Suicides à France Télécom : vers un procès pour harcèlement moral

, par  DMigneau , popularité : 64%

Suicides à France Télécom : vers un procès pour harcèlement moral

Sept ans après la série de suicides qui a frappé France Télécom, le parquet de Paris demande le renvoi en procès pour harcèlement moral de l’entreprise et de son ancien patron Didier Lombard.

Didier Lombard a été PDG de France Télécom de 2005 à 2010. - CHESNOT/SIPA

Première entreprise du CAC 40 à avoir été mise en examen pour harcèlement moral, France Télécom (devenu Orange) pourrait en répondre à la barre bientôt. Le 22 juin, après sept ans d’enquête sur la série de suicides parmi les salariés il y a sept ans, le parquet de Paris a demandé dans ses réquisitions le renvoi en procès de l’entreprise et de son ancien patron, Didier Lombard, rapporte l’AFP ce jeudi 7 juillet. L’ex-numéro 2 de France Télécom, son ancien directeur des ressources humaines et quatre cadres sont également cités pour complicité.

Dans ses réquisitions, le parquet reproche à France Télécom d’avoir mis en place dès 2007 une politique d’entreprise qui a eu pour effet de " déstabiliser " les employés et de " créer un climat professionnel anxiogène ". Sont notamment citées 39 victimes : 19 se sont suicidées, 12 ont tenté de le faire et 8 salariés ont subi un épisode de dépression ou ont été en arrêt de travail.

Les plaignants, dont la fédération Sud-PTT, y voient les effets d’un " système " mis en place pour pousser les salariés au départ dans un contexte de privatisation et d’ouverture à la concurrence, après que l’Etat soit devenu actionnaire minoritaire de France Télécom en 2004.

" Mode du suicide "

Didier Lombard, patron de l’entreprise à l’époque, n’avait pas brillé par sa finesse lors de cet épisode tragique. " En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte ", avait-il lâché en octobre 2006 devant des cadres de France Télécom. Il avait aussi parlé d’une " mode du suicide " en 2009, avant de reconnaître une " énorme bourde ". Fragilisé par le scandale, Lombard avait quitté la direction opérationnelle du groupe en mars 2010.

Le juge d’instruction doit maintenant décider s’il prononce un non-lieu ou s’il suit les réquisitions du parquet et ordonne un procès qui aurait forcément une ampleur inédite. Pour la première fois, en effet, la justice aurait à se prononcer sur une affaire de harcèlement à grande échelle dans une entreprise de cette taille.

Magazine Marianne