L’école Blanquer ou le dogme néolibéral de la concurrence appliqué à « l’Education »

, par  DMigneau , popularité : 0%

L’école Blanquer ou le dogme néolibéral de la concurrence appliqué à « l’Education »

Insidieusement, ce gouvernement a introduit la logique de la concurrence et de " la loi du marché " dans « l’Education Nationale ». Il s’agit ici de pointer les principales mesures de mise en concurrence et d’en démontrer les effets néfastes dans les établissements scolaires, pour les professeurs comme pour les élèves.

Ce gouvernement est tellement fanatique de " l’économie de marché " qu’il pense que ses mécanismes doivent régir l’ensemble de la société. Ainsi, nos écoles subissent une révolution silencieuse par l’introduction d’une logique de concurrence à tous les niveaux.

1 . Concurrence entre les élèves :

Depuis quelques années, les « pédagogues » ont eu la bonne idée de valoriser la coopération par des travaux de groupe, de supprimer les classements de fin de trimestre et de ne plus énoncer les notes des évaluations à voix haute, conscients que les dynamiques de lutte contre les autres sont moins souhaitables que la lutte contre ses propres difficultés (avoir des meilleurs notes au deuxième trimestre qu’au premier et non avoir des meilleures notes que son voisin de table) et l’entraide (tutorat, travaux en groupe,…) pour progresser.

Complètement à contre-courant, Frédérique Vidal réintroduit la concurrence très violemment avec le système " Parcoursup ".

Qu’est-ce ?

Une sélection des bacheliers à l’université basée non sur leur diplôme mais sur la loi très volatile et totalement arbitraire de " l’offre " et de " la demande ". Le destin des étudiants est laissé aux algorithmes impénétrables de la machine " Parcoursup ", la main " invisible " du marché opère dans l’ombre pour chaque établissement.

" Loi du marché " dont nos chers gouvernants n’ont pas adopté tous les éléments, ce qui ajoute l’absurde à l’injustice. En effet, dans un " libre marché ", " l’offre " va chercher à répondre à la demande et s’ajuster, mais ce n’est pas le cas pour le nombre de places à l’université que l’austérité budgétaire empêche d’adapter à la " massification " de l’accès au " supérieur ".

Ce en quoi le système " Parcoursup " est une combinaison des pires injustices du capitalisme et des pires inefficacités du " stalinisme " : sélection arbitraire et inadaptation à la demande.

Mais comment en aurait-il pu être autrement, quand l’objectif de départ est de prendre acte du manque de places à l’université, non en y remédiant, mais en " fermant la porte " aux étudiants pourtant légitimes à y entrer du fait de leur diplôme ?

Rappelons que le baccalauréat a dès sa création par Napoléon le rôle de " passeport " pour l’université : sans cela, il n’a plus de valeur. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement s’en contrefiche. Tout ce qui lui importe, c’est de faire des économies budgétaires.

Refuser d’instruire une partie de sa population, voilà la posture que le gouvernement assume d’adopter. Il n’y aura pas assez de places " à la fac " pour tous les individus qualifiés, les lycéens sont donc mis en compétition.

Qu’importe si, concrètement, cela a des effets délétères pour les élèves. Avec le recul de deux années, les professeurs peuvent le constater au quotidien : être en évaluation constante (pour le bac " en contrôle continu " et pour " Parcoursup ") et jouer son avenir à chaque contrôle crée un climat d’angoisse chez les élèves.

Dès lors, cela déclenche des conflits avec les professeurs pour demander systématiquement des rattrapages ou engendre des stratégies d’évitement pour échapper aux évaluations jugées plus difficiles, ce qui biaise et pourrit la situation d’apprentissage.

Du côté des professeurs, cela altère aussi les comportements, l’intransigeance bienveillante n’étant plus possible du fait qu’elle a pour conséquence la disqualification de l’élève dans sa volonté de poursuivre des études.

Cette concurrence entre les élèves est aussi une concurrence à l’échelle des établissements.

2 . Concurrence entre les établissements :

La " mention d’établissement d’origine " pose également question dans le système " Parcoursup ", à laquelle s’ajoute la mention des " choix pédagogiques de l’établissement ". La discrimination résidentielle est déjà un phénomène bien connu du " marché du travail ", M. Blanquer et Mme Vidal ont jugé bon de l’introduire dès l’entrée à l’université.

Là où le baccalauréat était nationalement reconnu, les notes entrées dans " Parcoursup " n’ont pas la même valeur selon l’établissement d’origine.

Pourquoi sinon le préciser dans le dossier ?

La mention des " choix pédagogiques de l’établissement " qui consiste en cette année de " covid " à spécifier si l’élève a suivi des cours en continu ou si l’établissement fonctionnait sur la base de demi-groupes en alternance, parachève cette inégalité injuste entre les élèves selon leur établissement d’origine.

Voilà qui pose d’emblée les choses sur des bases " saines " : l’élève sera puni si son établissement a choisi de préserver sa santé.

Au-delà de " Parcoursup ", le baccalauréat " refondu " version Blanquer pose problème en lui-même puisqu’il repose pour moitié sur le « contrôle continu » et n’a donc plus, lui non plus, de valeur nationale.

Dans ce système " d’offre " et de " demande ", l’élève sera " monnayé " selon le prestige de l’établissement dans lequel le quartier de résidence de ses parents l’aura fait naître et grandir.

Cette concurrence entre les établissements n’est pas fortuite. Elle correspond à l’idéologie inégalitaire du pouvoir en place, où le niveau de richesse est " l’étalon " de la valeur de chacun.

L’injustice est d’autant plus forte que, lorsqu’il s’agit d’élèves et d’étudiants, ce niveau de richesse est totalement dépendant de leurs parents.

3 . Concurrence entre les professeurs :

" Un leader doit manager avec des outils contemporains (collaboration, coopération, hiérarchie horizontale, agilité, confiance) et savoir conduire un groupe en mettant ses personnels en situation d’être des leaders eux-mêmes. Mais il importe, dans le même temps, qu’il sache conduire chacun à accepter la légitimité et la nécessité de la hiérarchie, trop souvent mise en cause, du pouvoir et de la verticalité qui lui sont corrélés. "

La citation ci-dessus extraite des conclusions de l’atelier " encadrement " du " grenelle de l’Education " n’est que la traduction en " novlangue managériale " de ce que dénonçait La Boétie dans son " Discours sur la servitude volontaire ". Je vous laisse en constater la coïncidence :

" Toujours il a été que cinq ou six ont eu l’oreille du tyran, et s’y sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui, pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries.

Ces six adressent si bien leur chef, qu’il faut, pour la société, qu’il soit méchant, non pas seulement par ses méchancetés, mais encore des leurs. Ces six ont six cents qui profitent sous eux et font de leurs six cents ce que les six font au tyran.

En somme que l’on en vient là, par les faveurs ou sous-faveurs, les gains ou regains qu’on a avec les tyrans, qu’il se trouve enfin quasi autant de gens auxquels la tyrannie semble être profitable, comme de ceux à qui la liberté serait agréable.

Tout ainsi que les médecins disent qu’en notre corps, s’il y a quelque chose de gâté, dès lors qu’en autre endroit il s’y bouge rien, il se vient aussitôt rendre vers cette partie véreuse : pareillement, dès lors qu’un roi s’est déclaré tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume, ceux qui sont tâchés d’une ardente ambition et d’une notable avarice, s’amassent autour de lui et le soutiennent pour avoir part au butin, et être, sous le grand tyran, tyranneaux eux-mêmes. [...]

Non pas qu’eux-mêmes ne souffrent quelquefois de lui, mais ces perdus et abandonnés de Dieu et des hommes sont contents d’endurer du mal pour en faire, non pas à celui qui leur en fait, mais à ceux qui en endurent comme eux. [...]

Toutefois, voyant ces gens-là, qui nacquetent le tyran pour faire leurs besognes de sa tyrannie et de la servitude du peuple, il me prend souvent ébahissement de leur méchanceté, et quelquefois pitié de leur sottise : car, à dire vrai, qu’est-ce autre chose de s’approcher du tyran que se tirer plus arrière de sa liberté, et par manière de dire serrer à deux mains et embrasser la servitude ? »

Par pragmatisme politique - diviser pour mieux régner - mais également par l’imprégnation d’une idéologie néolibérale - la concurrence comme principe fondamental de management - J.M. Blanquer s’applique à instaurer un climat de concurrence au sein des professeurs.

D’abord, le ministère a annoncé vouloir supprimer la carte des REP et établir des " contrats " entre les établissements bénéficiaires et les rectorats.

Là où des critères objectifs incontestables (si ce n’est sur le choix des seuils) justifiaient le classement en REP, il va falloir que chaque établissement quémande des moyens au rectorat dont il dépend. Voilà qui donne un pouvoir arbitraire et démesuré à ces institutions aux dépends des réalités sociales vécues par les élèves auxquels les enseignants s’adressent.

Le classement en REP - dont dépendent les moyens alloués - ne dépendra plus simplement du taux de chômage du quartier, du taux de réussite au brevet ou encore du nombre d’élèves ayant redoublé ; mais du bon vouloir du recteur.

Une négociation sera nécessaire entre les équipes pédagogiques menées par le chef d’établissement et leur rectorat : les enseignants devront donc ajouter à leur large panoplie de compétences la capacité à réaliser des " deals " avantageux aux dépends des établissements alentours.

Il faut préciser ce dernier point puisque, nous le constatons chaque jour, les moyens alloués à « l’Education » ne sont pas extensibles : chaque euro obtenu par un établissement sera confisqué à un autre par un jeu de " vases communicants ". Ce sera désormais aux équipes pédagogiques de chaque établissement de " s’entretuer " pour obtenir ces moyens puisque le ministère ne veut plus en prendre la responsabilité.

Ce dernier préfère des " contrats " locaux.

Rien de tel que l’attribution à des chefs locaux d’un pouvoir arbitraire pour s’assurer de la soumission des " petites mains " (les enseignants) mises en concurrence pour obtenir des moyens de faire leur métier.

Ce système de faveurs est idéal pour rendre les équipes d’enseignants dociles : il y a fort à parier que les établissements qui se plieront le plus aux volontés du pouvoir en place seront privilégiés.

Cette " société de cour " est également favorisée à l’échelle des établissements.

La fonction de directeur d’école était un rôle rempli par un collègue, elle vise à devenir un pouvoir par la consécration récente de " l’autorité fonctionnelle " du directeur.

Pourquoi donc ?

D’une part, elle compense par un prestige dérisoire l’absence de prime à hauteur de la lourdeur de la charge, d’autre part l’instauration de " petits chefs " est idéale pour soumettre à l’autorité du " grand chef ". Il s’agit de s’assurer de relais qui veilleront sur le terrain à l’application scrupuleuse des réformes les plus stupides. Le souci du bien des élèves incitera moins à désobéir si l’intérêt personnel d’un poste de pouvoir entre en jeu.

Dans les établissements du « secondaire », le " grenelle de l’Education " propose d’octroyer au chef d’établissement un pouvoir dans le choix des professeurs : là où les mutations étaient réglées selon des critères communément reconnus, elles seraient donc soumises au pouvoir discrétionnaire du chef d’établissement.

Autre avatar de la mise en concurrence des professeurs, l’idée d’une " prime au mérite ". Le premier " laboratoire " de la prime au mérite serait les " REP + " : en effet, l’augmentation prévue de la prime REP par Emmanuel Macron lors de la campagne à la présidentielle n’a toujours pas été entièrement octroyée.

A défaut d’octroyer à tous l’intégralité de la prime promise, la dernière tranche d’augmentation serait conditionnée au " mérite " : enseigner dans un quartier dit " difficile " ne serait-il pas difficile pour tout le monde ?

Cette idée de " prime " ou de " salaire au mérite " tend à être généralisée à en croire le " Grenelle de l’Education ". Dans l’absolu, cela peut paraître une " bonne idée ", mais qui va juger de ce " mérite " ?

Une fois encore : le chef d’établissement.

Quelqu’un qui ne met pas un pied dans une salle de classe mais n’a pas envie d’être embêté avec un professeur revendicatif, syndicaliste, engagé… paradoxalement, être impliqué dans la qualité de l’enseignement proposé aux élèves risque donc d’être mal perçu et déconsidéré.

A l’inverse, celui qui se proposera de former ses collègues à la nouvelle " lubie numérique " de son ministre sera valorisé par une légère " prime " ou par la simple gloire personnelle de faire la leçon à ses collègues dans une heure de formation contrainte et non rémunérée pour tous les autres entre midi et deux.

La " prime au mérite ", c’est en fait la prime à la soumission.

Le " béni-ouioui " (souvent stupide) l’obtiendra là où l’enseignant engagé, critique vis-à-vis de réformes uniquement tournées vers l’économie budgétaire, soucieux de maintenir un service public de qualité pour ses élèves, verra son salaire stagner.

Pire, une " société de cour " se mettra en place autour du chef d’établissement pour obtenir ses faveurs. Nos collèges deviendront des " petits Versailles ", certes des Versailles de béton décrépis, mais le clientélisme et la soumission y règneront pour obtenir les faveurs d’un " Louis XIV " local au rabais.

En fait du meilleur professeur, le chef d’établissement désignera le meilleur courtisan. Cela ne relève pas du fantasme, chacun peut constater que ces dynamiques sont déjà à l’oeuvre : qu’en sera-t-il lorsque le pouvoir des chefs d’établissement ne se limitera plus simplement aux emplois du temps et aux " IMP1 " ?

Le statut de « fonctionnaire » est la condition sine qua non de la liberté pédagogique, rendant les enseignants insoumis aux pouvoirs pour mieux servir « l’État ». Là où les stratégies politiciennes des uns et des autres varient et cherchent à imposer des lubies passagères pour avoir une loi à leur nom, le « fonctionnaire » garantit la continuité d’un service public de qualité en agissant au mieux avec son expérience du terrain, sans visée partisane.

Le recours accru à des " contractuels " et le projet de rétributions " au mérite " visent à détruire cette liberté. Dans une entreprise, on peut juger de la " valeur " d’un employé à sa rentabilité, mais cela n’a pas de sens dans le service public dont le but n’est pas d’engranger du profit.

Comment mesurer l’efficacité d’un enseignant ?

On ne peut en mesurer que la docilité.

Derrière les systèmes de " contrat ", d’ " autonomie " des établissements et de " mérite ", M. Blanquer veut soumettre les enseignants à sa politique de destruction de « l’Education Nationale ».

En donnant à des relais locaux le pouvoir de donner des récompenses comme le dresseur donne des sucres à ses otaries, il veut subordonner les enseignants au bon vouloir des chefferies locales et instaurer la servitude volontaire.

4 . Concurrence entre les matières

Ce dernier point est d’une actualité brûlante et d’une importance cruciale. Il est essentiel que chaque parent comprenne un point technique qui est totalement méconnu, absolument pas débattu, et constitue pourtant le nœud de la qualité de l’école proposée à leurs enfants.

Il s’agit de la " Dotation Globale Horaire " (DGH).

Chaque année, chaque établissement se voit attribuer un nombre d’heures d’enseignement. Plus ce nombre est élevé, plus l’offre d’enseignement proposée sera riche (accompagnement personnalisé, options, atelier techno ou dessin, section européenne…) et moins les effectifs des classes seront lourds.

Cette enveloppe octroyée est fondamentale pour la vie de l’établissement.

Or, cette année, les DGH ont considérablement diminué sans que cela ne soit publiquement assumé, entraînant la suppression d’enseignements, la renonciation à des demi-groupes, la surcharge des classes. Et cela dans l’indifférence générale malgré la panique générée chez les enseignants.

La rétractation des DGH est telle que cela engendre dans le « second degré » 1 800 suppressions de postes. Concrètement, pour les élèves, cela se traduit par des TP de chimie à 30, des cours d’arts plastiques à 40 avec un professeur qui doit gérer des élèves répartis entre deux salles de classe, des options latin ou grec supprimées, la fin de " groupes d’accompagnement personnalisé " en français et en mathématiques, la fin de la LV2 espagnol ou de la LV3 allemand, etc.

En outre, des matières de spécialité sont supprimées, réduisant drastiquement dans les faits le choix des élèves, choix pourtant censé être au cœur de la réforme.

N’en reste finalement que l’économie budgétaire.

En outre, le manque d’heures allouées à l’enseignement engendre une concurrence entre les matières, générant une ambiance malsaine dans les salles des professeurs. Nous pouvons déjà en ressentir dans nos chairs les effets délétères sur le climat de travail.

En effet, le gouvernement ne voulant pas assumer la responsabilité des disparitions de matières ou du gonflement des effectifs, s’en remet à la prétendue " autonomie " des établissements.

Autonomie de gérer un manque de moyens.

Donnez à un groupe de 30 un gâteau pour 15 et demandez-leur de se les répartir comme ils le souhaitent : conflits assurés.

C’est toujours sur ce jeu de " vases communicants " que s’appuie le ministre pour diviser les enseignants : si je veux des demi-groupes pour ma matière, il faut que je l’arrache à une autre. Au lieu de lutter pour défendre collectivement les conditions d’enseignement de leurs élèves, les enseignants se sont souvent retrouvé à lutter entre eux pour conserver des conditions correctes dans leur propre matière en s’accommodant des moyens dont le rectorat avait décidé de les doter.

Le résultat fut catastrophique, créant des clans, chacun dénigrant les autres matières pour mieux valoriser la sienne et obtenir des heures, les mots dépassant parfois les pensées, les gestes dépassant parfois les simples mots.

Sur le plan du management, le " diviser pour mieux régner " est allé trop loin : il a entraîné un climat délétère dans les salles des professeurs dont elles ne se relèveront pas de sitôt. Situation extrêmement dommageable puisqu’elle ajoute à la dégradation des conditions de travail des enseignants et nuit au bon fonctionnement des équipes pédagogiques.

Là où les " start up " chères à notre gouvernement font du " team building ", la baisse successive des DGH en 2020 et 2021 par M. Blanquer aura été une vaste opération de " team destroying ".

Une fois encore, des décisions nationales devraient s’imposer : Quelles matières méritent des demi-groupes ?

Doit-on maintenir une spécialité à 8 élèves pour préserver la diversité de l’offre (ou sauver un poste) lorsqu’une autre spécialité comporte un effectif surchargé de 40 élèves ?

Doit-on confier le cours " d’Education Morale et Civique " à un professeur non qualifié de physique-chimie pour sauver son poste menacé par la perte d’heures, aux dépends de la qualité de l’enseignement pour les élèves ?

Bien sûr, si les DGH étaient suffisantes, ce genre d’arbitrage ne se poserait pas. Mais à partir du moment où elles ne le sont pas, ce sont des choix de société qui devraient reposer sur des décisions politiques.

Au lieu de cela, le ministre génère un désastre et demande aux professeurs de prendre la responsabilité de l’organiser.

Aux critères objectifs et nationaux établis de longue date, que ce soit pour instruire et évaluer les élèves de manière égalitaire ou pour régir la carrière des professeurs en garantissant leur liberté, M. Blanquer substitue des décisions arbitraires par des relais locaux au pouvoir renforcé.

La mise en concurrence des élèves avec des quotas d’entrée à l’université acte l’incapacité de l’université à accueillir les bacheliers désireux de s’instruire, la mise en concurrence des établissements consacre les inégalités sociales, la mise en concurrence des enseignants valorise la soumission aux pouvoirs et la subordination, la mise en concurrence des matières génère un climat conflictuel : voilà ce qu’est " l’école " Blanquer.

Ce qu’il nous reste à faire ?

Eloigner cette infâmie par les urnes en 2022 et d’ici-là, refuser de jouer le jeu de valets du pouvoir qui, sous couvert de méritocratie, font des enseignants les relais de la destruction de leur propre métier.

Quant aux parents d’élèves, j’espère que ce billet contribuera à leur faire comprendre qu’ils sont intimement concernés par la lutte contre la dégradation des conditions d’enseignement de leurs enfants.

A. LEUCHA

MediaPart.fr

Note :

(1) primes accordées pour missions particulières, misérables mais convoitées