États-Unis : controverse autour d’aides réservées aux agriculteurs noirs

, par  DMigneau , popularité : 0%

États-Unis : controverse autour d’aides réservées aux agriculteurs noirs

STRINGER / ACME / AFP

La loi de relance économique de Joe Biden inclut 4 milliards pour aider les agriculteurs issus des minorités. L’idée est de compenser les discriminations dont ces paysans ont fait l’objet pendant des décennies, mais des agriculteurs " blancs " ont porté plainte pour discrimination.

Beaucoup plus que son prédécesseur " Démocrate " Barack Obama, Joe Biden a tendance à aborder certains problèmes du point de vue de l’équité raciale, conformément à la nouvelle rhétorique qui a émergé " à gauche " pendant les années Trump et les manifestations " anti-racistes " de l’été 2020.

Dans un communiqué de la « Maison Blanche », le plan de relance de 1 900 milliards de dollars de Biden est en partie décrit comme une façon de " promouvoir l’équité raciale ". En effet, puisque les Américains " noirs ", " hispaniques " et " amérindiens " sont en moyenne plus pauvres que les " blancs ", les mesures de redistribution qui bénéficient à tous les foyers modestes (notamment des chèques de 1 400 dollars) peuvent aussi être présentées comme des façons de lutter contre les inégalités raciales.

Mais ce " plan de relance ", adopté par le Congrès en mars 2021, comporte aussi des aides ciblées, destinées uniquement aux personnes " non blanches ", en l’occurrence aux agriculteurs " noirs ".

En effet, en vue de compenser les discriminations dont ont historiquement fait l’objet les paysans " afro-américains ", le ministre de l’Agriculture Tom Vilsack a prévu d’annuler les dettes d’environ 16 000 d’entre eux (ainsi que celles d’agriculteurs " hispaniques " et " amérindiens ") pour un coût total d’environ 4 milliards de dollars.

FOX NEWS PRÉSENTE BIDEN COMME " ANTI-BLANC "

Le plan de relance prévoit aussi des milliards pour le secteur agricole en général, mais dans les zones rurales, l’idée que seuls les agriculteurs " noirs " puissent bénéficier de certaines aides suscite des tensions.

Plusieurs paysans " blancs " interviewés dans les médias considèrent ces mesures comme discriminatoires et les élus " Républicains " attisent les tensions en présentant le gouvernement Biden comme " anti-blanc ". Sur " Fox News ", le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, martelait ainsi : " Si vous êtes blanc, si vous êtes une femme blanche, pas de remboursement ".

Plusieurs agriculteurs " blancs " de Floride et du Midwest ont déjà porté plainte contre le ministère de l’Agriculture.

Au Texas, un recours collectif est piloté par " America First Legal ", une organisation dirigée par Stephen Miller, un ancien conseiller de Donald Trump à la « Maison Blanche ». Dans son communiqué, il accuse le gouvernement Biden de " discriminer les éleveurs et agriculteurs américains en fonction de leur race ". Il n’est pas évident que ces aides soient illégales car aux États-Unis, le gouvernement fédéral a le droit d’utiliser des critères raciaux en politique publique si l’objectif est de corriger des discriminations gouvernementales passées.

De son côté, le ministre de l’Agriculture souligne que sous Trump, les subventions agricoles n’ont presque bénéficié qu’aux grandes exploitations dirigées par des " blancs " : «  99 % de l’argent est allé aux agriculteurs " blancs " [...] et si on calcule ce qui est allé aux paysans " noirs ", c’est 0,1 %
 ». Par exemple, les 23 milliards de dollars donnés de 2018 à 2020 aux agriculteurs affectés par la " guerre commerciale " entre la Chine et les États-Unis ont presque entièrement bénéficié à des grandes exploitations presque toutes dirigées par des " blancs ".

LES " NOIRS " POSSÈDENT 14 % DES TERRES EN 1910, CONTRE MOINS DE 2 % AUJOURD’HUI

Tom Vilsack rappelle aussi la douloureuse histoire des paysans " afro-américains " qui possédaient 14 % des terres agricoles en 1910, contre moins de 2 % aujourd’hui.

Dans la première moitié du 20ème siècle, les paysans " noirs " ont de fait été expulsés de leurs terres dans le Sud lorsque la ségrégation raciale et les humiliations quotidiennes ont poussé des millions d’entre eux à partir vers les villes du Nord. Ceux qui ont continué à cultiver leurs terres ont été souvent discriminés par les autorités en ce qui concerne l’obtention de prêts.

À partir de 1999, des milliers de paysans " noirs " ont été dédommagés financièrement après avoir remporté un procès contre les pratiques discriminatoires du ministère de l’Agriculture. Mais le gouvernement Biden considère que ces dommages et intérêts n’ont pas permis de rétablir l’équilibre, d’où les actions ciblées prévues par le plan de relance.

Cette approche raciale du problème est compréhensible d’un point de vue historique, mais elle est politiquement dangereuse : en effet, beaucoup plus que la redistribution basée sur les revenus, les aides en fonction de l’origine raciale sont controversées.

De nombreux élus " Républicains " les présentent comme " anti-blanches " et attisent ainsi le ressentiment racial de leur électorat.

Claire LEVENSON

Marianne.fr