Pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne veut-il pas de l’argent de " Twitch " ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon ne veut-il pas de l’argent de " Twitch " ?

Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence de presse à Rennes le 22 novembre. Pablo Patarin / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Pour ne pas se trouver en infraction avec les règles de financement de campagne et par souci éthique, Jean-Luc Mélenchon est entré en négociation avec la plateforme " Twitch " pour " démonétiser " sa chaîne.

D’autres partis y voient au contraire une source de financement.

Il ne veut pas d’argent.

Jean-Luc Mélenchon tente de négocier avec " Twitch " pour continuer d’animer sa chaîne, qui compte 74 000 abonnés, sans être rémunéré pour les contenus qu’il diffuse, ce qui est le cas par défaut sur la plateforme de " streaming " d’ " Amazon ".

Cette requête, révélée par la " Lettre A ", une publication spécialisée sur les médias, est très sérieuse puisque le candidat de " la France Insoumise " pour la prochaine élection présidentielle, risquerait de se trouver en infraction avec les règles de financement de campagne s’il était rémunéré par " Twitch ".

" Une épine dans le pied " du " parti " qui est toujours englué dans des procédures judiciaires lancées après que la « Commission nationale des comptes de campagne » (CNCCFP) a relevé des " irrégularités " lors de la dernière présidentielle.

Dans ce cadre, le député de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud (LFI) a notamment été " mis en examen " le 4 octobre dernier.

Statut dérogatoire

Pour éviter une nouvelle déconvenue, Jean-Luc Mélenchon négocie donc avec " Twitch ".

Si la " plateforme " rencontre aujourd’hui un réel succès, qui a attiré médias et politiques, c’est en partie parce qu’elle permet aux spectateurs de rémunérer directement les " streamers " qu’ils suivent, via des dons ou des abonnements à leur chaîne.

Ce dont a bénéficié Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il s’est lancé au printemps 2020. " Nous recevions parfois plusieurs centaines d’euros par émission, ce que nous ne pouvions ni ne voulions recevoir ", explique Antoine Léaument, chargé de la campagne sur les « réseaux sociaux » pour " la France Insoumise ".

Dans un premier temps, le chef de file de " la France Insoumise " avait réussi à trouver un accord avec " Twitch " pour bénéficier d’un statut particulier de " partenaire ", lui permettant de ne pas percevoir de revenus, tout en bénéficiant de fonctionnalités supplémentaires comme le fait de " certifier son compte ".

" Ce statut de partenaire est un cran au dessus du statut de base. Il a principalement l’avantage d’offrir plus de visibilité au compte de Jean-Luc Mélenchon, les comptes certifiés sont davantage mis en avant ", explique Antoine Léaument.

Problème : pour une raison inconnue des responsables de " la France Insoumise ", ce statut a été perdu ces dernières semaines. En conséquence, pour ne pas être rémunéré, Jean-Luc Mélenchon ne peut plus utiliser toutes les fonctionnalités de " Twitch " et sa chaîne est moins " mise en avant " par la plateforme.

Il entend donc solliciter à nouveau le statut de " partenaire ".

Choix " éthique "

« Les règles du financement de campagne sont régies par deux principes.

D’abord, le candidat ne doit y avoir qu’un seul compte, ce qui pose problème avec " Twitch " puisque les dons sont d’abord versés sur un compte interne à la plateforme.

Et ensuite, le financement par une personne " morale " est interdit. Or, les dons des utilisateurs transitent obligatoirement par " Twitch " pour être versés ensuite aux streamers », décrypte Antoine Léaument, qui précise qu’il s’agit également d’un choix " éthique ".

« Notre objectif n’a jamais été de gagner de l’argent sur " Twitch ". Nous y sommes seulement pour convaincre des électeurs », assure Antoine Léaument. D’autant que la " plateforme " appartient au géant " Amazon ", cible de Jean-Luc Mélenchon qui voudrait taxer fortement l’entreprise américaine.

A contrario, d’autres formations politiques, comme le " Parti pirate " qui défend le libre partage des savoirs culturels et scientifiques sur « Internet », voient en " Twitch " un authentique moyen de financement politique.

« Nous acceptons les revenus de " Twitch " et il est tout à fait légal, hors campagne électorale, de recevoir des financements de ce type. Un parti, même s’il est une association de loi 1901, se finance comme il veut, à condition de ne pas rémunérer d’actionnaires. D’autres vendent bien des t-shirts », indique Cédric Levieux, le porte-parole du " Parti pirate ", qui entend présenter des candidats aux prochaines élections législatives.

Risque de censure

En contrepartie, la structure politique doit se plier aux conditions d’utilisation de la " plateforme ", qui comprennent un risque de censure.

La chaîne " Twitch " du " Parti pirate " a été suspendue dimanche 21 novembre, alors qu’elle diffusait et commentait en direct le débat du parti " Les Républicains " organisé par la chaîne " BFMTV ".

La diffusion de contenus télévisés est une pratique courante sur « Internet » : elle a déjà entraîné la suspension d’autres chaînes sur " Twitch ", comme celle du journaliste Hugo Travers lors du débat entre Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, diffusé également sur " BFMTV ".

La chaîne dénonce la reprise de ses images comme une atteinte à ses droits puisqu’elle organisait la diffusion de ces débats.

De son côté, le " Parti pirate " estime être en droit de " commenter un débat public et dans ce cadre de diffuser des images en direct ", explique Cédric Levieux.

Le parti a déposé un recours devant le CSA pour clarifier ce point et pouvoir s’opposer à la décision de " Twitch ", qui a agi en réponse à la saisine de la chaîne " d’information " en continu.

" On utilise des outils privateurs, qui peuvent nous censurer et qui peuvent être éthiquement discutables. Mais on est là où les gens sont ", résume Cédric Levieux.

Pierre LANN

Marianne.fr