Des " thérapies de conversion " bientôt interdites en France ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Des " thérapies de conversion " bientôt interdites en France ?

©Hans Lucas via AFP

Ce jeudi 29 avril, les artistes Hoshi, Eddy de Pretto et la comédienne Marie Papillon, défenseurs de la cause LGBT, ont lancé un appel conjoint à Christophe Castaner, président du groupe LREM à « l’Assemblée nationale ». Ils souhaitent que la proposition de loi visant à interdire les " thérapies de conversion " dans l’hexagone soit examinée dans les plus brefs délais.

Un texte qui semble " enfoui dans les cartons ". Portée par la députée " LREM " de l’Allier, Laurence Vaucenebrock, la proposition de loi prétendant mettre fin aux pratiques visant à transformer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, est mise entre parenthèses juin 2020.

Ce jeudi 29 avril, Hoshi, Eddy de Pretto et Marie Papillon se sont exprimés sur les « réseaux sociaux » au sujet des " thérapies de conversion ". Ces derniers estiment qu’il est " urgent de mettre ce passage de loi au calendrier " et précisent qu’il n’y a " rien à guérir " chez les personnes « LGBT ».

Origines de ces pratiques

Les " thérapies de conversion " - aussi appelées " thérapies de guérison " dans “ Dieu est amour ” par Timothée de Rauglaudre et Jean-Loup Adénor - sont l’ensemble des pratiques visant à modifier ou réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes.

Elles sont issues de pratiques et usages nés aux États-Unis durant la deuxième moitié du XXème siècle et ont pour but de réaffirmer l’hétérosexualité comme seule orientation sexuelle légitime et conforme aux " plans de Dieu " ou de convaincre à l’abstinence sexuelle.

Aux États-Unis, une enquête réalisée par le département de droit de UCLA datant de janvier 2018 estime à 698 000 le nombre de personnes LGBT de 18 à 59 ans ayant subi des " thérapies de conversion ".

En France, plusieurs mouvements et associations à caractère religieux souhaitant accompagner et aider les homosexuels à " guérir " leur homosexualité ont vu le jour dès la fin du XXème siècle telles que " Torrents de Vie " et " Courage ".

Selon Timothée de Rauglaudre, des antennes de ces groupes se trouvent dans plusieurs grandes villes françaises et fonctionnent toujours : " Au cours de notre enquête, Jean-Loup Adénor s’est infiltré dans l’une d’entre-elles. Il a entendu un cri lors d’un groupe de parole qui correspondait à de l’exorcisme, faisant partie des outils utilisés pour " soigner " l’homosexualité ».

Un documentaire " Arte " sur le sujet datant de janvier 2020 notait qu’aucune étude chiffrée n’avait pour l’heure été établie en Europe.

" Nous n’avons aucun chiffre annuel dans la mesure où cette infraction n’existe pas dans le Code pénal et où les victimes sont donc obligées de trouver une infraction qui s’approche le plus possible des thérapies qu’elles ont subies " avait confirmé la députée Laurence Vanceunebrock au micro de " France Info " en juin 2020.

Contenu de la proposition de loi

Dès lors, comment lutter contre ces pratiques ?

Timothée de Rauglaudre explique qu’il paraît compliqué de dissoudre les associations en question. Cela reviendrait à en faire des martyres. Le risque serait que ces groupes se radicalisent davantage.

D’après le journaliste, il ne faut pas non plus adopter une approche trop libérale à l’américaine reposant sur la liberté de conscience et de religion car " il y a des dommages psychologiques très concrets sur les victimes ".

Il considère donc que l’instauration d’une nouvelle infraction dans le « Code pénal » permettant aux victimes de porter plainte et demander réparation est une bonne solution car l’arsenal législatif actuel est insuffisant.

Sur le fond, le texte tend effectivement à créer une « infraction spécifique pour prohiber ces pratiques et prévoit des facteurs aggravants pour prendre en compte la situation des mineurs, public particulièrement victime de ces “ thérapies ” », expliquait Laurence Vanceunebrock à l’AFP, en juin dernier.

« Cela permettra des plaintes et des poursuites sur ce " thème bien spécifique " et d’établir des " statistiques " qui n’existent pas aujourd’hui en France », poursuivait-elle.

Avec le texte, " les pratiques, les comportements ou les propos répétés visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre " seraient punies de 30 000 euros d’amende.

Dans le cas d’un mineur, les peines seraient portées à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

L’appel lancé

Dans une tribune au " Monde " publiée le 25 novembre 2020, le collectif " Rien à guérir " constitué de victimes de ces thérapies, demande à « l’exécutif » de soutenir la proposition de loi visant à faire interdire ces pratiques.

" Les 23 signataires requièrent une prise de position forte du gouvernement, cela montre que ce phénomène est bel est bien actif en France ", souligne Timothée de Rauglaudre.

Car si les messages d’Eddy de Pretto, Hoshi et Marie Papillon ont très rapidement été partagés sur les « réseaux sociaux », notamment par la députée Laurence Vauceunebrock, cette proposition de loi n’est - en effet - toujours pas inscrite à l’ordre du jour de « l’Assemblée nationale ».

En juin 2020, la députée avait expliqué que la crise sanitaire bouleversait le " calendrier parlementaire ", assurant cependant qu’elle allait tout faire pour activer l’examen du texte. Mais son absence au calendrier parlementaire inquiète : " Ce que craignent les victimes c’est que, s’il y a certes un optimisme partagé quant à la volonté de légiférer aujourd’hui, nous ne savons pas, en revanche, ce qu’il en sera d’ici un an, à la fin du quinquennat. Nous ne savons pas qu’elle sera la prochaine majorité parlementaire, et même si Emmanuel Macron est réélu, il faudra tout recommencer du début ", indique Timothée de Rauglaudre.

Mathilde KARSENTI

Marianne.fr