Gaspillage et commandes en masse de vaccins : la stratégie de la France face au " Covid "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Gaspillage et commandes en masse de vaccins : la stratégie de la France face au " Covid "

Femme de 60 ans, au centre de vaccination de Champigny-Sur-Marne, le 13 avril 2022. Aline Morcillo / Hans Lucas via AFP

Tandis que les restrictions sanitaires ont quasi disparu dans « l’Hexagone », des variants de la souche " Omicron " sont récemment apparus en Afrique du Sud et sont à l’origine d’une sixième vague au Portugal.

Quelle stratégie la France compte-t-elle adopter pour continuer de lutter contre le " Covid-19 " ?

Voilà une semaine que l’obligation du port du masque a été levée, à l’exception des " lieux de santé ". Le nombre de contaminations est largement en baisse, avec 32 029 cas en 24 heures enregistrés ce mercredi 24 mai. Soit 26,6 % de cas en moins par rapport à la semaine dernière.

Même constat concernant les hospitalisations (3 265 en une semaine), en recul de 28,8 % sur sept jours.

Si l’épidémie semble perdre du terrain dans « l’Hexagone », le Portugal est confronté à une sixième vague et l’Espagne connaît une nouvelle hausse des cas quotidiens.

Le responsable ?

Un variant de la souche " Omicron ", nommé " BA.5 " et détecté pour la première fois en Afrique du Sud. Face à une possible résurgence de l’épidémie après l’été, quelle stratégie se prépare en France ?

69 millions de doses de vaccin en stocks, 148 millions en commande…

Selon la « Direction générale de la santé » (DGS), la France dispose à ce jour de 69 millions de doses de vaccin mobilisables. Parmi lesquelles : 57 millions de doses de rappel de vaccins à " ARNm " ainsi que 12 millions de doses réparties entre " Novavax ", " Pfizer pédiatrique " et " Janssen " disponibles pour des " primo-vaccinations ".

" Il s’agit d’un stock de sécurité stratégique destiné à pouvoir vacciner toute la population en deux mois en cas de nécessité ", nous explique-t-on.

Un stock qui devrait être complété dans les mois à venir par 148 millions de doses. La plupart (100 millions) sont attendues de " Pfizer " et de " Moderna " (16 millions).

Près de 19 millions de doses ont également été commandées auprès de " Sanofi ", en attente d’une " autorisation de mise sur le marché ". Par ailleurs, « des discussions européennes sont en cours autour du vaccin espagnol " Hipra ", qui devrait obtenir son autorisation de mise sur le marché cet été », signale la DGS.

… mais 4,5 millions périmées à la fin du mois

Toutefois, les stocks français comportent quelques millions de doses dont les dates de péremption sont prévues pour la fin du mois.

Après les 218 000 doses de vaccin " Astrazeneca " jetées en mars dernier, 4,5 millions supplémentaires devraient être incinérées une fois l’échéance de la fin mai dépassée. Parmi ces doses, 3,6 millions étaient disposées au mécanisme de distribution " Covax ", mais n’ont pas trouvé de pays récipiendaires.

Jérôme Martin, cofondateur de " l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament " n’hésite pas à dénoncer " un gaspillage de doses mais aussi d’argent public ".

« Tout s’est fait dans la précipitation certes, mais la gestion des stocks de vaccins " anti-covid " a été catastrophique , estime-t-il. Non seulement on s’est accaparé des doses, et en plus on a envoyé des doses au bord de la péremption à des pays dans le besoin, qui ont souvent dû être abandonnées faute de moyens d’acheminement rapides ».

D’après un bilan de la société britannique d’analyse de données de santé " Airfinity ", plus de 240 millions de doses de vaccins " anti-Covid " auraient dépassé leur date limite d’utilisation depuis le début de la campagne vaccinale, principalement dans les stocks nationaux des pays riches.

Des approvisionnements en " vaccins " largement supérieurs à la population assumés en France, car " le risque de péremption est inhérent à la constitution et à la gestion de stock ", souligne la DGS auprès de " Marianne ".

Des nouveaux vaccins adaptés à la souche " Omicron "

Si les différents sérums fabriqués à partir de la toute première souche du " Covid-19 " (la souche Wuhan) ont montré une efficacité contre le variant " Omicron ", elle s’étiole avec le temps. C’est pourquoi les laboratoires de " Moderna " et de " Pfizer " préparent des vaccins basés spécifiquement sur la souche " Omicron ".

« On aura les vaccins spécifiquement dirigés vers l’ " Omicron " et des vaccins mixtes. Cela va élargir le spectre des possibilités de protection contre le " Covid-19 " », pointe Élisabeth Bouvet, infectiologue et présidente de la commission technique des vaccinations à la « Haute Autorité de Santé » (HAS).

Et d’ajouter : «  l’immunité acquise dans la population, par une hybridation des infections et de la vaccination, est de nature à protéger sur le long terme des formes graves, même avec l’apparition de nouveaux variants  ».

Une vaccination annuelle sur le modèle de la grippe ?

Dans un avis censé être publié très prochainement, la HAS devrait indiquer " très vraisemblablement une orientation vers une vaccination à l’automne, notamment pour les populations à risques ", confie la présidente de la " Commission technique des vaccinations " Élisabeth Bouvet.

Une campagne voulue sur le même modèle que la grippe, mais avec encore de nombreux points d’interrogations.

D’abord quant aux arrivages des nouveaux vaccins adaptés à la souche " Omicron ", mais aussi par rapport au devenir de l’obligation vaccinale des soignants.

" Tout cela est encore à l’étude, rapporte Élisabeth Bouvet. Tout dépendra de l’efficacité de ces vaccins sur la transmission ".

De son côté, la « Direction générale de la santé » affirme que les 148 millions de doses en commande permettront de mener à bien " la campagne de deuxième rappel et de vacciner les Français dans le cadre d’une campagne vaccinale à l’automne ".

Célia CUORDIFEDE

Marianne.fr