Présidentielle : Pécresse s’accroche pour éviter de subir le sort de Hamon en 2017

, par  DMigneau , popularité : 0%

Présidentielle : Pécresse s’accroche pour éviter de subir le sort de Hamon en 2017

Valérie Pécresse le 1er mars 2022, devant la " Fédération nationale de la mutualité française ". AFP / Sameer al-Doumy

En baisse quasi constante dans les sondages, la candidate " Les Républicains " (LR) mise désormais beaucoup sur la disqualification de Zemmour par " K.-O. technique ". Autour d’elle, certains y croient encore… mais beaucoup préparent leur deuil.

" Pauvre Valérie, elle n’est pas aidée… On avait de l’or en barres ! "

Chez " Les Républicains " (LR), on s’accroche aux branches. Il reste 38 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle et, même si la guerre en Ukraine lui offre un léger répit, les sondages de Valérie Pécresse affichent deux tendances : soit le " point mort ", soit la baisse.

Depuis le début du mois de février, tous autour d’elle s’accordent à dire que la séquence n’est pas bonne et que la droite n’arrive pas à en sortir.

" Il y a eu un déclic !… mais il a été négatif. C’était le meeting du Zénith ", constate un proche de la candidate.

Depuis, exception faite des réunions publiques tenues en Vendée ou au Cannet, dont les formats plus " intimistes " ont davantage convenu au profil technicien de Pécresse, aucun événement de campagne ne laisse de trace.

Pis, ce qui en reste est souvent sujet à moqueries : une formulation artificielle par ci, une réaction étrange par là…

Et puis, récemment, cette photo d’un " conseil de défense " parallèle incluant d’anciens ministres comme Michèle Alliot-Marie, Hervé Morin ou Gérard Longuet, qui fleurait un mélange de " naphtaline " et d’amateurisme.

Une " mine d’or à plaisanteries " sur les « réseaux sociaux ».

« Qui a eu l’idée de " tweeter " cette photo ? ! Ce n’est pas possible. Des militants m’ont demandé pourquoi Valérie organisait ça dans un garage… Alors que c’était au QG de campagne », rit jaune une poids lourd du dispositif, d’après qui la candidate n’est pas assez protégée par son entourage.

MACRON, " PÈRE DE LA NATION "

Pour un fin connaisseur des arcanes de LR, " il y a une maladresse dans l’ADN de Pécresse, comme Ségolène Royal ; maintenant, quand elle parle, tu t’attends à la prochaine bourde ".

Si ce n’était " que cela "… Car avec le conflit " russo-ukrainien ", la patronne de la région Île-de-France se trouve confrontée à un nouveau défi : celui de la " présidentialité ", cette aptitude à gouverner qu’elle entendait être la seule à pouvoir disputer à Emmanuel Macron.

La question de la " plus-value " de Valérie Pécresse par rapport au chef d’État sortant, qui va se déclarer candidat ce vendredi 4 mars via une lettre diffusée dans la presse régionale, n’en devient que plus prégnante.

" On ne sait pas pourquoi elle est candidate. Elle n’a pas su donner du sens à son truc ", affirmait un ponte " centriste " après le Zénith. À la direction de LR, on est conscient que " beaucoup d’électeurs ne font pas le distinguo entre Macron et Pécresse ".

" Alors qu’il y a des différences ", prend-on la peine d’ajouter, dépité par le manque d’intérêt global des Français pour la présidentielle.

Le phénomène risque pourtant bien de s’accentuer, alors même que, depuis le début, la plus grande porosité sociologique qui guette la droite est celle avec l’électorat " macroniste ". Or, les positions de Valérie Pécresse sur la Russie et l’Ukraine sont très proches de celles défendues par le Quai d’Orsay.

Par ailleurs, comme l’a illustré son allocution de mercredi soir, Emmanuel Macron peut pleinement endosser l’habit du " père protecteur de la Nation " et jouer sur le réflexe " légitimiste " des Français.

« La séquence le favorise. Sur le terrain, beaucoup me disent : " Il est opérationnel, on ne peut pas lui enlever le pouvoir dans un tel contexte " », rapporte Agnès Evren, patronne de la fédération LR de Paris.

" Aux yeux de notre électorat, il n’est pas bon de changer de général en pleine guerre ", poursuit-elle.

RISQUES DE " SIPHONNAGE "

Beaucoup enragent, en leur for intérieur, de constater que l’invasion déclenchée par Vladimir Poutine les prive de leur principale carte : dénoncer le bilan d’Emmanuel Macron à la tête du pays.

Le corollaire de cet empêchement – si la guerre venait à perdurer tout le mois de mars – serait de voir le socle de Valérie Pécresse " siphonné " par le président. Et, donc, qu’elle subisse un sort analogue à celui de Benoît Hamon qui, en 2017, a fini à 6,36 % après avoir vu ses électeurs se réfugier chez Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron.

La candidature " socialiste " avait perdu sa raison d’être. Celle de LR, cinq ans plus tard, a perdu la sève du " vote utile " anti-Macron qui devait la propulser.

" Quand vous êtes à 13 %, c’est plus facile de se relever que quand vous êtes à 2 ", tempère un élu.

C’est évident.

Même si Macron va être considérablement absorbé par la crise à l’Est, son " entrée en lice " l’obligera à davantage se mettre à découvert.

FEU SUR ZEMMOUR

Pour le même élu, longtemps proche d’Alain Juppé, la candidate LR doit rester dans ce " classicisme " qu’elle affectionne. Assumer d’incarner un vote de raison et non de passion… donc parler, quand l’espace s’ouvrira, de sérieux budgétaire et de finances publiques.

Des thèmes sur lesquels Pécresse est indubitablement plus à l’aise, mais peu porteurs par les temps qui courent.

« On a un socle à 20-25 %, en gros l’étiage de François Fillon avant " l’affaire Pénélope ". Les vieux, les agriculteurs, la bourgeoisie… Ces gens-là ont voté à droite toute leur vie jusqu’en 2017. Aujourd’hui, ils hésitent entre Macron, Pécresse et Zemmour  », juge notre source.

Or, il ne faut pas sous-estimer, aussi, le trouble que provoque la décision de Poutine dans le camp de l’ex-journaliste du " Figaro ", dont l’attrait pour le modèle russe et le refus d’accueillir des réfugiés ukrainiens sur notre sol déroutent jusque dans son propre électorat.

D’où le choix de Valérie Pécresse d’accepter de débattre, finalement, avec lui le jeudi 10 mars sur " TF1 ". L’homme est un redoutable " bretteur ", mais à ce stade, la prise de risque est la seule solution.

" Il faut qu’on n’ait qu’un seul objectif maintenant, c’est d’atteindre le second tour , souligne Frédéric Péchenard, vice-président à la région Île-de-France et proche de la candidate. Si on y parvient, il restera 15 jours et le débat sera d’une autre nature. "

Une autre élue résume plus crûment : " Il faut dégommer les deux extrémistes. Sinon, c’est fini dès le 10 avril ".

Le faire avec un Zemmour fragilisé est une chose.

Le faire avec une Le Pen solide sur ses bases et dont l’électorat, surtout, n’a rien à voir avec celui de Pécresse, en est une autre…

Jules PECNARD

Marianne.fr