Israël : Benyamin Netanyahou squatte toujours la résidence du Premier ministre

, par  DMigneau , popularité : 0%

Israël : Benyamin Netanyahou squatte toujours la résidence du « Premier ministre »

Benyamin Netanyahou continue à recevoir rue Balfour comme si de rien n’était des personnalités étrangères alors qu’il n’est plus Premier ministre officiellement. © NurPhoto via AFP

Depuis la nomination du nouveau gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou et sa famille continuent d’occuper la résidence du « Premier ministre », rue Balfour, au centre de Jérusalem. Locataire des lieux depuis douze ans, le « Premier ministre » sortant " joue la montre " et refuse de quitter les lieux.

À l’exemple de son mentor Donald Trump, Benyamin Netanyahou est " mauvais perdant ". Pour lui, l’intronisation cette semaine de son successeur Naftali Bennett est illégitime.

La victoire lui aurait été volée par un usurpateur et son " retour aux manettes " n’est qu’une question de temps. Histoire de bien faire passer le message au nouvel " homme fort " d’Israël, il a expédié en une demi-heure la passation de pouvoirs en le traitant ainsi comme une sorte " d’intérimaire ".

Mieux encore, il continue de recevoir dans la résidence du « Premier ministre », rue Balfour, à Jérusalem, comme si de rien n’était des personnalités étrangères telles que Nikki Haley, ancienne ambassadrice américaine à l’ONU, une " ultra-conservatrice " qui pourrait briguer la présidence américaine pour les " Républicains " aux élections de 2024.

Pour le moment, Naftali Bennett a encaissé sans broncher. Il continue à résider chez lui à Ra’anana, au nord de Tel Aviv, ce qui ne facilite pas la tâche du " Shin Beth ", le service responsable de sa sécurité et des techniciens chargés d’assurer la protection des communications du chef du gouvernement.

Travail de sape

Toute la question est de savoir si Benyamin Netanyahou a des raisons d’espérer une implosion rapide de la coalition. Celle-ci comprend huit partis allant de la droite " nationaliste " favorable à une colonisation " à tout va " en Cisjordanie, à une " gauche " qui affirme soutenir la création d’un État palestinien.

Sans compter " Raam ", une formation " islamiste " qui représente une fraction de la minorité des Arabes israéliens, lesquels comptent pour 21 % de la population.

Pour couronner le tout, Naftali Bennett ne dispose que d’une majorité " au fil du rasoir " de 61 voix sur 120 députés à la " Knesset ", le Parlement israélien.

Il est à la merci de deux à trois députés qui ont d’ores et déjà des " états d’âme ". Benyamin Netanyahou continue pour sa part en sous-main son " travail de sape " en tentant de convaincre des parlementaires " hésitants " de faire défection en leur promettant " monts et merveilles ".

Dossier iranien

Il espère également que le dossier iranien va lui permettre de prouver qu’il est le seul capable de faire front aux pressions de Joe Biden.

Le président américain est partisan d’un retour des États-Unis dans l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015.

Donald Trump avait décidé de s’en retirer à la plus grande joie de Benyamin Netanyahou.

Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid, l’autre " homme fort " du gouvernement, veulent à tout prix se réconcilier avec les " Démocrates " de Joe Biden alors que Benyamin Netanyahou avait tout misé sur les " Républicains ".

Le nouveau gouvernement aura de ce fait du mal à partir en guerre ouvertement contre Joe Biden.

Mais quelles pourrait être, dans ces conditions, la marge de manœuvre du " Mossad ", le renseignement israélien, qui sous l’ère Trump - Netanyahou avait " les mains libres " pour saboter par tous les moyens le programme nucléaire iranien ?

Les sabotages informatiques, les éliminations ciblées de savants " atomistes " ou de spécialistes du développement de missiles balistiques iraniens seront-ils rayés de la " feuille de route " du " Mossad " ?

Si tel est le cas, Benyamin Netanyahou ne manquera de se présenter à nouveau comme le " Monsieur sécurité " seul capable d’éviter une " Shoah " nucléaire.

Critiqué au sein du " Likoud "

Mais pour lui aussi, le temps presse. Au sein du " Likoud ", son propre parti, des critiques contre l’erreur qui a consisté à faire " tomber " le précédent gouvernement se font entendre. Certains commencent à se préparer à une éventuelle succession à la tête du grand parti de la droite.

Les formations " ultraorthodoxes " juives qui se sont rangées jusqu’à présent derrière lui, pourraient également un jour être tentées de se rapprocher de la nouvelle majorité, ne serait-ce que pour assurer le financement de leur système d’enseignement.

Bref, pou " Bibi ", une double " course contre la montre " est engagée.

Julien LACORIE

Marianne.fr