" Les trois péchés originels d’Emmanuel Macron ", par un ancien militant LREM

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" Les trois péchés originels d’Emmanuel Macron ", par un ancien militant LREM

" Il y a cinq ans, le 6 avril 2016, à Amiens, je mettais sur les fonts baptismaux, avec quelques dizaines d’autres, le mouvement politique et citoyen créé par l’actuel locataire de l’Elysée, En Marche ! " © BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Olivier Williame, ancien animateur local " En Marche ! " à Amiens, ancien responsable départemental " LREM 80 " et responsable logistique départemental durant la campagne présidentielle de 2017, analyse les trois erreurs tactique, politique et morale du président.

Il y a cinq ans, le 6 avril 2016, à Amiens, je mettais sur les " fonts baptismaux ", avec quelques dizaines d’autres, le mouvement politique et citoyen créé par l’actuel locataire de l’Élysée, " En Marche ! ".

Comme un écolier timide, et sans cravate, Emmanuel Macron entrait à la fois sur la petite scène d’une salle de conférences et sur la grande scène de l’Histoire. Parmi les 200 personnes présentes, novice en politique, je faisais sans doute partie de celles qui fondaient le plus d’espoir dans ce renouvellement politique.

Déçu du " macronisme "

Après cinq ans, force est de constater que je fais partie des " déçus du Macronisme ", pour plusieurs raisons majeures qu’il convient d’analyser et dont on peut commencer, hélas, à mesurer les possibles conséquences politiques et sociales.

Ces raisons peuvent se résumer, si l’on s’en donne la peine, à trois péchés originels qui auront fortement, à mon sens, invalidé le quinquennat qui s’achève.

1 . Une erreur tactique :

Elu en grande partie avec des voix " de gauche " et de " centre-gauche ", la posture naturelle de Macron aurait dû être " socio-démocrate ".

Le positionnement était même " pré-formé " : c’était celui de l’ " hypercentre ", péniblement travaillé et hissé depuis quinze ans par Bayrou, notamment. Cette place sur " l’échiquier politique " était même rêvée et un gage de réélection en 2022.

L’erreur fut de " droitiser " son positionnement, non pas en 2021 comme on l’entend parfois, mais bien dès 2017, avec le choix d’Édouard Philippe, issu de " LR ", comme « Premier ministre », et clair héritier du très libéral Juppé.

On aurait pu imaginer, par exemple, la nomination à Matignon d’une femme " socio-démocrate " issue du " Modem ".

Depuis 1983, on peut avancer que la France a toujours été gouvernée au " centre ", à l’exception peut-être de la parenthèse 2007-2012, et encore… pourtant Macron a décidé dès son élection de partir " à droite toute " ; et peu importe que cette tactique ait été assumée, consciente ou pas…

2 . Une erreur politique :

Avoir négligé constamment son aile " gauche ".

Pour avoir été fortement impliqué dans la campagne présidentielle de 2017, je peux affirmer que l’ancrage " à gauche " (équipes départementales, militants, élus issus du PS…) était assez prégnant.

Face à cet état de fait, la colère des notables politiques (de l’ " UDI ", par exemple) était d’ailleurs assez forte dans les territoires avant qu’ils ne récupèrent, rapidement, la conduite des opérations, vers 2018.

Or, l’attente du terrain était celle de la création et de l’enracinement d’un grand mouvement " central " embrassant des idées " progressistes ". Malgré cela, le " Mouvement En Marche ! ", outil d’accession au pouvoir, a été ensuite abandonné comme un jouet par un enfant capricieux.

Pour preuve, en 2017-2018, les cadres " macronistes " influents (Griveaux, Denormandie, Castaner, ce dernier y étant tout de même contraint), refusèrent d’en prendre la direction, sentant bien que le pouvoir n’était pas là et ne serait pas là.

Curieux, dès lors qu’ " EM ! " était une création " ex-nihilo " d’Emmanuel Macron, coquille vide qu’il fallait bien incarner. Au lieu de cela, malgré nos avertissements répétés au sommet, on vit s’installer un désintérêt total pour le " Mouvement " d’origine, pourtant le seul moyen d’ancrage, d’implantation et de " maillage territorial " d’un Parti naissant - " LREM " - réduit à des députés souvent novices et parfois dénués de sens politique.

3 . Plus grave enfin, une faute morale :

Avoir volontairement installé le " RN " comme adversaire politique unique, au lieu de se placer dans un jeu démocratique " normal ", sur le terrain parlementaire notamment.

Le plus frappant étant le refus de laisser, dans l’exercice du pouvoir, une place réelle et visible à un « chef de l’opposition », ce qui a toujours été le cas depuis De Gaulle. Or, " LR " ou " LFI " sont des partis politiques qui ont vocation à durer par leur construction, leur place respective, la " polarisation idéologique " qu’ils représentent.

Cette faute morale a trouvé récemment son plus triste épisode avec les propos de Darmanin, qui avoue " en filigrane " se placer à droite du " RN " en qualifiant sa leader de " molle " sur le plan sécuritaire et migratoire.

Du jamais vu, même sous Sarkozy

Terribles conséquences

Si l’on ne peut, un an avant l’élection, en garantir le résultat, on peut du moins tenter d’entrevoir les conséquences fortes de ces trois erreurs politiques majeures en 2022 :

- La tentative d’indépendance et d’autonomisation croissante du " Modem ", notamment à travers le combat de Bayrou pour la " proportionnelle ", qui renforcera son parti mais bien évidemment aussi le " RN ", lequel rentrera ainsi dans la " cour des Grands ".

L’ " hyper-centre " cherchera à exister véritablement comme une sorte " d’ennemi de l’intérieur " ou de " faux ami ", puisqu’il n’a pas été mis en œuvre après 2017 en tant que courant politique central alors qu’il était appelé de ses vœux par les électeurs.

À cet égard le propos de Bayrou repris par le " HuffPost " le 7 février est sans ambiguïté : " Je ne me lance pas dans cette bataille pour la perdre. "

- La volonté de revanche de " LR ", qui est presque une question de survie économique, encore plus forte depuis l’effondrement du " Sarkozysme ", dont le " Macronisme " n’aura été qu’une copie aussi libérale dans les actes que son parangon.

A cet égard les gesticulations récentes du président Larcher, mais aussi l’alliance objective qui se dessine à terme entre l’ex-Premier ministre Philippe et le sénateur, sont révélatrices.

Malgré l’anathème lancé contre Philippe, il s’agit de relever le gant à droite et, peut-être, de se lancer dans la campagne présidentielle dès 2022.

- Le plus grave et le plus important par ses dégâts possibles sur le " paysage politique " : la forte réticence de " la gauche ", qui a porté en grande partie Macron au pouvoir, à voter pour lui au premier et, le cas échéant, au deuxième tour de l’élection présidentielle, cette " gauche " considérant avoir été trahie et " cocufiée " selon le mot récent de Hamon.

Cette réticence, pour ne pas dire ce refus, pourrait amener à une stratégie de " renversement de la table démocratique ", notamment par un soutien explicite à " LFI ", seul parti de gauche en capacité de gagner - mais pas seul - en 2022.

Plus encore, on pourrait assister à une abstention massive qui serait une façon pour les déçus de Macron de " se laver les mains " du résultat de la présidentielle, même face à la perspective " RN ".

En bref, le " Macronisme " n’aura été, à mon regret, qu’un libéralisme technocratique déguisé. Ce travestissement peut être considéré comme une trahison des idéaux de progrès (par exemple, réforme des retraites non concertée, " Bonapartisme " imité et pouvoir parlementaire limité, " sur-privatisation " en vue d’ADP malgré des enjeux stratégiques majeurs sur le plan économique, sécuritaire et sanitaire…).

L’hubris d’Emmanuel Macron qui pouvait en 2017 apparaître comme un avantage en termes de " leadership ", s’est finalement mué en une sourde menace. Plutôt que Napoléon Bonaparte, modèle clairement assumé, le président se sera plutôt comporté, selon le mot de Hugo, comme son descendant libéral," Napoléon le Petit ".

Olivier WILLIAME

Marianne.fr