Pour Julian Assange

, par  DMigneau , popularité : 0%

Pour Julian Assange

Fier comme Artaban, souriant, entouré d’une cinquantaine de photographes et de cadreurs, Jim Acosta a opéré, le 16 novembre dernier, son retour " en fanfare " à la Maison Blanche.

Quelques jours plus tôt, il avait perdu son accréditation de correspondant de " Cable News Network " (CNN), mais la justice américaine a obligé le président Donald Trump à annuler la sanction.

« C’était un test, et nous l’avons passé avec succès , a fanfaronné Acosta. Les journalistes doivent savoir que, dans ce pays, la liberté de la presse est sacrée et qu’ils sont protégés par la Constitution [pour] enquêter sur ce que font nos gouvernants et nos dirigeants. »

Fondu enchaîné, musique, happy end…

Réfugié depuis six ans à l’ambassade d’Équateur à Londres, M. Julian Assange n’a sans doute pas pu suivre en direct sur CNN un dénouement aussi émouvant. Car son existence - à lui - ressemble à celle d’un prisonnier.

Interdiction de sortir, sous peine d’être arrêté par les autorités britanniques, puis, sans doute, extradé vers les États-Unis ; communications réduites et brimades de toutes sortes depuis que, pour complaire à Washington, le président équatorien Lenín Moreno a résolu de durcir les conditions de séjour de son « hôte » (lire « En Équateur, le néolibéralisme par surprise »).

La détention de M. Assange ainsi que la menace de quelques dizaines d’années de prison dans un pénitencier américain - en 2010, M. Trump avait souhaité qu’il soit exécuté - doivent tout au site d’information qu’il a fondé.

" WikiLeaks " est à l’origine des principales révélations qui ont indisposé les puissants de ce monde depuis une dizaine d’années : images des crimes de guerre américains en Afghanistan et en Irak, espionnage industriel des États-Unis, comptes secrets aux îles Caïmans.

La dictature du président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali fut ébranlée par la divulgation d’une communication secrète du département d’État américain qualifiant cette " kleptocratie " amie de Washington de « régime sclérosé » et de « quasi-mafia ».

C’est également " WikiLeaks " qui révéla que deux dirigeants " socialistes " français, MM. François Hollande et Pierre Moscovici, s’étaient rendus, le 8 juin 2006, à l’ambassade des États-Unis à Paris pour y regretter la vigueur de l’opposition du président Jacques Chirac à l’invasion de l’Irak.

Mais ce que la « gauche » pardonne moins que tout à M. Assange, c’est la publication par son site des courriels piratés de la campagne de Mme Hillary Clinton.

Estimant que cette affaire a favorisé les desseins russes et l’élection de M. Trump, elle oublie que " WikiLeaks " a alors dévoilé les manœuvres de la candidate " démocrate " pour saboter la campagne de M. Bernie Sanders durant " les primaires " de leur parti.

À l’époque, les médias du monde entier ne s’étaient pas privés de reprendre ces informations, comme ils l’avaient fait pour les précédentes, sans pour autant que leurs directeurs de publication soient assimilés à des " espions étrangers " et menacés de prison.

L’acharnement des autorités américaines contre M. Assange est encouragé par la lâcheté des " journalistes " qui l’abandonnent à son sort, voire se délectent de son infortune.

Ainsi, sur la chaîne MSNBC, l’animateur-vedette Christopher Matthews, ancien cacique du " Parti démocrate ", n’a pas hésité à suggérer que les services secrets américains devraient « agir à l’israélienne et enlever Assange »…

Serge Halimi

Source : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/HALIMI/59366

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