Record de France : Richard Ferrand oublie les voix " de gauche " pour Macron en une nuit

, par  DMigneau , popularité : 0%

Record de France : Richard Ferrand oublie les voix " de gauche " pour Macron en une nuit

Richard Ferrand. Hans Lucas via AFP

Le président de « l’Assemblée nationale », Richard Ferrand, semble frappé d’amnésie. Comme si la victoire d’Emmanuel Macron n’avait rien à voir avec le barrage d’une large part des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de " la gauche " contre Marine Le Pen, l’ancien " socialiste " a déroulé, ce lundi 25 avril sur " France Inter ", un discours ne s’adressant qu’au cœur de l’électorat du président de la République.

Des voix " de gauche " ? Quelles voix " de gauche " ?

Ce lundi 25 avril, sur " France Inter ", le président de « l’Assemblée nationale », Richard Ferrand, semblait frappé d’amnésie : comme si la victoire d’Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle n’avait rien à voir avec le " barrage " d’une large part des électeurs de Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen, l’ancien " socialiste " a déroulé un discours ne s’adressant qu’au cœur de l’électorat du président de la République.

Rien d’illogique à cela : les voix " kleenex " des " Insoumis " sont perdues d’avance pour des élections législatives dont la campagne a d’ores et déjà commencé, à l’appel de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Il s’agit donc de mobiliser son propre camp, qui plus est dans un scrutin qualifiant au second tour tout candidat obtenant plus de 12,5 % des inscrits.

Mais tout de même : les électeurs " de gauche " sont bien vite cocus.

Dès dimanche soir, le député breton n’avait pas vraiment le triomphe modeste : « Je voudrais souligner que le score réalisé par Emmanuel Macron aujourd’hui est non seulement inédit pour un président réélu sans cohabitation, mais surtout par son ampleur , expliquait-il sur " France 2 ". Si on excepte Chirac - Le Pen, c’est le plus haut score réalisé par un candidat à la présidence de la République. Le général De Gaulle ? 55 %.

La réélection de François Mitterrand ? 54 %. »

Et Macron en 2017 ? 66 %, soit 7,5 % de plus qu’en 2022.

CÉCITÉ VOLONTAIRE

Richard Ferrand récuse d’ailleurs l’idée d’un pays fracturé.

« Regardez en Bretagne : c’est 66 % pour Emmanuel Macron. Dans ma circonscription, qui est très rurale, c’est 63 %. Il faut arrêter cette idée où l’on opposerait des territoires les uns aux autres, assure-t-il ce matin sur " France Inter ". Quand j’étais plus jeune, on disait que la France était coupée en deux, les France irréconciliables, on en a entendu sur tous les tons. À chaque fois ce sont les mêmes rengaines, essayer d’opposer les Français entre eux. »

Tant pis si la carte du vote au second tour semble " suggérer " le contraire.

Cette cécité volontaire accouche d’une lecture politique de l’élection faisant fi, ou presque, des 42 % d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon (sondage " Ipsos-Sopra Steria ") ayant voté pour Emmanuel Macron au second tour.

« Nous avions sur la table deux offres politiques crédibles depuis quelques mois, qui étaient l’offre de " l’extrême droite " et celle que portait le président de la République », explique tranquillement Richard Ferrand.

Quid de Jean-Luc Mélenchon ?

« Je crois que beaucoup d’électeurs de gauche – pour partie, ils votent Emmanuel Macron –, mais pour partie, ils souhaitaient une orientation politique à gauche, et donc il y a eu une sorte de " vote utile ", en disant au fond : " C’est en votant pour Jean-Luc Mélenchon qu’on va montrer notre ancrage à gauche. " Mais je crois que c’est plus lié à cette envie-là que de dire comme je l’entends qu’il y aurait trois blocs, etc. »

Traduction : " Ils ont voté Mélenchon, mais au fond ils voulaient Macron. "

Après tout, 39 % des électeurs potentiels de Jean-Luc Mélenchon sondés par le " Cevipof " avant le premier tour déclaraient choisir le candidat de gauche par défaut. Oui mais voilà : 45 % des électeurs d’Emmanuel Macron interrogés dans l’entre-deux-tours déclaraient le choisir par défaut.

Difficile, dès lors, de minimiser l’importance du barrage contre la candidate du " Rassemblement national ".

PETIT DOIGT

Et pourtant : à entendre Richard Ferrand, nul besoin de donner plus de gages à " la gauche ". Pour une raison simple : selon lui, elle serait déjà au pouvoir !

Interrogé sur un éventuel gouvernement " d’union nationale ", le président de « l’Assemblée nationale » répond donc : « C’est daté historiquement le gouvernement d’union nationale. Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron, en 2017, a pratiqué cela. Revenons un instant aux origines : ce sont exclusivement des femmes et des hommes de la gauche qui se sont rassemblés autour de lui pour dire : " Mettons-nous d’accord autour d’un projet et ouvrons les bras à tous ceux qui veulent apporter leur pierre ". »

Et pour quel résultat !

Bruno Le Maire, Edouard Philippe, Gérald Darmanin… tous des " trotskystes ".

Si ce n’est pour la composition du gouvernement, peut-être Emmanuel Macron lâchera-t-il du lest sur quelques mesures " sociales " ?

Point du tout ! Richard Ferrand est on ne peut plus clair : le président ne lèvera pas le petit doigt.

« Quand on nous dit qu’il faut augmenter les salaires, etc. Mais attendez, le président Macron, ce n’est pas " le patron des patrons ", s’indigne l’élu breton. Ça se négocie à l’intérieur des entreprises l’amélioration du pouvoir d’achat. La mobilisation, il ne faut pas toujours l’attendre " d’en haut ", en disant que c’est sur le terrain que ça se passe mal. On se bat là où on est, là où on vit, mais on n’attend pas de l’État qu’il prenne des décisions, notamment sur les salaires ou le reste, de manière aveugle. »

Comme « la Justice » ?

Louis NADAU

Marianne.fr