Crise des sous-marins : une rencontre entre ministres annulés, Boris Johnson tente de consoler

, par  DMigneau , popularité : 0%

Crise des sous-marins : une rencontre entre ministres annulés, Boris Johnson tente de consoler

Florence Parly, ministre des Armées, et Jean-Yves le Drian, ministre des Affaires étrangères, ne décolèrent pas après la rupture par l’Australie d’un gigantesque contrat de sous-marins signé en 2016.
AFP

Une rencontre qui devait avoir lieu entre la ministre française des Armées, Florence Parly, et son homologue britannique Ben Wallace a été annulée dimanche à l’initiative de Paris.

Un nouvel épisode dans la " crise diplomatique ", après la rupture, par l’Australie, du " contrat du siècle " portant sur la fourniture de douze sous-marins.

Nouveau rebondissement dans l’affaire du contrat des sous-marins rompu par l’Australie : la France a décidé d’annuler une réunion entre la ministre des Armées, Florence Parly et son homologue britannique Ben Wallace.

Cet épisode constitue une étape supplémentaire dans la crise traversée depuis près d’une semaine par la France et trois de ses " alliés ", l’Australie, le « Royaume-Uni » et les États-Unis.

Mercredi 15 septembre, l’Australie a annoncé la rupture du fameux contrat qui la lie à la France depuis 2016 pour lui préférer le plan - baptisé « AUKUS » - qui inclut la fourniture à l’Australie de 12 sous-marins américains à propulsion nucléaire.

Mise " hors-jeu " en une journée, sans moyens de répliquer, la France en est restée abasourdie.

Dans la foulée, Jean-Yves le Drian, le ministre des Affaires étrangères, a rappelé ses ambassadeurs aux États-Unis et en Australie " pour consultations ".

Calmer le jeu

Depuis, la France et ses trois " alliés " oscillent entre plaintes, récriminations, " déclarations d’amour " et d’hostilité à peine voilée.

Jean-Yves le Drian ne mâche pas ses mots, en évoquant sur " France 2 ", samedi 18 septembre, " une crise grave ", un " mensonge […] une duplicité " et surtout un " mépris " de la part des trois pays à l’égard de leur " ami " français.

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L’Australie - quant à elle - persiste et signe, tandis que Paris attendait visiblement des excuses.

" Je ne regrette pas la décision de faire passer l’intérêt national de l’Australie en premier. Je ne le regretterai jamais ", a assumé le « Premier ministre » Scott Morrison.

Dans une conférence de presse tenue à Sydney dimanche, il a également rappelé que son pays avait déjà informé la France des réserves qu’il pouvait avoir à l’égard de ses sous-marins de classe " Attack ".

" Nous avions clairement fait savoir que nous prendrions une décision en fonction de nos intérêts stratégiques nationaux ", s’est-il dédouané. Ainsi, le ministre de la défense australien, Peter Dutton, aurait lui-même prévenu Florence Parly des difficultés d’honorer la commande.

Ce lundi, l’Australie a remis " une pièce dans la machine " et en a même appelé au sacrifice des citoyens australiens pour la France au cours du XXe siècle.

« L’Australie n’a pas besoin de prouver son attachement, son amitié et sa volonté de veiller à la liberté et à l’égalité de la France […] Des dizaines de milliers d’Australiens sont morts sur le sol français ou sont morts pour protéger le territoire français (...) lors de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième  », s’est défendu Barnaby Joyce.

Ce dernier assure l’intérim du « Premier ministre » qui se trouve actuellement en visite à… Washington. Difficile dans ces circonstances de " calmer le jeu " avec Paris, même si Joe Biden doit s’entretenir au téléphone avec Emmanuel Macron, dans la semaine.

Boris Johnson " câlin " avec la France

Paradoxalement, la France témoigne d’une colère plus sourde et froide à l’égard du « Royaume-Uni », avec qui elle a tissé des historiques ancestraux.

Jean-Yves le Drian n’a pas jugé utile de rappeler l’ambassadeur français à Londres.

Contrairement à l’Australie, Boris Johnson semble avoir à cœur d’amadouer Paris, du moins en apparence. En témoigne " l’opération-séduction " qu’il a lancée ce lundi matin.

" Notre amour de la France est indéracinable ", a-t-il soutenu tandis qu’il se rendait aux États-Unis, où il doit rencontrer le président de la République Joe Biden et assister à « l’Assemblée générale » de l’ONU.

Entre tous ces protagonistes se tient « l’Union européenne », impassible, tout simplement parce qu’elle n’a rien à voir dans cette affaire, précise Patrick Martin-Genier, enseignant à SciencePo Paris.

Invité sur le plateau de " France Info " samedi 18 septembre, ce spécialiste des questions européennes confirme que ce contrat " avait été négocié exclusivement entre la France et les Australiens ".

Et d’ajouter : «  Boris Johnson est très content de pouvoir reprendre la place sur la scène internationale après le " Brexit ". Face à cette alliance, la France n’a pas pesé suffisamment pour faire valoir son point de vue.  »

Ella MICHELETTI

Marianne.fr