Elections au « Royaume-Uni » : en Ecosse, l’économie avant l’indépendance

, par  DMigneau , popularité : 0%

Elections au « Royaume-Uni » : en Ecosse, l’économie avant l’indépendance

FRASER BREMNER / POOL / AFP

Des élections locales sont organisées ce jeudi 6 mai en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse, où les indépendantistes espèrent une large victoire. Le " Parti national écossais " espère remporter la majorité absolue au parlement pour forcer le « Premier Ministre » britannique Boris Johnson à leur accorder, dix ans plus tard, un second référendum d’indépendance. Mais le " Brexit " a quelque peu changer la donne...

Jack Dale, gueule burinée et sourire de travers, ne mâche pas ses mots alors que l’Ecosse est appelée ce jeudi 6 mai aux urnes pour élire ses députés.

« L’indépendance, ce serait un désastre, un suicide pour l’Ecosse, surtout que nous ne serons pas immédiatement intégrés à " l’Union européenne ".  »

Pêcheur de 71 ans, converti depuis plusieurs années à la pêche de homards, une activité bien moins agitée que la pêche en haute mer, il enrage depuis le " Brexit ".

Contrairement à nombre de ses collègues spécialisés dans les " fruits de mer ", qui ont vu certains de leurs containeurs pourrir faute de pouvoir voguer vers les vertes contrées de l’UE, son activité économique n’a pas été entamée.

Un peu par chance, beaucoup par prévoyance : le homard se pêche peu lors des quatre premiers mois de l’année et Jack a eu la bonne idée de favoriser l’émergence d’une échoppe sur le port même de North Berwick, qui écoule désormais 40 % de ses prises annuelles et la totalité de celles de ce début d’année.

« Mais le " Brexit " a montré les difficultés engendrées par la création de frontières , rappelle-t-il. Je le vois bien autour de moi : ceux qui ont un commerce sont contre l’indépendance et les employés, plus idéalistes, y sont favorables. »

Ce jeudi, les Ecossais éliront leur parlement.

Au regard des sondages, son renouvellement s’annonce très limité. Le " Parti national écossais " (SNP) au pouvoir est crédité d’environ 45 % d’intention de vote, soit un score proche de celui qu’il avait obtenu en 2016.

Pour la quatrième fois d’affilée depuis l’élection de 2007, il deviendra donc le premier parti du pays, avec plus du double du nombre de députés que son premier adversaire, soit le " Parti conservateur " soit le " Parti travailliste ".

Mais l’enjeu se situe ailleurs : parviendra-t-il à remporter la majorité absolue comme en 2011 ?

Cette performance lui avait permis de pousser le « Premier ministre » britannique David Cameron à accepter l’organisation d’un premier référendum sur l’indépendance. Lors de sa tenue en 2014, 55,3 % des Ecossais avaient préféré demeurer intégrés au « Royaume-Uni ».

Un message clair.

David Cameron avait alors indiqué que le résultat était " établi pour une génération, peut-être pour toute une vie, qu’il n’y aurait pas dispute, de nouvelle tentative ".

Des attentes irréalistes de la part du SNP ?

Il y a cinq ans, un autre référendum organisé par ce même David Cameron avait bouleversé le cadre politique.

" Le 23 juin 2016, 62 % des Ecossais ont voté pour demeurer au sein de l’UE mais nous avons été emmenés hors de l’organisation européenne par le vote des Anglais ", rappelle, amer, Paul McLennan, candidat du SNP pour la circonscription d’East Lothian, où se situe North Berwick.

« Nous sommes en démocratie, nous devrions donc pouvoir nous prononcer de nouveau après cette évolution majeure représentée par le " Brexit ". »

A l’image de la « Première ministre » écossaise et cheffe du SNP, Nicola Sturgeon, il joue donc sur ce changement de paradigme pour réclamer un second référendum d’indépendance, avec comme prétexte la volonté de rejoindre l’UE.

Une majorité absolue ce jeudi lui donnerait des arguments en ce sens.

" Que le SNP soit capable d’obtenir la majorité absolue après quatorze années au pouvoir est déjà un vrai succès en lui-même, même si ses performances sont contestées dans l’éducation et la santé  » explique James Mitchell, professeur de politique publique à l’université d’Edimbourg.

« Je crois en revanche que le SNP a fait une grosse erreur en créant des attentes peut-être irréalistes : si le parti ne parvient pas à obtenir la majorité absolue, ses opposants le souligneront et diront qu’il ne dispose pas du mandat pour l’indépendance. Et ce même s’il existera sans doute une majorité de partis indépendantistes, avec les " verts " et peut-être " Alba ", le nouveau parti créé par l’ancien chef du SNP Alex Salmond. »

L’arrivée au pouvoir de Boris Johnson - une personnalité détestée en Ecosse - conjuguée au " Brexit ", a un temps redonné " du poil de la bête " à la volonté d’indépendance, mais depuis début mars, les sondages laissent entrevoir un retour du doute chez les Ecossais.

Jack le pêcheur n’est en effet pas le seul Ecossais à qui les difficultés engendrées par le " Brexit " a donné du " grain à moudre ".

" J’ai toujours voté SNP mais ce qui m’intéresse avant tout, c’est la manière dont le gouvernement gère la pandémie et comment il va relancer l’économie , explique ainsi Jordan Callaghan, 27 ans, un plombier. C’est beaucoup plus important à mes yeux que l’indépendance. "

Une crainte que le SNP a bien pris en compte durant sa campagne. Ainsi Paul McLennan n’hésite pas à le dire à quelques heures du scrutin : " Pas de référendum avant que l’économie du pays ne soit remise d’aplomb ".

Mieux vaut, en effet, ne pas effrayer les électeurs alors que " le graal " est à portée de main.

Tristan de BOURBON

Marianne.fr