Azerbaïdjan, Arménie, Haut Karabagh : un conflit non résolu

, par  DMigneau , popularité : 69%

Azerbaïdjan, Arménie, Haut Karabagh : un conflit non résolu

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Pour analyser les positions de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie au regard du Haut-Karabagh, il suffit d’utiliser le logiciel de l’historien en tenant compte des faits.

Le Haut-Karabagh jusqu’au début du 19ème est une province de l’Azerbaïdjan, à l’époque mosaïque de petits états.

Puis la Russie tsariste qui va occuper le nord de l’Azerbaïdjan installe tout au long du 19 ème siècle des milliers d’arméniens dans le Caucase.

En 1918, après la chute de l’empire russe, sont créées une République d’Azerbaïdjan, une République d’Arménie qui annonce sa volonté d’annexer le Haut-Karabagh.

En 1919, les « puissances alliées » - Royaume-Uni, France, U.S.A., Italie - approuvent la création d’un « gouvernorat général » provisoire sous juridiction azerbaïdjanaise.

Et l’Assemblée nationale arménienne du Haut-Karabagh reconnaît l’autorité de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabagh. Les droits des Arméniens sont garantis par la République d’Azerbaïdjan.

En 1920, la Russie soviétique crée une République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Et elle annexe des territoires azerbaïdjanais à la république d’Arménie soviétisée - elle aussi - dans le cadre de la République fédérative de Transcaucasie (Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie).

Ce qui coupe au sud-ouest le Nakhitchevan de l’Azerbaïdjan

Le Haut-Karabagh, en 1923, dans la République socialiste soviétique de l’Azerbaïdjan devient « l’oblast autonome » du Haut-Karabagh avec une large population arménienne.

Le Parti communiste en 1921 s’était exprimé clairement : « compte tenu de la nécessité de garantir la paix au plan national entre musulmans et arméniens et des liens permanents que le Haut-Karabagh entretient avec l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh sera maintenu au sein de l’Azerbaïdjan ».

Le gouvernement soviétique a imposé des transferts importants de populations dans une politique de découpage administratif au gré de la volonté politique du Kremlin sans tenir naturellement compte de l’avis des populations locales.

La main de fer de Moscou fossilisera la situation mais l’historien ne s’étonnera pas de la naissance d’une véritable poudrière, conséquence des déplacements de populations.

Le conflit militaire éclate au moment de la désintégration de l’Union Soviétique et avec les déclarations d’indépendance des 2 républiques d’Arménie et d’Azerbaïdjan.

En 1988, déjà la région autonome du Haut-Karabagh avait appelé à la sécession.

Et en 1992, c’est le début d’une véritable guerre. Avec l’aide de l’Arménie, le Comité Karabagh chasse les azerbaïdjanais du territoire.

Au printemps 93, les Arméniens s’approprient des régions à l’extérieur de l’enclave Karabagh.

En 1994, une trêve est enfin signée. Le conflit " arméno-azerbaïdjanais " semble prendre fin, après des milliers de morts, des populations déplacées, des destructions massives d’entreprises, de fermes, d’infrastructures.

Les Arméniens contrôlent près de 20 % du territoire de l’Azerbaïdjan en comptant l’enclave montagneuse du Haut Karabagh .

La « Conférence sur la Sécurité et la Coopération » en Europe a envoyé des missions d’enquête dans les territoires azerbaïdjanais gérés par l’Arménie. Ces missions pointent le changement des noms historiques et géographiques, des atteintes au patrimoine culturel, des destructions de monuments historiques.

En 1993, le Conseil de Sécurité des Nations Unies réaffirmait « son appui sans réserve au processus de paix poursuivi dans le cadre de la CSCE et aux efforts du groupe de Minsk » ( USA, France, Russie, Allemagne, Biélorussie, Finlande, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suède, Turquie, Arménie, Azerbaïdjan).

Il exprimait « sa grave préoccupation face à la poursuite du conflit dans la région du Haut-Karabagh de la république azerbaïdjanaise ainsi que des tensions entre la république d’Arménie et la république azerbaïdjanaise qui pourrait mettre en danger la paix et la sécurité dans la région ».

Il notait « avec inquiétude l’escalade des hostilités armées, réaffirmait la souveraineté et l’intégrité territoriale de la république azerbaïdjanaise et de tous les autres états de la région ».

Il réaffirmait « l’inviolabilité des frontières internationales et l’inadmissibilité de l’emploi de la force pour l’acquisition de territoire ».

Il se déclarait « vivement préoccupé par le déplacement d’un grand nombre de civils dans le district de Zanguelan et la ville de Goradiz dans la république azerbaïdjanaise ainsi qu’à la frontière méridionale de l’Azerbaïdjan ».

Il « condamnait les bombardements du territoire de la république azerbaïdjanaise ».

Il demandait « au gouvernement arménien d’user de son influence pour amener les Arméniens de la région du Haut-Karabagh de la république azerbaïdjanaise à appliquer les résolutions du Conseil de Sécurité et de veiller à ce que les forces impliquées ne reçoivent pas les moyens d’étendre leur campagne militaire ».

Il exigeait que « les forces d’ occupation soient retirées du district de Zanguelan et de la ville de Goradiz et que les forces d’occupation soient retirées des autres zones récemment occupées de la république azerbaïdjanaise ».

En 2005, le Conseil de l’Europe « rappelle que l’occupation d’un territoire étranger par un état membre constitue une grave violation des obligations qui incombent à cet état en sa qualité de membre du Conseil de l’Europe et réaffirme le droit des personnes déplacées de la zone du conflit de retourner dans leur foyer dans la sécurité et la dignité ».

En 2008, l’Assemblée Générale de l’ONU, en 2012 la Cour Européenne des Droits de l’Homme, en 2015 le Parlement européen vont dans le même sens.

On notera, pour finir, que la république du Haut-Karabagh soutenue par l’Arménie n’est reconnue par aucun état.

En 2016, nouveaux heurts entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan le long de la ligne de contact. C’est « la guerre de 4 jours » qui aboutit le 5 avril 2016 à un cessez-le-feu, signé entre les chefs d’état-major des armées des 2 républiques en présence du chef d’état-major russe.

En 2017, cela fait 25 ans que la médiation mis en place patine et aucun règlement définitif du conflit n’apparait à l’horizon.

Alain Roumestand

AgoraVox