Guerre au Yémen : des vidéos prouvent la présence de navires vendus par la France

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Guerre au Yémen : des vidéos prouvent la présence de navires vendus par la France

Mise à l’eau d’une Corvette Baynunah, bateau conçu pour la marine d’Abu Dhabi ( Emirats Arabes Unis ) aux chantiers navals Les Constructions Mecaniques de Normandie (CMN). - PHOTOPQR/OUEST FRANCE / DAVID ADEMAS / Cherbourg /

Une enquête de plusieurs médias dont " Disclose ", " Radio France " et " Mediapart ", dévoile la preuve visuelle que des navires de guerre vendus par la France sont utilisés dans le blocus au Yémen.

Le deuxième volet d’une enquête chorale.

On savait déjà que des navires de fabrication française vendus aux « Émirats arabes unis » et à l’Arabie saoudite étaient " possiblement " utilisés dans le conflit opposant les rebelles houthistes à la coalition menée par Ryad au Yémen.

Ce mardi 17 septembre, les journalistes de " Disclose ", " Mediapart " et " Radio France ", ainsi que le média néerlandais " Lighthouse ", révèlent avoir découvert des vidéos en source " ouverte " confirmant que certains de ces navires sont bien utilisés dans le cadre du conflit au Yémen.

Des frégates qui ont été, de plus, entretenues par une entreprise, " Naval Group ", dont l’État français est actionnaire majoritaire.

Déjà, le 15 avril 2019, " Disclose " avait publié une note " confidentiel-défense ", accusant la France de " mensonge d’État ". On y apprenait qu’une corvette classe " Baynunah " vendue par la France lors d’une commande datant de 2003 et construite par CMN (" Constructions mécaniques de Normandie "), ainsi qu’une frégate saoudienne aussi construite en France, appuyaient le blocus maritime au Yémen.

Ce sont ces navires que l’on voit apparaître sur les images débusquées par nos confrères ce mardi. Dans une séquence datant d’octobre 2015, on peut voir l’arraisonnement d’un navire indien par la corvette émiratie " Al Dhafra ". En analysant les éléments topographiques de la vidéo, les journalistes ont pu localiser avec précision sa position, au sud-ouest du Yémen, près des côtes.

https://youtu.be/mBRIO-7iGFs

Une deuxième séquence, cette fois publiée en octobre 2017 par la chaîne saoudienne " Saudi24 ", fait apparaître la frégate saoudienne " Al-Dammam 816 ".

Celle-ci surgit lors du contrôle d’un pétrolier approvisionnant le Yémen, à l’ouest du pays.

https://youtu.be/JUOCVr1j3yg

Des navires livrés en 2014

Matignon s’est défendu, expliquant que " la question des conditions d’utilisation des armes est examinée au moment de l’évaluation de la demande d’autorisation (en amont de la délivrance de la licence) ".

Licence, poursuit l’exécutif, " octroyée en fonction des informations disponibles au moment de cet examen ".

Une explication recoupée par les informations de " Mediapart ", qui dévoile que les navires ont été livrés au royaume saoudien bien avant le début du conflit, en 2014.

Seulement, l’implication de la France ne s’arrête pas là.

" Des recherches sur les réseaux sociaux ont ensuite permis de retrouver la trace de salariés liés à l’entreprise française CMN assurant la maintenance de la flotte émiratie, dans le cadre de contrats passés avec les Émirats ", écrivent les journalistes de " Radio France ", qui affirme également avoir trouvé des contrats avec une autre société, " Naval Group ", dont l’État est actionnaire majoritaire, pour s’occuper de l’entretien de frégates saoudiennes entre 2013 et la fin de l’année dernière, confirmant une information déjà révélée par " Mediapart " en mars 2019.

Dans un récent rapport, publié le 9 septembre, l’organisation non gouvernementale " Amnesty International " affirmait que la responsabilité juridique des entreprises impliquées dans la livraison d’armes peut être engagée même s’il s’agit seulement d’une assistance apportée aux belligérants.

Au début du mois, un autre document, cette fois publié par les Nations unies (ONU) sur le Yémen, faisait état de la " multitude de crimes de guerre " commis depuis le début du conflit.

De nombreux cas, précisent-ils, peuvent " entraîner la condamnation de personnes pour crimes de guerre si un tribunal indépendant et compétent en est saisi ".

Magazine Marianne