Psychiatrie - A propos d’une mise à l’isolement avec contention de 60 jours de suite

, par  DMigneau , popularité : 64%

Psychiatrie - A propos d’une mise à l’isolement avec contention de 60 jours de suite

Témoignage de parents d’un patient victime d’un naufrage psychiatrique dans un établissement public de santé mentale (EPSM) de la région Rhône-Alpes entre novembre 2015 et février 2016, avec un internement en unité pour malades difficiles (UMD) à 600 km du domicile des parents et du patient.

Note liminaire : ce document, qui témoigne du seul vécu des parents, est extrait du journal de bord tenu par la famille de l’internement de leur fils.

Objectif : Changement de traitement pour une durée d’hospitalisation de 15 jours.

Conditions initiales :

Entrée libre, pas de situation d’urgence. Changement de traitement en cours d’évaluation au CMP depuis quelques mois et surtout pas de risques exposés comme l’exige la loi. La maman du patient était présente au moment de l’offre de soins présentée le jour même lors de la consultation mensuelle au CMP.

Résultats : 82 jours d’hospitalisation dont 68 jours en USIP (Unité de sons intensifs psychiatriques).

5 visites seulement autorisées d’une demi-heure.

77 jours à l’isolement dont 60 jours sous contention.

Hospitalisation libre transformée en hospitalisation d’office avec poursuite des soins avec internement psychiatrique en UMD.

Transfert en UMD à plusieurs centaines de kms du domicile de ses parents où il demeure.

Sur le plan médical, l’efficacité du changement du traitement n’a pas encore montré de signes tangibles.

Défense des droits, pour l’HDT, les parents prennent connaissance de l’audience 12 heures avant celle-ci.

USIP : « Soins Intensifs en Psychiatrie … ? » :

A l’EPSM (Etablissement public de santé mentale) : « Soins intensifs » s’est limité à chambre d’isolement 68 jours / 68 jours, sans presque rien pour s’occuper, le plus souvent sous contention 55 jours avec cette fois absolument rien pour s’occuper.

De quoi briser n’importe qui. Alors quid d’un être aussi vulnérable et en détresse absolue que ce patient ? Il y a un risque à présent que la dégradation de son état physique et mental ait franchi un palier irréversible. Les parents estiment dès à présent devoir évaluer ce risque au travers d’experts indépendants qu’ils choisiront.

Le comble :

Moins d’un mois après son entrée à l’USIP, le médecin référent condamnait son patient à l’internement en UMD. La justification de sa demande d’hospitalisation d’office est un modèle de réquisitoire.

Ce psychiatre ignore que l’isolement intensif sous contention relève de pratiques anxiogènes conduisant à la perte de repère jusqu’au passage à l’acte. Il peut affirmer avec la plus grande assurance que lorsque son patient en souffrance est en proie à des pulsions agressives, qu’il s’agit d’actes volontaires et même d’actes calculés.

A l’inverse, il n’explique pas pourquoi son patient lorsqu’il sent monter les pulsions agressives, demande à être attaché ! La psychiatrie a perdu la tête.

Autres aspects :

Le patient a rapidement perdu du poids à tel point que son appareil dentaire ne tenait plus et qu’il a fallu recourir à des compléments alimentaires. Un dentiste n’a pas été mandaté. Tout le séjour à l’EPSM s’est effectué en pyjama y compris lors des visites des parents. Le seul jour où il a été habillé, c’était pour aller en UMD.

Où est la dignité humaine ?

Aux élections régionales, on aurait pu l’aider à faire une procuration pour ses parents. Résultat : privation de droit de vote.

Comment un établissement public peut-il se substituer à la justice pour priver un citoyen du droit de vote ?

Il y a là négligence, abus de pouvoir et abus de faiblesse ; Ne parlons pas du coiffeur ! C’est un détail…

Parlons du droit de visite : Cinq visites seulement autorisées. Ces visites se sont parfaitement bien déroulées. Le patient était détendu et apaisé comme peuvent le témoigner la double garde des infirmiers présents à proximité, prêts à intervenir, mais surtout le chef de services qui a assisté à toute la seconde visite suivie d’un débriefing avec les infirmiers pour constater ensemble la qualité de cette rencontre. La sixième visite des parents a été annulées au dernier moment ; c’était celle de l’au-revoir, la veille de partir en UMD.

Parlons des coups de téléphone : Une quinzaine au total autorisés à l’initiative des parents. Compte tenu de la qualité des rencontres des parents avec leur fils, ils ont proposé à plusieurs reprises leur médiation pour essayer de faciliter les contacts entre le patient et l’équipe soignante. Leurs démarches renouvelées à plusieurs reprises se sont vues systématiquement refoulées comme d’autres d’ailleurs avec toujours le même argument : « Ce n’est pas prévu dans le règlement ».

Concernant ce règlement, il ressemble plutôt à un emploi du temps mal ficelé qui organise minutieusement les nombreuses poses cigarettes et la mise en pyjama pour tous au plus tard à 18h30.

Pour terminer, un petit mot pour les préparatifs du trousseau en UMD : Un email, le vendredi soir pour un départ prévu le lundi-matin. Le seul document « écrit » adressé aux parents qui annonce l’internement psychiatrique imminent en UMD.

C’est du mépris organisé.

Pour résumer :

USIP de L’EPSM = Unité de Souffrances Intensives en Psychiatrie ?

Conclusion :

C’est un naufrage psychiatrique ! La machine psychiatrico-administrative est infernale. On peut passer d’une hospitalisation libre à une hospitalisation d’office avec internement psychiatrique en unité pour malades difficiles alors même qu’on est la victime.

Les parents d’un enfant majeur reconnu handicapé psychique à un taux de 80 %, sont systématiquement mis à l’écart des décisions concernant leur enfant. Ils n’ont pas de statut sauf à demander la tutelle.

Le Législateur doit prioritairement défendre les plus faibles et, par exemple, reconnaître avec des droits associés le savoir faire de parents responsables lorsqu’ils sont engagés avec détermination depuis 25 ans assurer au quotidien le meilleur pour leur enfant handicapé. Les décrets, encore attendus sur la loi portant sur " l’habilitation familiale ", pourraient utilement en tenir compte.

André Bitton

MediaPart