Zimbabwe, le dernier pouvoir occulte des Mondhoros

, par  DMigneau , popularité : 34%

Zimbabwe, le dernier pouvoir occulte des Mondhoros

Pour un non-initié, la résistance de Robert Mugabe au cours de ces dernières heures paraît surprenante. Elle l’est, assurément, mais pour une toute autre raison, en rien rationnelle. On ne défie impunément au Zimbabwe, terre de toutes les superstitions, le pouvoir des Mondhoros.

Les envoyés spéciaux et les experts du continent n’ont pas analysé une donnée clé dans la compréhension de la situation au Zimbabwe au cours de ces dernières heures.

Plus personne ne comprend comment Robert Mugabe peut encore se maintenir au pouvoir. Au cours de mes nombreux voyages au Zimb’, j’ai souvent séjourné dans le Nord du pays, au Mashonaland, sur les berges du Zambèze. J’ai passé des nuits épiques à parler avec les anciens et notamment avec un Nanga (un sorcier).

J’ai appris avec stupéfaction le rôle des Nangas et des " Spirits " dans la guerre de libération, quand les guérilleros se disaient " conduits " par les esprits de la brousse, de la forêt, du ciel et de la terre. Nombreux sont les récits des " Warvets ", les vétérans de guerres, qui content leurs victoires improbables grâce à la providence d’une main invisible.

Les guerriers du ZANU-PF pouvaient progresser la nuit en dormant, en suivant le sentier magique tracé par les esprits.

Robert Mugabe s’est toujours déclaré porter la voix du " Mondhoro " (esprit puissant) suprême, Ambuya Nehanda, accentuant plus encore la crainte révérencielle de ses ennemis pendant la guerre, puis de ses opposants politiques.

Mugabe, dans toutes ses décisions cruciales, y compris celle de sa réforme agraire calamiteuse, a toujours, en dernier argument, invoqué la volonté impérieuse des opposants politiques Nehanda. Sa longévité est notamment expliquée par sa proximité avec les " Spirits " et les médiums, sinon leur expression.

La brochette des généraux des ZDF (Zimbabwe Defense Forces) qui entoure Mugabe ce 19 au soir - malgré le rapport de forces politique en leur très grande faveur - n’est en rien rassurée.

Constantine Chiwenga, le chef d’état-major, le premier, comprend mieux que quiconque ce qui se déroule à cet instant précis. Outre la statue du Commandeur -
du " Commandante ", plus exactement - que symbolise Mugabe, se dresse encore devant eux la représentation vivante d’Ambuya Nehanda.

Et son pouvoir occulte redoutable.

En Afrique, on ne joue pas avec les forces de l’ombre, celles des profonds, celles des hyènes et des lions, qui chassent la nuit. Particulièrement au Zimbabwe, dernier prolongement du Rift, épine dorsale de granit cryptique et rituelle de toutes les légendes, surtout des plus cruelles.

Et sur ces terres propices aux mauvais sorts et aux malédictions, personne n’envisage de défier l’irrationnel. Que l’on vienne du monde shona, ndebele ou san. Abattre politiquement Mugabe, pour Chiwenga ou Mnangagwa est plus qu’une transgression.

C’est un exorcisme dangereux. Attention : tabous.

Vincent CROUZET

MediaPart