Google vire un salarié auteur d’un mémo justifiant les inégalités hommes-femmes

, par  DMigneau , popularité : 69%

Google vire un salarié auteur d’un mémo justifiant les inégalités hommes-femmes

Chez " Google ", les hommes restent ultra-majoritaires. - SIPANY/SIPA

Un ingénieur de " Google " a diffusé ce week-end un texte expliquant que le manque de femmes dans la " high-tech " est surtout dû à des différences objectives, notamment biologiques, entre les deux sexes. Ses propos ont provoqué une vive réaction au sein de l’entreprise.

La Silicon Valley tente de faire oublier son image de repaire misogyne. Le week-end dernier, les employés de " Google " ont été perturbés par la parution du texte d’un collègue visant à éclairer les raisons pour lesquelles les femmes sont peu nombreuses au sein des entreprises de technologie.

Le texte de dix pages, qui a circulé en interne avant d’être publié par les médias américains, a été fustigé pour ses arguments reposant sur des différences de nature, notamment biologiques, entre les hommes et les femmes.

L’auteur a confirmé aux médias avoir été licencié ce lundi 7 août, pour avoir “ perpétué des stéréotypes de genre nuisibles ”.

Dans sa petite thèse, James Damore, ingénieur informatique chez " Google ", ambitionne d’explorer ce qui, au-delà des facteurs de discrimination entre les sexes, peut expliquer le ratio " hommes/femmes " dans son secteur. " J’attache beaucoup d’importance à la diversité et à l’inclusion, et je ne nie pas l’existence du sexisme, comme je ne promeus pas le recours aux stéréotypes ", prend-il le soin de préciser en préambule.

Mais sa théorie est celle-ci : « Concernant la diversité et l’inclusion, les préjugés " de gauche " de Google ont créé une monoculture politiquement correcte qui maintient son emprise en réduisant les dissidents au silence par la honte ».

Partant de là, l’auteur veut mettre les pieds dans le plat du " politiquement correct " et entreprend de montrer que le manque de femmes dans le secteur de la " high-tech " n’est pas seulement dû à des discriminations plus ou moins conscientes mais aussi à des traits statistiquement attachés aux deux sexes.

Voire biologiquement.

Par exemple, souligne-t-il, la tendance statistique des femmes à être plus anxieuses et moins ambitieuses que leurs homologues masculins. “ Je dis simplement que les préférences et les compétences des hommes et des femmes diffèrent les unes des autres en raison de causes biologiques et ces différences pourraient expliquer la raison pour laquelle on ne constate pas d’égalité de représentation des femmes dans la high-tech ni dans la direction ”, écrit-il.

Les femmes “ plus ouvertes vers les sentiments et l’esthétique que vers les idées

L’auteur développe ensuite les traits de caractère qui, selon lui, distinguent les femmes. Elles seraient notamment “ plus ouvertes vers les sentiments et l’esthétique que vers les idées ”, plus “ agréables ”, plus “ névrosées ” et disposeraient d’une plus faible “ résistance au stress ”.

On comprendrait donc ainsi pourquoi les femmes préféreraient travailler “ dans les domaines sociaux ou artistiques ”, auraient “ du mal à négocier leurs salaires, demander une augmentation, s’exprimer et diriger ” ou encore pourquoi elles auraient moins souvent des “ emplois très stressants ”.

Les hommes, eux, tenant beaucoup plus au statut social, seraient - au contraire - poussés vers les emplois qui paient mieux et qui sont plus stressants. “ On demande toujours pourquoi on ne voit pas de femmes dans les postes de direction, mais on ne demande jamais pourquoi on voit des hommes dans ces fonctions ”, rumine James Damore.

Et l’ingénieur de reprocher les normes sociales qui privilégient la protection des femmes. Si des mesures soutenant les femmes existent déjà chez les entreprises et au niveau du gouvernement, “ quand un homme se plaint d’une question de genre qui impacte les hommes, on le désigne comme misogyne et de pleurnichard ”. Mais dans son texte partial, James Damore n’explore pas les raisons sociales qui conduisent aux statistiques dont il argue, appelant justement à “ reconnaître que les différences ne sont pas toutes de constructions sociales ni dues à la discrimination ”.

Le document a provoqué une vive réaction chez " Google ".

Lundi, son PDG, Sundar Pichai, a diffusé une note aux employés affirmant que “ suggérer qu’une partie de nos collèges ont des traits qui les rendent biologiquement moins adaptés à leur travail est offensant et mal ”. Et d’autant plus dommageable que la Silicon Valley est épinglée depuis des années pour son incapacité à redresser les questions de parité et de diversité.

Travis Kalanick, ancien patron d’ " Uber ", a quitté ses fonctions en juin après une série de polémiques concernant des accusations de harcèlement ou de sexisme. Et " Google " est actuellement poursuivi par le ministère du Travail américain pour les écarts de rémunération en son sein entre les hommes et les femmes.

Selon un rapport de l’entreprise, les hommes représentent 70 % de son effectif global et 80 % de son personnel dans le " high-tech ".

Jenny Che

Marianne