Annonces aux personnels de l’hôpital : les calculs sont pas bons, Édouard !

, par  DMigneau , popularité : 0%

Annonces aux personnels de l’hôpital : les calculs sont pas bons, Édouard !

Édouard Philippe et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ont présenté ce mercredi 20 novembre leur plan pour l’hôpital public. - Martin BUREAU / AFP

Le « plan hôpital » à 1,5 milliard d’euros (300 millions en 2020) présenté par Édouard Philippe ce mercredi 20 novembre ne satisfait pas les personnels les plus modestes de ce service public - infirmiers et aides-soignants - qui s’inquiètent en outre pour leur future retraite.

Depuis huit mois, les personnels hospitaliers, des « urgences » notamment, réclamaient deux avancées.

- Que « l’État » leur donne des moyens de soigner dignement leurs patients, en investissant dans leur service public.

- Qu’on leur accorde enfin, après des années de quasi-blocage de leurs salaires, des augmentations de salaire de l’ordre de 300 euros.

De son côté, le gouvernement redoutait - lui - que leur révolte ne coagule avec celle qui se lève, contre son projet de réforme de " retraite universelle " par points.

Résultat des courses ?

Un « plan » qui ne devrait pas éteindre complètement la fronde...

Certes, la « Fédération hospitalière de France », par la voix de Frédéric Valletoux, se réjouit qu’Édouard Philippe ait annoncé la reprise par « l’État » de 10 milliards de dettes des hôpitaux sur 30.

Sur trois ans, ce geste pourrait soulager leur budget de 280 millions d’euros d’intérêts. Car ces 1100 établissements assumaient jusqu’ici cette dépense pour le compte d’une « puissance publique » qui, depuis des décennies, a sous-investi dans leurs services.

Au point que certains d’entre eux ont contracté de périlleux crédits à taux variables.

Naturellement, la FHF apprécie aussi que 400 millions d’euros de crédits alloués en 2019 et jusqu’ici " mis en réserve " (pour qui, pour quoi ?) soient " magiquement décongelés " avant Noël.

" On se moque complètement de nous  ! "

Mais en 2020, les dépenses hospitalières ne pourront progresser que de 2,4 % contre un Ondam, " objectif national des dépenses d’assurance maladie ", prévu à 2,1% initialement. Or, si l’on tient compte notamment du vieillissement de la population française, ces dépenses devraient augmenter de 4,4 %... " Ce plan n’est donc - en réalité - qu’un petit allègement du plan d’économie qui asséchera cette année encore les finances de l’hôpital public ", tonne Jean-Louis Benoît, président de la « Fédération des mutuelles de France », qui gère 280 services de soins mutualistes.

Surtout, les personnels hospitaliers mobilisés espéraient une revalorisation franche de leurs salaires de base, plus ou moins bloqués au niveau de l’inflation depuis une décennie.

Or, de ce point de vue, le gouvernement préfère accorder des primes aux infirmiers et aides-soignants, plutôt que des augmentations de salaire. Ainsi, ceux qui se formeront à la prise en charge des personnes âgées (60 000 espérés) seront gratifiés de 100 euros de plus par mois.

Les personnels de la " petite couronne " parisienne recevront quant à eux 66 euros net par mois et 20 euros net par mois d’intéressement, décidés dans chaque établissement.

Le problème de la retraite

" On se moque complètement de nous  ! s’est emporté sur " Franceinfo " Thierry Amouroux, porte parole du « Syndicat national des infirmiers ». Nous, ce que l’on demande, c’est être revalorisé à hauteur de nos compétences et de nos responsabilités. On ne demande pas une prime d’accès au logement pour les gens de banlieue parisienne ! ».

Quand le secrétaire général du syndicat " SUD-Santé " de l’AP-HP, sur la même ligne, critiquait cette distinction " Paris/province ", en accusant le gouvernement de déployer une stratégie de division " dans la crainte que la convergence des colères ne se fasse en fin d’année "..

De fait, si ce sujet des primes versus " salaires " est aussi sensible dans la fonction publique hospitalière, c’est que tous personnels confondus, ces gratifications représentent déjà 22,1 % de leurs rémunérations. Mais qu’elles n’améliorent le calcul de leur future retraite que lorsqu’elles s’accompagnent de cotisations sociales complètes versées par l’employeur ; ce qui n’est pas le cas pour toutes leurs primes.

Cette situation attise donc les craintes des hospitaliers modestes à l’endroit du projet de réforme de la " retraite universelle " par points contre lequel manifesteront et feront grève le 5 décembre, les syndicats CGT, FO, Solidaires, FSU et de nombreuses professions.

Laurence Dequay,

Grand reporter " social "

Marianne