Coup de tonnerre aux États-Unis : le Congrès examinera bien un impôt sur les " ultra-riches "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Coup de tonnerre aux États-Unis : le Congrès examinera bien un impôt sur les " ultra-riches "

Joe Biden avec la ministre des Finances, Janet Yellen. Photo Nicholas Kamm / AFP

Janet Yellen, la ministre des Finances a annoncé l’inscription de la taxe sur les " super riches " dans le budget 2022. Le Congrès s’apprête à examiner le texte. Après avoir hésité, Joe Biden avait soutenu " du bout des lèvres " cette proposition. Cet impôt a désormais reçu le soutien des " Démocrates " et dispose d’une chance sur deux d’être adopté.

Ne dites pas aux Américains qu’ils vont être taxés sur la fortune. Ils sortiraient sans doute leurs revolvers pour défendre leur " lopin de terre " façon Inspecteur Harry.

Comme Janet Yellen, la ministre de l’Economie, préférez plutôt annoncer que " les personnes exceptionnellement riches ", sans doute les 1 000 plus grosses fortunes que comptent les États-Unis, vont " cracher au bassinet ".

Ça passera mieux, chacun sait qu’on parle de personnes qui vont très bien et dont la fortune est si importante qu’elle se compare à celle du reste de l’ensemble des habitants du pays et surpasse parfois même celle de pays entiers.

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1 000 milliards de dollars de " plus-values " latentes

C’est désormais officiel. Après moult tergiversations, dont " Marianne " a rendu compte, les " Démocrates " ont décidé " d’encapsuler " dans leur projet de budget 2022 un nouveau dispositif, ainsi que l’a annoncé sur " CNN " la " Démocrate " Nancy Pelosi, la présidente de la « Chambre des représentants » à Washington.

L’idée tient en quelques mots : imposer les plus-values dites " latentes ". Autrement dit, taxer les gains non encore encaissés - ou " unrealized " - comme disent les Américains. Un énorme magot détenu par des personnes physiques comme Warren Buffett ou Jeff Bezos, le patron d’ " Amazon ", qui retrouveraient enfin leur place parmi les gros contributeurs fiscaux.

Selon " Goldman Sachs ", les ménages les plus riches détiennent désormais environ 1 000 milliards de dollars de " plus-values " latentes. Cela équivaut à 3 % de la capitalisation boursière totale des États-Unis. Les actifs détenus par les 400 Américains les plus riches représentent l’équivalent de 18 % du « Produit intérieur brut », contre la moitié (9 %) en 2010.

Une manne qui sert tous les jours aux milliardaires pour consommer, investir, mais qui n’est jamais taxée au prétexte qu’elle n’existe pas tant qu’elle n’est pas réellement encaissée.

Mais l’argument " tourne court " dans un monde où le patrimoine " a pris le pas ". À l’instar du paradoxe posant que les effets d’une illusion ne sont pas une illusion, on ne peut pas à la fois dire aux impôts que " cet argent n’existe pas tant que les gains ne sont pas encaissés " – c’est l’illusion supposée – et en même temps profiter pleinement de ces " plus-values " en les monétisant grace aux " techniques financiéres " – ce sont les effets réels de l’illusion supposée.

Des économistes, au premier rang desquels Emmanuel Saez et de Gabriel Zucman, deux Français qui murmurent aux oreilles des " Démocrates ", ont mis au point une taxe sur ces " plus-values " latentes, reprise aujourd’hui par les " Démocrates ".

Est-ce que les milliardaires ont été pris de court dans leur " lobbying " par cette proposition considérée encore récemment comme peu probable ?

Toujours est-il que même la sénatrice " Démocrate " ​​Kyrsten Sinema qui s’est illustrée dans son combat contre la simple hausse du taux d’imposition des sociétés de 21 % à 26,5 %, et celle du taux d’imposition des particuliers de 37 % à 39,6 %, n’a pas bronché.

Plus de 50 % de chances d’être adoptée

Selon nos informations, les " Démocrates " américains estiment désormais que la probabilité d’adoption de la taxe sur les " plus-values " est passée à plus de 50 %.

Plusieurs autres dispositions font toujours l’objet d’intenses négociations. Parmi elles se trouvent notamment celles couvrant les " politiques climatiques ", les " congés familiaux " payés, l’extension de " Medicare " – l’embryon de " Sécu " version étasunienne – aux remboursements des frais dentaires, auditifs comme visuels, et permettant à " Medicare " de négocier les prix des médicaments délivrés sur ordonnance.

Une chose est sûre : alors que la France vient d’abandonner en 2017 son ISF pour un dispositif " rikiki " centré sur la fortune immobilière, les États-Unis, qui étaient précurseurs sur cette baisse générale des impôts, en sont revenus.

La lumineuse " modernité " évoquée par Emmanuel Macron en 2017 pour effacer l’ISF vire à la " lumière froide ". Celle issue de la " queue de la comète " du débat économique académique à l’œuvre outre Atlantique.

Si demain était votée en France une telle taxe sur les " plus-values ", Bernard Arnault, notre super " ultra-riche " tricolore, dont la fortune s’est accrue de 110 milliards l’année dernière, devrait faire un énorme chèque à neuf chiffres.

Sans doute mille fois plus que sa facture ISF de 2 243 231 euros en 2016.

Emmanuel LEVY

Marianne.fr