gagnera ? ", interroge-t-elle.

Christiane Taubira semble bientôt à court de munitions : « Mais, mais… pourquoi vous voulez le poser en termes de se retirer ? Il s’agit de faire campagne… », balbutie-t-elle.

Avant de se reprendre immédiatement et de " botter en touche " : « Nous verrons les résultats et nous verrons ce qui se passe, mais surtout vous poserez des questions aux uns et aux autres, et notamment à celles et ceux qui continuent à proclamer la nécessité de " l’union de la gauche ", mais qui n’en acceptent pas le risque. »

" France Inter " peut donc d’ores et déjà réinviter Christiane Taubira.

Louis NADAU

Marianne.fr