Théorie du bon sens

, par  DMigneau , popularité : 0%

Théorie du bon sens

Qu’est-ce que le " bon sens " ?

Le " bon sens " semble échapper à toute définition, mais on pourrait dire que ce serait " ce qui remet droit ". Quelquefois, notre pensée est en contradiction avec la réalité, le " bon sens " est alors de rendre évidente la réalité et de l’admettre : on remet " droit " sa pensée.

D’autres fois, c’est la réalité qui nous atterre ou qui nous désespère.

Le " bon sens " consiste alors à bien employer notre pensée et à se dire : " oui, la réalité est celle-là mais je peux la modifier, je puis agir sur elle car il n’y a pas de fatalité ".

Le " bon sens " navigue entre deux mondes : celui de notre conscience et celui de la réalité. Il n’est jamais le parti d’un seul camp. Il voit, il évalue. Cette clairvoyance, cette lucidité forment ce qu’on appelle communément le " bon sens ".

Le " bon sens ", c’est de " remettre droit " la pensée " qui va de travers ". Or, la pensée va souvent de travers. Plus la parole fuse plus elle accouche de bêtises. On dirait que la parole a été donnée à l’Homme pour tromper et se tromper lui-même. Il gagnerait en intelligence s’il pensait davantage et s’il ne s’exprimait pas en toutes occasions.

Le " bon sens " ne garantit pas la vérité, mais il apporte la force. Il remet " droit " dans un esprit de justice et de justesse.

Le " bon sens ", en réalité, ne se définit pas clairement ; il se refuse à entrer dans une catégorie bien délimitée.

Pour comprendre le " bon sens ", il faut le regarder en action. Il est quasi certain que le " bon sens " et l’action sont deux choses indissociables. Cela n’est pas le cas de " la vérité établie ", laquelle peut exister par elle-même, sans mouvement et sans action.

Le " bon sens " co-existe avec une dynamique là où la vérité peut être une loi arrêtée. C’est même l’idéal de la vérité que de se vouloir fixe et, si possible, éternelle.

Le " bon sens ", lui, ne demande qu’à vivre dans le mouvement.

Autre différence avec la vérité : une vérité peut se déduire alors que le " bon sens " ne se tire pas de déductions logiques.

Le " bon sens " remet " droit " et pas nécessairement toujours par les moyens logiques.

Le " bon sens " est davantage tourné vers " l’esprit pratique " que vers la théorisation. Il agit plus promptement que les idées. Comme il se conçoit dans l’action plutôt que dans les théories, il s’enseigne le mieux par la force de l’exemple. On en fait " l’apprentissage " en observant ceux qui travaillent et agissent en bons artisans.

Le " bon sens " est commun à tous les êtres humains, c’est la thèse que défend René Descartes

Il écrit, au début de son " Discours de la méthode " :

" je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l’esprit ; car pour la raison, ou le sens, d’autant qu’elle est la seule chose qui nous rend Hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu’elle est tout entière en un chacun ; et suivre en ceci l’opinion commune des philosophes, qui disent qu’il n’y a du plus et du moins qu’entre les accidents, et non point entre les formes ou natures des individus d’une même espèce. "

Tout le monde est ainsi doté d’un égal " bon sens " mais les accidents de l’imagination et de l’interprétation des choses aboutissent à des opinions " vraies " ou " fausses ".

Le mauvais usage du " bon sens " commun à tous - d’ailleurs ne dit-on pas perdre le " sens commun " ? - nous conduit à produire des erreurs de jugement.

Le " bon sens " doit alors " remettre droit ". Un jugement erroné doit être rectifié.

Le " bon sens " ne se confond pas avec le pragmatisme.

Les deux peuvent coïncider mais cela n’est pas automatique. Il arrive en effet souvent que des personnes se réclament du pragmatisme - littéralement " sens des affaires " - comme d’une doctrine.

Le " bon sens " en ce cas n’est pas de " bonne foi ", pas authentique. Derrière le pragmatisme se cachent trop d’intérêts...

Se référer au seul pragmatisme est une faute de " bon sens ". Le pragmatisme ne doit pas être une doctrine qui sert d’alibi pour justifier nos choix. Le vrai " bon sens " se méfie des théories et se montre plus lucide en regardant la réalité dans les yeux : autant la réalité du monde réel que la réalité " humaine " et " sociale ".

Quand la conscience consiste à compter jusqu’à trois !

La conscience " volontaire " cherche à unifier tout sous la coupe de sa vision. C’est la règle de l’unité, du " Un ". La conscience cherche à unifier, à simplifier, pour justifier ses actes et ses opinions.

La conscience compte jusqu’à deux quand elle accepte la contradiction voire l’opposition des points de vue, mais elle trouve là aussi un écueil si elle tombe dans la " binarité ", la radicalité ou le manichéisme du " Deux ".

Enfin, la conscience compte jusqu’à trois en s’ouvrant à la perspective. Elle admet que la vérité n’est pas toujours unique, qu’elle n’est pas toujours binaire non plus.

La conscience " ouverte " choisit le " Trois ".

Les trois voies sont bonnes pourvues qu’on les choisisse en fonction des situations qui leur correspondent. Il s’agit de choisir le format qui convient aux choses que l’on veut examiner.

Le sens du discernement

Le " bon sens " est conscient de ses limites. Il fait appel à l’aide d’autres personnes - ou par les livres, l’expérience - pour " remettre droit " ses jugements. Ainsi prévenu, le " bon sens " est apte à distinguer le " vrai " du " faux ", le " bon " du " mauvais ", le " juste " du " non juste ".

Le " bon sens " s’exerce dans la modération car, conscient de ses propres limites, il se montre bienveillant envers les autres qu’il sait aussi faillibles que lui-même. Mais il accepte aussi de rechercher de bons exemples chez les autres, question d’humilité.

Chez qui trouver la qualité qu’il me faut imiter ?

Voilà ce qu’il se demande en mettant son ego " en sourdine ".

Le " bon sens " sait que le jugement peut être faussé et il s’applique à le " remettre droit ". Il apprend de ses erreurs. Il a le regard tourné vers l’essentiel et non vers le superficiel. Il accepte néanmoins le besoin d’être quelquefois léger et insouciant, sinon la vie lui serait un fardeau. Mais il opère clairement la différence entre " ce qui compte " et ce qui n’est que divertissement.

Il fait passer les besoins avant les simples envies.

Le " bon sens " privilégie le naturel aux constructions de l’esprit. En fin de compte, le " bon sens ", c’est ce qui résiste le mieux à tout. Il sait se montrer prudent : il n’ose pas tout et c’est même à cela qu’on le reconnaît...

TAVERNE

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