" Front républicain " aux régionales : comment la " Macronie " s’est embourbée dans la tambouille

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Front républicain " aux régionales : comment la " Macronie " s’est embourbée dans la tambouille

Le président Emmanuel Macron. Ludovic Marin / AFP

Des " apprentis stratèges " proches d’Emmanuel Macron ont fait germer l’hypothèse de " fusions techniques " face au " RN ", histoire de placer quelques élus " LREM " dans les conseils régionaux. Une fausse bonne idée qui n’a pas enthousiasmé la majorité.

À la veille des élections régionales, ce dimanche 20 juin, " La République en marche " (LREM) n’est toujours pas fixée sur ce qu’elle fera dans " l’entre-deux tours ".

Et pour cause ! À deux ou trois exceptions près, la majorité présidentielle devrait réaliser de piètres scores dans l’ensemble des régions et donc perpétuer son absence d’ancrage local…

À moins de " s’arrimer " à des listes qui - elles - sont en capacité de gagner. Notamment celles de présidents sortants comme, au hasard, Xavier Bertrand, candidat déclaré pour 2022 contre Emmanuel Macron.

Quoi de plus idéal pour " LREM " que de rendre cet adversaire redevable d’une victoire face au " RN " Sébastien Chenu dans les Hauts-de-France ?

Et ce, en feignant de se placer sous le drapeau du " front républicain ".

Joindre " l’utile à l’agréable ", en somme.

La " fausse bonne idée " avait germé ces dernières semaines chez des " stratèges " de la " Macronie ", peu rebutés par la " tambouille électorale ". Stéphane Séjourné, eurodéputé " LREM " issu de " la gauche " et " conseiller politique " d’Emmanuel Macron, a été le premier à l’exposer publiquement.

" Le front républicain est mort ou presque ", lâchait-il le 2 juin sur " France Inter ".

" Il faut avoir une réflexion, au moment du deuxième tour, pour garantir le report des voix et une expression politique dans ces assemblées qui permettent à d’autres oppositions que le Front national de s’exprimer. "

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a abondé dans " Libération ", en approuvant des " fusions techniques " face au " RN " : " Les électeurs ne pourraient pas comprendre que certains présidents de région gouvernent seuls face au RN six ans de plus. "

Derrière ces " belles " intentions, l’objectif est bien sûr de placer quelques élus dans les « Conseils régionaux », ce dont " LREM " sera privé en cas de retrait pur et simple.

Méfiance en interne

L’aile droite de la " Macronie " pousse aussi. Le député Thierry Solère, " cheville ouvrière " de l’accord avec Renaud Muselier en Paca, est " à la manœuvre " pour rapprocher d’autres élus " LR " des filets " macronistes ".

Autre transfuge de " LR " et bon connaisseur des élections locales, le ministre Sébastien Lecornu a récemment glissé cette petite phrase au JDD : " Dans l’entre-deux tours, chacun devra prendre ses responsabilités, y compris la liste qui arrivera en tête. "

Mais dans la majorité, on se méfie de ces combines qui risquent de dérouter les rares électeurs qui s’intéressent encore aux régionales.

" L’élection d’un président de région " RN " serait un choc qui accentuerait la confusion politique dans notre pays, avertit l’ancien patron des députés " marcheurs ", Gilles Le Gendre. Je ne veux pas que l’on puisse dire que c’est la stratégie LREM qui l’aurait facilitée. "

Richard Ferrand, le président de « l’Assemblée nationale », qui a " l’oreille " du chef de l’État, n’est pas plus allant, à en croire un député proche de lui : " Mélanger des listes qui viennent de s’affronter, c’est intellectuellement peu satisfaisant et pragmatiquement peu efficace. Les gens ne vont pas voter pour Duchemolle parce qu’il a mis Machin en numéro huit sur sa liste… "

Le mieux placé pour parler de retrait face au " RN " est un autre " ténor macroniste ", Christophe Castaner, patron du groupe " LREM " à « l’Assemblée nationale » et grand " brûlé " des régionales de 2015 en Paca.

Candidat " socialiste " face à Marion Maréchal-Le Pen, il avait retiré ses listes pour permettre à Christian Estrosi de l’emporter. Ce faisant, il a effacé " la gauche " du paysage politique sudiste pendant ces six dernières années.

Pas de quoi le faire changer d’avis : " Face à la menace RN, il n’y a pas d’autre option que le retrait. Il porte une force sacrificielle ", insiste l’ex-ministre de l’Intérieur auprès de " Marianne ". Tout en précisant que " si le front républicain ne se négocie pas ", il n’empêche pas " des accords sur la base d’un projet de gouvernance commune ".

Mais pas pour siéger dans l’opposition, donc.

" Le meilleur moyen de s’humilier "

« Les accords techniques, c’est le meilleur moyen de s’humilier , estime un " poids lourd " de la majorité. En Île-de-France, si vous dites à Valérie Pécresse, on se maintient si tu ne nous donnes pas 20 places ", elle dira non et elle aura raison. Donc, nous on sera là, " bah merde, donc on fait quoi ? On se maintient finalement ? " »

Cela est d’autant plus vrai que, sauf surprise, le " RN " n’est pas menaçant en Île-de-France. Raison de plus pour que le candidat " LREM ", Laurent Saint-Martin, se borne à maintenir ses listes sans chercher à faire des tractations.

Dans les Hauts-de-France, la situation est autre.

Le secrétaire d’État Laurent Pietraszewski est " dans les choux ", crédité d’à peine 10 % dans les sondages. Xavier Bertrand n’aura pas besoin de ses troupes pour l’emporter face à Sébastien Chenu.

« Et puis il sait très bien que ce serait le " baiser du diable " d’accepter nos mecs », raille un stratège " macroniste ".

Cela tombe bien, l’équipe Bertrand n’en veut pas.

" Non merci. On ne goûte pas de ces tambouilles écarte le député LR Julien Dive. Xavier Bertrand a été clair : même liste au premier et au second tour. "

Il paraît enfin improbable qu’Éric Dupond-Moretti, chef de file " LREM " dans le Pas-de-Calais et opposant " old school " au " RN ", coure le risque d’être tenu comptable d’une victoire de celui-ci.

Cas par cas

L’idée de " fusions techniques " - mais en réalité très politiques - a donc fait " pschit ". Reste que la " Macronie " risque la cacophonie au soir du premier tour, dimanche 20 juin.

Le 7 juin, en visioconférence, le " Bureau exécutif " de " LREM " a bien tenté d’aborder le sujet, mais sans en tirer de conclusion.

" C’était très emberlificoté, soupire un participant. Qui évalue le risque RN ? Qui décide de ce qu’on fait ? Les équipes régionales ou le national ? Je pense que la stratégie résultera d’un coup de fil présidentiel, et c’est dommage. "

De fait, Emmanuel Macron décidera " au cas par cas ", selon les configurations dans chaque région et en fonction du score du " RN ".

Dans le Centre-Val de Loire, dirigé par le PS, le candidat " LR " Nicolas Forissier pourrait rallier le ministre Marc Fesneau si ce dernier arrive " loin devant ".

Dans le Grand Est, le sortant " LR " Jean Rottner risque d’avoir besoin de la ministre " macroniste " Brigitte Klinkert, en dépit de leur inimitié notoire.

Idem dans les Pays de la Loire où le " RN " n’a aucune chance de victoire, mais où la sortante " LR " Christelle Morançais est " aux abois ". Au point d’être tentée par une alliance avec François de Rugy pour battre " l’écologiste " Matthieu Orphelin.

« Je préférerais qu’on arrive à équilibrer entre les alliances à droite et les alliances " à gauche " », souffle un ponte " LREM ". L’objectif semble illusoire. La plupart des sortants " socialistes ", comme Alain Rousset (Nouvelle-Aquitaine), Marie-Guite Dufay (Bourgogne-Franche-Comté) ou Loïg Chesnais-Girard (Bretagne), risquent bien d’opter pour une " fusion " avec les " Verts ".

Mais tout dépendra des rapports de force.

Jules PECNARD

Marianne.fr