Affaire Naomi : l’opératrice du Samu refuse de " porter le chapeau pour le système "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Affaire Naomi : l’opératrice du Samu refuse de " porter le chapeau pour le système "

L’opératrice du Samu qui avait reçu Naomi Musenga au téléphone a témoigné anonymement et pour la première fois sur M6. - AFP

C’est elle qui a fait preuve de grave négligence à l’encontre de Naomi Musenga quelques heures avant sa mort : l’opératrice du Samu mise en cause témoigne pour la première fois, de façon anonyme, dans un reportage de " M6 ".

L’échange téléphonique révélé par le journal alsacien " Heb’di " entre une opératrice du « Samu » et Naomi Musenga, décédée quelques heures plus tard, avait suscité l’indignation.

La jeune femme de 22 ans y était traitée avec grande négligence par cette " assistante de régulation médicale " qui refusait d’y voir un réel appel à l’aide.

Naomi était décédée cinq heures plus tard malgré une hospitalisation par " SOS Médecins ".

Dans un reportage du magazine " 66 minutes " diffusé par « M6 » ce dimanche 13 mai, l’opératrice - qui dit ne plus sortir de chez elle - s’exprime pour la première fois et évoque le manque de moyens et la surcharge de travail.

" Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système "

Celle qui tient à conserver son anonymat s’estime " lynchée en place publique ".

" Si les gens connaissaient mon nom et mon visage, je ne serais plus de ce monde aujourd’hui ", estime-t-elle.

En effet, à la suite de nombreux appels injurieux et de messages de menace postés sur les réseaux sociaux, des agents du « Samu » du Bas-Rhin ont porté plainte la semaine dernière.

Dans ce reportage, l’opératrice pointe également du doigt le nombre d’heures de travail et le manque de moyens : " On est sous pression en permanence. On travaille en douze heures (...), c’est des conditions de travail qui sont pénibles ".

Et d’ajouter : " Je peux rester deux ou trois heures accrochée à mon téléphone, parce que je n’ai pas le temps de me lever tellement ça déborde de partout ".

Lorsqu’on lui demande si elle regrette certains des propos tenus au téléphone, et notamment la phrase " Oui, vous allez certainement mourir un jour, comme tout le monde ", elle hésite : " On va dire … attendez ... dans les conditions, elle était malvenue ".

Et de s’indigner, plus loin : " Ça suffit de porter toujours le chapeau pour le système ".

Deux enquêtes en cours

Son avocat Me Olivier Grimaldi s’était déjà exprimé au micro de « BFMTV » ce vendredi 11 mai, affirmant que sa cliente était " bouleversée " et expliquant que " quand vous avez 2 000 appels - et ça n’excuse rien je tiens à le préciser - et parfois 3 000 appels par jour et qu’on vous dit " j’ai mal au ventre " (...) c’est vrai que le premier réflexe, c’est de penser qu’il n’y a pas d’urgence absolue et qu’il faut aller voir son médecin traitant ".

L’opératrice a été « suspendue à titre temporaire » par le CHU de Strasbourg en attendant les conclusions de l’enquête interne, tandis que le parquet de Strasbourg, à la demande de la famille de Naomi, a ouvert une enquête préliminaire pour " non-assistance à personne en péril ".

Anna Breteau

Marianne