Zimbabwe : l’impensable pactole obtenu par Robert Mugabe pour quitter le pouvoir

, par  DMigneau , popularité : 39%

Zimbabwe : l’impensable pactole obtenu par Robert Mugabe pour quitter le pouvoir

Robert Mugabe, 93 ans, va toucher 10 millions de dollars en plus d’un salaire de 150 000 dollars mensuels. Il bénéficiera de l’immunité judiciaire jusqu’à sa mort. - KAY NIETFELD / DPA

Pour accepter de démissionner, l’ex-président du Zimbabwe a conclu un " deal " en or avec son parti, le Zanu-PF, révèle le " Guardian " ce 27 novembre. Il touchera 10 millions de dollars, dont 5 payés immédiatement en liquide, bénéficiera d’une immunité judiciaire, d’un confortable salaire mensuel, et de la bienveillance de l’État zimbabwen.

En anglais, l’une des 16 langues officielles au Zimbabwe, on appelle ça une " golden handshake ", une " poignée de main en or " : pour accepter de quitter sans heurts la présidence du pays qu’il a gouverné pendant 37 ans, Robert Mugabe a conclu un accord très juteux.

Le très sérieux " The Guardian " révèle ce lundi 27 novembre que l’ex plus vieux chef d’État au monde (93 ans) a négocié un arrangement financier avec les autorités zimbabwéennes, avant d’envoyer sa lettre de démission au Parlement le 21 novembre.

5 millions en liquide, immunité judiciaire et vie de château

D’après la source du " Guardian ", un cadre haut placé du parti au pouvoir, le Zanu-PF, la somme accordée à Mugabe ne serait " pas inférieure à 10 millions de dollars ".

Mieux : l’ex-président du Zimbabwe va immédiatement recevoir 5 millions de dollars en liquide, avant de percevoir le reste de la somme dans les mois à venir. Le salaire de Robert Mugabe, 150 000 dollars par mois, " sera aussi payé jusqu’à sa mort ".

Son épouse Grace, surnommée " Gucci Grace " au Zimbabwe pour son amour du luxe, touchera la moitié de ces émoluments mensuels après le décès de son mari.

L’accord inclut également des garanties juridiques pour l’ancien couple présidentiel. Robert Mugabe s’est ainsi vu promettre l’immunité : aucune action juridique ne sera engagée contre des crimes qui auraient pu avoir lieu pendant son règne de 37 ans, les intérêts commerciaux de la myriade d’entreprises détenues par les membres de sa famille ne seront pas attaqués.

" Aucune des fermes laitières de Robert Mugabe, ou celles de sa famille étendue, ne seront saisies ou molestées ", a confié au " Guardian " un des officiels impliqués dans les négociations. Le couple " Robert-Grace " demeurera dans son luxueux palais, le " Blue Roof ", situé sur les hauteurs de la capitale Harare.

L’État financera les frais médicaux, les domestiques, la sécurité et les voyages internationaux des Mugabe.

Le Zimbabwe est dans une situation économique extrêmement difficile, voire désespérée : le taux de chômage y avoisine les 80 %. La monnaie nationale ne vaut rien en raison d’une inflation record. La population est considérablement appauvrie. Les infrastructures sont catastrophiques : routes en mauvais état, éducation " basique ", services de santé " quasiment inexistants ".

L’espérance de vie est de 60 ans, l’une des plus faibles au monde.

L’opposition ignorante

" Nous ne sommes pas au courant du moindre accord conclu avec Mugabe, et s’il y a le moindre accord d’argent ou de quoique ce soit, c’est inconstitutionnel ", a déclaré Douglas Mwonzora, le secrétaire général du principal parti d’opposition du Zimbabwe.

La révélation de cet accommodement pourrait en tout cas expliquer le brusque revirement de Robert Mugabe : chassé du pouvoir le 15 novembre par un coup d’État militaire, il avait refusé d’annoncer sa démission quelques jours plus tard lors d’une conférence de presse… avant de finalement envoyer sa lettre de renoncement au Parlement zimbabwéen le 21 novembre.

Il est possible que l’arrangement financier colossal conclu avec le Zanu-PF ait pu adoucir les velléités de résistance de Robert Mugabe.

Le nouveau président du Zimbabwe est Emmerson Mnangagwa, 75 ans, proche historique de Robert Mugabe. Dans son discours inaugural, il a loué " l’immense contribution " de son prédécesseur et mis en garde les Zimbabwéens contre toute tentation de " châtiment revanchard ".

Hadrien Mathoux

Marianne