Israël : les fanatiques religieux se déchaînent contre les restrictions sanitaires

, par  DMigneau , popularité : 0%

Israël : les fanatiques religieux se déchaînent contre les restrictions sanitaires

Un juif ultra orthodoxe marche dans les ruelles du quartier de Mea Shearim a Jerusalem Hans Lucas via AFP

Des émeutes conduites par des " ultra-orthodoxes " juifs à l’encontre des décisions du gouvernement d’interdire les séminaires talmudiques et les mariages, ne cessent de dégénérer depuis des semaines à Jérusalem et Tel Aviv. En pleine campagne législative, Benjamin Netanyahu se retrouve pris au piège d’une communauté sur laquelle il compte pour obtenir des voix.

Un policier sur le point d’être lynché tire en l’air pour se dégager de dizaines de jeunes " ultra-orthodoxes " juifs qui le bombardent de pierres. Des manifestants prennent d’assaut un autobus et passent à tabac le chauffeur et des passagers avant de mettre le feu au véhicule.

D’autres tentent de faire dérailler un tramway ou agressent des journalistes : ces scènes d’émeutes sont devenues le lot quotidien en Israël dans les villes et quartiers religieux de Jérusalem, Bnei Barak, une localité de la banlieue de Tel Aviv ou Ashdod.

Très jeunes, les manifestants s’époumonent en criant : " Bande de Nazis " à l’adresse des policiers qui viennent fermer les " Yéchivot ", les séminaires talmudiques, les écoles ou interrompre des rassemblements de centaines de personnes lors de mariages ou d’enterrements dans le cadre de la lutte " anti-covid ".

La plupart des médias font leur " Une " sur ces affrontements depuis plusieurs jours en dénonçant cette " anarchie qui dégénère ". " Tout cela me rappelle ce qui se passe dans les territoires " palestiniens, a même lancé lors d’un journal télévisé un commentateur. Le ton est d’autant plus alarmiste, que les factions les plus extrémistes regroupant ces hommes en noir semblent décidées à bouter hors les " forces de l’ordre ".

VICTIMES DÉSIGNÉES DE LA PANDÉMIE

Mais détail important : la majorité des " Harédim " (" craignant Dieu " en hébreu), une communauté qui regroupe environ 10 % de la population, respecte les consignes, les distances, les masques et ne force pas les portes des lieux d’enseignement censés être fermés par précaution. Ce sont les plus durs qui donnent le ton, comme cela a aussi été le cas dans certains quartiers de New-York. L’intervention parfois brutale des " forces de l’ordre " israéliennes provoquant immédiatement un réflexe de solidarité contre les " violences policières " d’un État dont une partie de cette communauté ne reconnaît pas la légitimité.

Pourtant, ces religieux qui appliquent à la lettre les préceptes de loi juive et considèrent l’étude de « la Thora » comme le plus sacré des devoirs sont les victimes toutes désignées de la pandémie. Environ 40 % des personnes infectées font partie de cette communauté, la plus pauvre du pays avec les Arabes israéliens, si bien que certains laïcs les accusent de mettre la vie de toute la population en danger en offrant un " terreau " idéal pour le virus tout en provoquant un engorgement des hôpitaux.

UN RABBIN INJOIGNABLE

Confronté à cette fronde, Benjamin Netanyahu ne sait plus à quel saint se vouer. Il tente en vain de convaincre Chaim Kanievsky, le plus influent rabbin d’intervenir pour ramener le calme. " Mais je n’arrive pas à le joindre, il faut que je passe comme tout le monde par son petit-fils pour transmettre mon message et je ne suis pas certain que cela aura une influence ", a admis le « Premier ministre » dans un véritable aveu d’impuissance.

Autrement dit, le chef du pouvoir exécutif est incapable d’imposer la loi à un dirigeant spirituel, âgé de 93 ans qui a été lui-même infecté en novembre dernier par le " Covid " avant de se rétablir.

À deux mois des élections législatives, Benjamin Netanyahu se trouve en fait confronté à un cruel dilemme. Il mise à fond sur l’image du " sauveur de la nation " qui a vaincu le " Covid " grâce à une campagne sanitaire menée " tambour battant " avec plus de deux millions et demi d’Israéliens vaccinés en un mois. Mais une " troisième vague " d’épidémie déferle sur le pays. Une véritable " course contre la montre " est enclenchée.

Le « Premier ministre » ne peut se permettre de voir son principal argument de campagne voler en éclats avec une explosion de l’épidémie causée en partie par les " ultra-orthodoxes ". Mais s’attaquer de front aux " Haredim " a un prix. Les partis, qui représentent cette communauté, sont des alliés indispensables pour Benjamin Netanyahu qui ne peut se permettre de " se les mettre à dos " s’il veut conserver le pouvoir.

Julien LACORIE

Marianne