Sur " France 2 ", Zemmour et Le Maire jouent les " pères-la-rigueur " dans un débat d’un autre temps

, par  DMigneau , popularité : 0%

Sur " France 2 ", Zemmour et Le Maire jouent les " pères-la-rigueur " dans un débat d’un autre temps

Eric Zemmour et Bruno Le Maire campent sur des positions économiques dépassées. Christophe ARCHAMBAULT / AFP

D’un côté, le " polémiste " qui ne pense qu’à s’attaquer aux impôts et aux étrangers. De l’autre, le ministre des Finances qui campe sur une vieille ligne rigoureuse. Ce 9 décembre, le débat Éric Zemmour-Bruno Le Maire sur " France 2 " a sombré dans la confusion la plus totale quand les thèmes économiques ont été abordés.

Chacun a joué son rôle, au détriment de l’intérêt des débats.

C’est peu dire que la " passe d’armes " d’hier, jeudi soir, sur " France 2 " entre le candidat Éric Zemmour et le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire ne restera pas dans les annales des débats économiques.

Avec d’un côté l’austère Éric Zemmour dont le mantra est visiblement le " moins d’État " et de l’autre Bruno Le Maire qui a joué le " redresseur de torts " sans jamais être attaqué sur le manque d’ambition de sa politique de " sortie de crise ", les débats ont manqué de prise de hauteur.

Pour des perspectives de meilleurs lendemains, on repassera.

Éric Zemmour a d’abord dépeint son " programme économique " aux accents libéraux et réactionnaires.

Voyez plutôt : pour le " polémiste ", il faut absolument baisser la fiscalité, c’est-à-dire réduire les impôts de production, " défiscaliser " les primes de participation ou supprimer la CSG [la " Contribution sociale généralisée " qui participe au financement de la « Sécurité sociale » et de " l’assurance-chômage" ] tout en réduisant le déficit et la dette.

Il compte également " détricoter " le " modèle social " français en reportant l’âge de départ à la retraite à 64 ans et supprimer les aides sociales " non contributives " (APL, allocations familiales, RSA…) aux étrangers.

Hormis sur cette dernière proposition où les divergences entre les deux débatteurs sont nettes, Zemmour se positionne en fait dans la droite ligne de la politique économique menée par le gouvernement depuis 2017.

Rappelons que ce dernier a engagé des réformes structurelles sur plusieurs thèmes - droit du travail, chômage, retraites. Il a aussi abaissé les impôts de production de 20 milliards d’euros, supprimé les cotisations salariales pour " l’assurance-chômage " et surtout élevé la baisse de la dépense publique, du déficit et de la dette aux rangs de priorités absolues jusqu’au déclenchement de la crise sanitaire.

Prime au plus libéral

Bref, hormis sur la suppression des aides sociales aux étrangers, les deux débatteurs auraient dû être globalement d’accord. Mais sur le plateau de " France 2 ", on a voulu jouer les divergences économiques à outrance, quitte à sombrer dans la surenchère austéritaire.

Zemmour s’est ainsi emporté contre Le Maire en lui reprochant d’avoir été " le père Noël " inconséquent des Français, qui a " porté le déficit à des niveaux jamais vu dans l’Histoire de France " durant la crise sanitaire.

Comprendre : Zemmour reproche au gouvernement d’avoir évité un " bain de sang économique " en mobilisant les fonds publics. Les entreprises et les ménages qui ont été sauvés par les aides « d’État » durant la crise apprécieront.

Bruno Le Maire a, du reste, répondu à Éric Zemmour que ce dernier avait " un train de retard ", car le gouvernement était déjà dans l’optique de " réduire les dépenses publiques et de désendetter le pays ".

En somme, c’était à qui serait le plus « libéral » !

Le locataire de Bercy n’a par ailleurs pas pu s’empêcher de jouer les " donneurs de leçons " sur le terrain budgétaire. Sur la base de calculs d’apothicaires, il a attaqué Éric Zemmour sur le flou qu’il entretient autour du financement de ses baisses d’impôts multiples, faisant sombrer la discussion dans la cacophonie la plus totale.

On s’est alors rendu compte que ce débat " sans queue ni tête " passait à côté des grands sujets économiques du moment. Notamment celui de la place de « l’État » dans les " plans de relance " de sortie de crise.

En effet, la Chine et les États-Unis ont " mis le paquet " sur les dépenses publiques, faisant le choix de mettre leur économie en " quasi-surchauffe ", quitte à faire de l’inflation, afin de retrouver une croissance robuste et créatrice d’emplois.

À l’inverse, les pays européens montrent une plus grande frilosité. Ce qui fait craindre un nouveau " décrochage économique " du " Vieux Continent " après celui de 2010 qui avait suivi la mise en œuvre des politiques d’austérité en « zone euro ».

De nombreux économistes, de tous bords, se demandent désormais s’il ne faudrait pas faire fonctionner les économies en régime de " haute pression " avec mécaniquement un fort soutien des « pouvoirs publics », pour enfin remédier au problème endémique du chômage.

Mais hier soir, ni Éric Zemmour, ni Bruno Le Maire n’ont donné l’impression d’en avoir conscience.

Mathias THEPOT

Marianne.fr