Immigration : la " pensée magique " des candidats LR

, par  DMigneau , popularité : 0%

Immigration : la " pensée magique " des candidats LR

Les candidats " LR " ont débattu le 14 novembre sur " BFMTV ". Adrien Fillon / Hans Lucas via AFP

Les concurrents à l’investiture " LR " pour la présidentielle ont surenchéri dans la fermeté sur " l’immigration " lors de leur deuxième débat, dimanche sur " BFMTV ". Non sans le risque de formuler des promesses déconnectées de la réalité…

Est-ce l’irruption fracassante d’Éric Zemmour dans la campagne présidentielle ?

La persistance de " l’immigration " parmi les plus pressantes " préoccupations " des Français ?

Le sondage " Harris Interactive " pour " Challenges " selon lequel 67 % de la population redouterait un " Grand remplacement " ?

Toujours est-il que les candidats au congrès des " Républicains ", dont les adhérents désigneront le 4 décembre l’heureux investi pour la présidentielle, rivalisent de fermeté sur le sujet.

Mais il y a une différence entre prendre en compte la réelle préoccupation " identitaire " et s’enfermer dans une surenchère de promesses qui risquent de s’avérer " déceptives ".

Le deuxième débat, dimanche soir sur " BFMTV " et " RMC ", a pleinement illustré cette limite. Pendant près de deux heures, les candidats ont disserté sur " l’immigration ", le " terrorisme " et " la sécurité " en prenant soin de ne pas s’attaquer " les uns les autres ".

Et à les écouter, tout semble simple, exécutable en quelques instants à coups de " baguette magique ". Il suffirait de décréter un " moratoire " (Michel Barnier), des " quotas migratoires " (Xavier Bertrand), de " cesser le droit du sol automatique " (Valérie Pécresse), d’ " arrêter le regroupement familial " (Éric Ciotti)…

Crédibilité

Les prétendants savent bien que modifier simplement la loi ne changerait quasiment rien et qu’en la matière, les règles applicables sont issues du droit européen et de la jurisprudence de la « Cour européenne des droits de l’Homme ».

Des coupables un peu trop facilement désignés, a pointé Philippe Juvin, du haut de son expérience d’ancien " eurodéputé ".

" Les lois européennes ne tombent pas du ciel ", a-t-il rappelé, histoire de souligner qu’une directive est rarement adoptée sans l’aval de la France et que notre pays a librement adhéré à la « Convention européenne des droits de l’Homme ».

Juvin s’est d’ailleurs montré le plus précis quand il s’agissait d’énumérer précisément quel article ou quel arrêt posait problème.

Certes, la plupart des candidats ont bien identifié ces blocages et proposent d’ailleurs de réformer la « Constitution » pour élever un " bouclier constitutionnel " contre certaines règles européennes, selon l’expression de Barnier.

Mais ils ne s’attardent pas beaucoup sur les détails de cette opération pourtant très complexe, surtout quand on sait que François Hollande et Emmanuel Macron ont été contraints de " remiser au placard " leurs projets de " révision constitutionnelle ".

Or, là se loge un enjeu crucial pour ce qui reste de la crédibilité de " LR ", un parti dit " de gouvernement ", mais qui a un souvenir de plus en plus lointain de la pratique du pouvoir, faute d’avoir gardé la confiance d’électeurs déçus du " grand écart " entre les promesses et la réalité.

La surenchère risque bel et bien de perpétuer cette maladie de la droite.

Louis HAUSALTER

Marianne.fr