Brune Poirson, l’ex-secrétaire d’État qui ne voulait pas redevenir une vulgaire députée

, par  DMigneau , popularité : 0%

Brune Poirson, l’ex-secrétaire d’État qui ne voulait pas redevenir une vulgaire députée

Brune Poirson préfère rejoindre le groupe " Accord " plutôt que terminer son mandat de députée LREM. Alain JOCARD / AFP

Écartée du gouvernement l’été dernier, Brune Poirson préfère rejoindre la direction du groupe " Accor " plutôt que d’achever son mandat de députée. En prime : une petite manœuvre permet à la " Macronie " de conserver son siège à l’Assemblée.

Le 6 avril, Brune Poirson, députée " La République en marche " du Vaucluse et ancienne secrétaire d’État à la " Transition écologique ", annonce qu’elle quitte son mandat pour se tourner " vers d’autres horizons ".

L’insoutenable " suspense " est levé la semaine suivante, lorsque le groupe hôtelier " Accor " (dont l’un des administrateurs est un certain Nicolas Sarkozy) officialise son arrivée début mai comme " directrice du développement durable ". Un " recasage " dans le « privé » rondement mené pour cette " brillante " diplômée d’Harvard, qui a été écartée du gouvernement de Jean Castex lors du remaniement de juillet dernier.

Reste une impression de malaise, surtout si l’on se met à la place des électeurs de la troisième circonscription du Vaucluse qui croyaient avoir élu un profil de la " société civile ", vierge des anciennes pratiques politiques, qui tranchait avec leur précédente députée Marion Maréchal-Le Pen.

En creux, le message n’est pas des plus agréables : « la politique », c’est chouette quand on est membre du gouvernement, mais pas question de s’abaisser à siéger à « l’Assemblée nationale »…

" Ça me laisse sans voix et ça n’a pas été super bien reçu par le groupe, glisse une députée LREM. C’est bien qu’elle ait trouvé du boulot, mais je suis sceptique sur le fait de partir avant la fin du mandat. "

" ON LUI A DEMANDÉ DE NE PAS DÉMISSIONNER "

Selon les informations de " Marianne ", « l’exécutif » a tenté d’éviter cette image désastreuse en proposant en catastrophe d’autres postes (notamment diplomatiques) à l’intéressée.

Sans succès.

" On lui a demandé de ne pas démissionner, en lui disant qu’on pouvait trouver une autre solution. Mais elle a arrêté de répondre aux messages ", raconte une ministre. Sollicités, l’Élysée et Matignon observent un silence prudent sur le sujet.

Il faut dire que Brune Poirson n’a pas vraiment " digéré " son éviction du gouvernement l’été dernier.

" Après la nomination des ministres, elle a attendu trois semaines en pensant être re-nommée secrétaire d’État, confie la même ministre. Elle n’a eu aucune explication. "

Poirson a sans aucun doute payé son refus public de se présenter aux élections municipales à Avignon, alors qu’Emmanuel Macron le lui avait demandé.

" À partir de ce moment, son sort était scellé. C’était assez couillu. Normalement, tu dis oui au président et tu y vas ! ", remarque un conseiller ministériel, qui met aussi son départ sur le compte de l’exaspération bruyante des élus locaux face à la loi " anti-gaspillage " portée par l’ex-secrétaire d’État. Les collectivités craignaient que la généralisation de la consigne pour les emballages plastiques leur fasse perdre la main sur la collecte des déchets… et les revenus générés.

" Édouard Philippe ne la supportait pas ajoute un cadre de LREM. C’était pourtant l’une des rares personnes identifiées par notre base. " Et ce " lieutenant " du président de philosopher sur les failles du " nouveau monde " macroniste : " C’est toute la difficulté avec cette génération qui n’a pris que le bon côté. Ils ont été élus après six semaines de campagne seulement ! Brune n’a jamais perçu qu’elle pouvait être un maillon faible. "

MANŒUVRE

En octobre, Poirson a hérité d’un " lot de consolation " : le gouvernement lui a confié une mission sur " l’éducation au développement durable ". Tout un programme, visiblement fastidieux, puisque cette mission a été prolongée en avril. Or, un député dont la mission dure au-delà de six mois doit quitter son siège, mais peut laisser la place à son suppléant.

Une manœuvre classique, " usée jusqu’à la corde " sous la Ve République, qui permet à la " Macronie " de s’éviter une élection législative partielle à haut risque dans la région de Carpentras où le vote Le Pen cartonne.

Dans l’entourage de Brune Poirson, on explique que celle-ci est " une femme libre " qui " fonctionne par missions, pas par mandats ", et qu’elle préfère se consacrer à la " transition écologique " dans un secteur de l’hôtellerie en crise plutôt que voter des lois à la chaîne à « l’Assemblée nationale ».

Au demeurant, l’ex-secrétaire d’État n’était plus " très en phase " avec les orientations (certes fluctuantes) du " macronisme ". Mais est-ce une raison valable pour quitter son mandat un an avant son terme, et ainsi éviter de s’expliquer devant ses électeurs ?

Louis HAUSALTER

Marianne.fr