" Tous contre le président " lors d’un débat avant le premier tour ? Macron l’a bien cherché

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Tous contre le président " lors d’un débat avant le premier tour ? Macron l’a bien cherché

Emmanuel Macron : seul contre tous ? Hans Lucas via AFP

S’il n’est pas tactiquement illogique que le chef de l’État soit tenté d’éviter un débat avant le premier tour dans lequel il n’aurait que des coups à prendre, Emmanuel Macron a également tout fait, en multipliant les sorties méprisantes, pour cristalliser l’enjeu de la présidentielle autour du rejet de sa personne.

" On ne peut pas être chef que par beau temps. S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent me chercher ".

En juillet 2018, alors que gouvernement et majorité étaient secoués par " l’affaire Benalla ", Emmanuel Macron lançait à ses contempteurs cette bravade guerrière. « L’opposition », qui osait demander des comptes, allait avoir affaire à lui. Quatre ans plus tard, alors que les " Gilets jaunes " ont bien failli " venir chercher " Emmanuel Macron à l’Élysée, l’ambiance a sérieusement changé.

Le chef de l’État fait en effet savoir, par ses " lieutenants ", que sa participation à un débat avec les autres candidats avant le premier tour de l’élection était encore incertaine.

Motif : tous les candidats se ligueraient contre le candidat sortant.

Mais quoi de plus normal, après un quinquennat passé à gouverner seul contre tous ?

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Comment s’étonner, comme le délégué général de " La République en marche ", Stanislas Guerini, l’a fait ce mardi 1er février sur " LCI ", que " treize, quatorze, quinze " candidats se réunissent " tous contre le président de la République " ?

N’est-ce pas Emmanuel Macron qui déclarait lui-même que la France était un pays peuplé par " 66 millions de procureurs ", " Gaulois réfractaires au changement ", toujours prêts à " foutre le bordel " et infestés de " fainéants ", de " cyniques " et " d’extrémistes " ?

Comment s’attendre à un autre accueil pour un président désireux " d’emmerder les non vaccinés ", distinguant " les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ", ou expliquant à un chômeur qu’il lui suffit de traverser la rue pour trouver un emploi ?

Dans ce contexte, il n’est pas illogique que le chef de l’État retarde le plus possible son entrée dans une campagne où il n’a que des coups à prendre.

Avant le patron de " LREM ", c’est Gabriel Attal qui, le premier, a évoqué dans " Le Parisien " la possibilité d’une " dérobade présidentielle ".

« Le président a toujours montré son intérêt pour la confrontation d’idées. Mais à quoi ressemblerait ce débat de premier tour ? Douze candidats cherchant pendant 1 h 50 leur " moment " avec le président, qui aurait dix minutes pour leur répondre, a avancé le porte-parole du gouvernement samedi. Je suis sceptique face à un tel format qui montrerait surtout un manque d’exigence démocratique. Les Français le savent : on peut débattre de bien des manières en 2022 ! »

Tout en expliquant qu’Emmanuel Macron pourrait refuser de se confronter à ses rivaux, Gabriel Attal est tout de même parvenu à imputer aux autres la responsabilité de ce début de campagne laborieux : " L’absence de débat est le fait des candidats déclarés. Ils installent une campagne de morts-vivants : tout est noir, pessimiste, nostalgique ", déplore-t-il.

" MARCHEPIED ÉLECTORAL "

Des " éléments de langage " scrupuleusement repris par Stanislas Guerini.

" Pourquoi est-ce qu’il n’y a jamais eu de débat avant le premier tour avec un président de la République sortant ? Précisément parce qu’être tous contre le président de la République sortant, ça donne généralement des moments qui ne sont pas particulièrement propices au fait de présenter des idées, de présenter des projets pour le pays ", avance-t-il.

Le patron de " LREM " et le porte-parole du gouvernement seront toutefois bien en peine d’appuyer leurs affirmations sur un exemple, précisément parce qu’un débat de cette nature n’a jamais eu lieu.

Le seul exercice approchant d’une telle configuration ne remonte pas à très longtemps : mercredi 19 janvier, les eurodéputés Yannick Jadot (candidat d’ " Europe écologie Les Verts " à la présidentielle), Manon Aubry (" La France insoumise "), François-Xavier Bellamy (" Les Républicains ") et Jordan Bardella (président par intérim du " Rassemblement national ") avaient pris à partie Emmanuel Macron lors de leurs interventions au « Parlement européen » de Strasbourg, tandis que la France débutait sa présidence du « Conseil de l’Union Européenne ».

Le chef de l’exécutif avait alors eu tout le loisir de répondre à ses détracteurs, expliquant à Jordan Bardella qu’il avait " très méthodiquement dit n’importe quoi ", ou à Manon Aubry, ironiquement, qu’elle avait eu " tout à fait raison " de ne pas faire de cette tribune un " marchepied électoral ".

THURIFÉRAIRES

En bon soldat, Stanislas Guerini dénonçait alors " des opposants français qui instrumentalisent le débat au Parlement européen pour retomber dans les attaques outrancières du débat national face au Président venu parler d’Europe ".

À croire qu’il n’y a jamais de bon moment pour critiquer Emmanuel Macron.

Selon ses thuriféraires, ce dernier aurait d’ailleurs fait en cette occasion une éclatante démonstration d’éloquence face à des oppositions impudentes.

Mais alors, qu’a à craindre le président " jupitérien " d’un vulgaire débat présidentiel ?

D’être incompris parce que " trop intelligent et trop subtil ", selon l’expression naguère employée par le député " macroniste " Gilles Le Gendre ?

C’est vrai, Emmanuel Macron, largement en tête des " intentions de vote ", serait probablement " l’homme à abattre " lors d’un débat avant le premier tour.

Mais " l’exigence démocratique " invoquée par Gabriel Attal ne commande-t-elle pas, justement, que l’on puisse demander des comptes au président de la République une fois son mandat remis en jeu ?

Alors que Valérie Pécresse " demande solennellement un débat ", dénonçant " une présidence du mépris, hautaine, distante et solitaire " et que l’entourage de Marine Le Pen fait savoir qu’elle ne participera à un débat qu’en présence d’Emmanuel Macron, Stanislas Guerini tente de " noyer le poisson ".

" Je crois qu’on doit s’interroger collectivement sur la forme des échanges. Qu’il y ait des échanges, des moments de confrontation, je pense que tout le monde le souhaite. Si le président fait le choix d’être candidat, il ne serait pas contre ", promet celui qui assure s’exprimer " sans langue de bois ".

" Je crois d’ailleurs que le président de la République apprécie plutôt de pouvoir présenter ses idées et être dans une confrontation, je ne crois pas que ce soit problématique pour lui ", estime encore le délégué général de " LREM ".

Rappelons tout de même que le " Grand débat national ", ou le " Grand débat des idées " (face à un panel " d’intellectuels ") ressemblaient davantage à des conférences qu’à des disputes.

Emmanuel Macron n’y peut rien : ses contradicteurs ne sont pas à la mesure de sa " pensée complexe ".

Louis NADAU

Marianne.fr