Au Mali, la junte remet les compteurs à zéro

, par  DMigneau , popularité : 0%

Au Mali, la junte remet les compteurs à zéro

MICHELE CATTANI / AFP

Peu après l’annonce du remaniement ministériel ce lundi 24 mai mettant sur la touche quelques officiers, des hommes armés ont appréhendé le président Bah N’Daw et le « Premier ministre » Moctar Ouane. Ils ont été conduits dans le camp militaire de Kati. La junte leur reproche de vouloir saborder la période de transition mais assure que le processus démocratique, devant aboutir à des élections générales en 2022, sera préservé.

On ne change pas une équipe au pouvoir et qui entend bien le rester. Pas au Mali en tout cas. Les désormais ex-président Bah N’Daw et ex-Premier ministre Moctar Ouane, viennent de l’apprendre à leurs dépens.

Arrêtés lundi par des militaires et conduits de force avec quelques autres au camp de Kati, la garnison proche de Bamako et cœur névralgique des coups d’Etat, ils sont désormais fixés sur leur sort : limogés - " déchargés de leurs prérogatives " - pour tentative de " sabotage " de la transition !

L’acte d’accusation a été dressé à la télévision publique par le colonel Assimi Goïta, vice-président et surtout l’homme fort de la junte militaire, déjà à l’origine du putsch réussi contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 août dernier. Le mot " sabotage " prend évidemment tout son sel quand on connaît les raisons de cet énième " coup de bottes " dans un pays en instabilité quasi permanente depuis des années.

UNE " BRIDE SUR LE COU " DE MOINS EN MOINS SUPPORTABLE

Ancien militaire retraité, Bah N’Daw comme Moctar Ouane, lui-même diplomate d’expérience, bénéficiaient à priori de la confiance de la junte qui les avait ni plus ni moins installés à leurs postes.

Au fil des mois, " la laisse " a du leur sembler un peu trop " tendue ", au point de vouloir alléger un tant soit peu le poids des " colonels " au sein de l’équipe gouvernementale. Et à l’inverse de renforcer la présence de personnalités moins directement soumises à la junte.

Lundi, c’est chose faite avec l’annonce d’un remaniement dont la rumeur et les détails couraient déjà depuis quelques jours : " exit " les colonels Sadio Camara et Modibo Koné, des proches d’Assimi Goïta, respectivement ministres de la Défense et de la Sécurité, postes stratégiques par excellence.

Pour rendre " acceptable " la mesure, ils sont remplacés par deux généraux de l’armée. Mais déjà la colère gronde du côté de Kati. D’autant que des membres de l’URD, un des partis appartenant à la mosaïque du " M5 ", le mouvement à l’origine des mobilisations populaires contre Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, font leur entrée dans le gouvernement.

Dans son allocution télévisée, le colonel Goïta a bien sûr promis la poursuite de " la transition " devant déboucher sur des élections générales et le retour théorique des civils au pouvoir. En 2022, comme prévu. Il suffit d’y croire. Ce mardi, en milieu de journée, Bamako semblait calme. Les Maliens sont aussi très fatigués...

Alain LEAUTHIER

Marianne.fr