Investitures de candidats visés par une procédure judiciaire : le grand flou règne sur LREM

, par  DMigneau , popularité : 0%

Investitures de candidats visés par une procédure judiciaire : le grand flou règne sur LREM

Hans Lucas via AFP

Faute de clarification de la part des cadres de " LREM " malgré les nombreux cas de candidats ayant maille à partir avec la justice, il est impossible de répondre à une question pourtant simple : une procédure judiciaire en cours est-elle rédhibitoire pour être investi aux législatives par le parti présidentiel ?

On ne comprend plus rien. Lorsqu’il s’agit des " casseroles judiciaires " collant aux basques des candidats de " Renaissance ", la règle du jeu pour les investitures du parti est proprement incompréhensible : au lieu de s’en tenir à des principes clairs, le parti présidentiel semble agir " au cas par cas " et naviguer " à vue ".

Dommage pour la " République exemplaire " appelée de ses vœux par Emmanuel Macron.

Dernier exemple en date ce mercredi 18 mai : d’abord investi dans la 4e circonscription de Dordogne, Jérôme Peyrat, condamné pour des faits de violences conjugales en septembre 2020, reçoit le matin le soutien du délégué général de " La République en marche ", Stanislas Guerini : " C’est un honnête homme, je ne le crois pas capable de violences sur les femmes, et donc il se soumettra au jugement des électeurs ", explique-t-il sur " Franceinfo ".

Mais en milieu d’après-midi, surprise ! Jérôme Peyrat annonce retirer sa candidature.

" J’entends que ma candidature aux élections législatives pourrait porter atteinte à ma famille politique. Je la retire. J’invite chacune et chacun à regarder précisément les faits qui me sont reprochés, la décision de justice et les autres décisions prises dans cette affaire ", explique-t-il.

Dans la foulée, Stanislas Guerini enclenche " la marche arrière " dans un communiqué : " Je mesure que les propos que j’ai tenus ce matin (…) ont pu heurter et blesser. (…) Je ne remets en aucun cas en cause une décision de justice, qui mène un travail indépendant. Pour ne laisser aucune place à l’ambiguïté sur nos engagements, j’ai échangé avec Jérôme Peyrat ce jour, et nous avons convenu (sic) ensemble qu’il retire sa candidature. "

Présomption d’innocence

Affaire classée, donc.

Toutefois, le règlement de ce cas est loin de solder le compte des candidats " LREM " ayant " maille à partir " avec la justice. " Marianne " aurait aimé pouvoir expliquer à ses lecteurs la politique du parti en la matière : hélas, ni Christophe Castaner, président du groupe " LREM " à « l’Assemblée nationale », ni Stanislas Guerini, déjà cité plus haut, n’ont donné suite à nos sollicitations.

Quid, par exemple, de Thierry Solère ?

Investi dans la 9e circonscription des Hauts-de-Seine, le transfuge des " Républicains " est en effet " mis en examen " pour treize chefs d’accusation, dont " fraude fiscale ", " emploi fictif ", " détournement de fonds publics " ou " trafic d’influence passif ".

Le 9 mai, alors que Jérôme Peyrat, déjà condamné pour sa part, était toujours en lice sans qu’il n’y trouve rien à redire, Christophe Castaner prenait la défense de Thierry Solère en affirmant : " Il est présumé innocent. Il n’a fait l’objet d’aucune condamnation. Il est dans une procédure qui est très ancienne, et qui manifestement n’avance pas parce qu’il n’y a pas de procédure qu’il l’amène à être jugé et à être condamné. Moi, je n’appartiens pas à ceux qui condamnent les gens avant qu’ils soient condamnés par la justice. "

Soit, mais que penser, dans ce cas, de l’investiture de la sortante Sira Sylla dans la 4e circonscription de la Seine-Maritime ?

" L’avocate du travail " de formation a été condamnée par le « Conseil des prud’hommes » de Paris en janvier 2021 pour " non-respect du temps de travail ", licenciement " sans cause réelle et sérieuse " et " harcèlement moral " sur une collaboratrice.

Sira Sylla, qui a " fait appel " de cette décision et est bien sûr " présumée innocente ", devait - par ailleurs - se défendre devant le « Conseil des prud’hommes » de Rouen le 10 mai pour une autre plainte d’un de ses anciens collaborateurs, cette fois pour " harcèlement moral ", " manquement à l’obligation de sécurité " et " travail dissimulé ".

Délibéré le 6 septembre.

Deux poids, deux mesures ?

Le flou laisse la désagréable impression d’un " deux poids, deux mesures " chez " les marcheurs ", si bien qu’il est impossible de donner une réponse claire – quelle qu’elle soit – à une question pourtant simple : une mise en cause par la justice est-elle rédhibitoire pour être investi aux législatives par " La République en marche " ?

D’un côté, Benoît Simian, impliqué dans une affaire de " harcèlement " contre son ex-femme et en attente de délibéré le 23 juin, n’a pas été réinvesti en Gironde par " LREM ".

Idem pour Pierre Cabaré en Haute-Garonne, visé par une plainte pour " agression sexuelle " et " harcèlement moral ", ou Stéphane Trompille, député " LREM " de l’Ain, condamné en 2020 pour " harcèlement sexuel " d’une ancienne collaboratrice par le « Conseil de prud’hommes » de Bourg-en-Bresse, mais ayant interjeté " appel ".

De l’autre, plusieurs candidats faisant eux aussi l’objet de plaintes ou de poursuites ont bel et bien reçu l’onction de " LREM ".

C’est, par exemple, le cas de Laetitia Avia, réinvestie à Paris, pourtant visée depuis l’été 2020 par une enquête pour " harcèlement moral " après des plaintes d’anciens collaborateurs.

Ou de l’ex-" LR " Éric Woerth, candidat dans l’Oise, mis en examen pour " financement illégal de campagne électorale ".

Ou encore d’Anne-France Brunet, investie en Loire-Atlantique malgré une plainte en date du 3 mai pour " violence et harcèlement " contre une collaboratrice ; ce que la mise en cause conteste formellement.

Dans la 14e circonscription du Rhône – dans laquelle Taha Bouhafs avait souhaité se présenter –, Yves Blein, est visé par une plainte pour " harcèlement sexuel " déposée par une ancienne salariée de l’association " Léo-Lagrange ".

Il dénonce une " machination politique ".

Enfin, Gérald Darmanin, candidat dans le Nord, attend de savoir si le juge d’instruction ordonnera un " non-lieu ", comme l’a requis le « Parquet » de Paris en janvier dernier, concernant une enquête portant sur des accusations de viols.

Faute de clarification, le doute persiste : la " République exemplaire " marche-t-elle " à la tête du client " ?

Louis NADAU

Marianne.fr