Zimbabwe. Face à la hausse des prix du carburant, une grève générale et au moins 3 morts

, par  DMigneau , popularité : 0%

Zimbabwe. Face à la hausse des prix du carburant, une grève générale et au moins 3 morts

Crédit photo : AP

Dans un pays où le taux de chômage frôle les 90 %, où 72 % des habitants vivent avec moins de 1,90 dollar par jour (1,60 euro), le doublement du prix du carburant dicté par le président Emmerson Mnangagwa a déclenché une énorme colère.

Une grève générale de 72h a débuté ce lundi face à la crainte d’une nouvelle envolée des prix. Selon l’opposition, au moins 3 manifestants auraient été tués par l’armée.

Il serait évidemment hasardeux de faire le parallèle jusqu’au bout avec la lutte des " Gilets Jaunes " en France, tant la situation pour la population du Zimbabwe est effroyable. Cependant, force est de constater qu’on retrouve certaines similitudes :

- hausse des prix du carburant,

- lutte de la population face au coût de la vie… et un gouvernement qui n’a comme seule réponse que la répression sauvage à coup de mutilations et de morts.

Au Zimbabwe, suite à une annonce ce samedi de son président, Emmerson Mnangagwa, le pays s’est embrasé.

La ZCTU, la principale centrale syndicale du pays, a dans la foulée appelé la population à trois jours consécutifs de grève, à partir de ce lundi.

Pour la « Confédération syndicale du Zimbabwe », la hausse du prix du carburant est une « folie ». Il faut dire que le gouvernement n’y est pas allé " de main morte ", augmentant le prix de l’essence de 1,38 à 3,31$ et celui du gasoil de 1,45 à 3,11$.

Au-delà de cette hausse faramineuse, la population craint que celle-ci ait " un effet domino " et entraîne de nouveau une hyper-inflation, c’est-à-dire une forte hausse du prix de tous les produits, alors que celui des denrées de base comme le riz, l’huile, le sucre ou le maïs s’est déjà " envolé " ces derniers mois.

Dans ce contexte, des manifestations ont eu lieu notamment dans les deux plus grandes villes du pays, Harare et Bulawayo.

« Selon nos informations, deux personnes ont été tuées à Chitungwiza (au sud de la capitale Harare) et une autre à Kadoma (centre) », a déclaré mardi à l’AFP le membre de l’opposition Jacob Mafume, porte-parole du « Mouvement pour un changement démocratique » (MDC).

A Harare, les manifestants ont érigé des barricades et des feux de pneus afin de bloquer l’accès au centre-ville.

Taux de chômage de 90 %, 72 % sous le " seuil de pauvreté ", mais la priorité ? « Moderniser » l’armée !

En 2017, l’ancien président Robert Mugabe avait été destitué suite à une sorte de coup d’Etat " civico-militaire " au sein du parti de la majorité.

Mnangagwa, jusque-là vice-président avait remplacé un Mugabe en poste depuis 1980.

En 2018, une élection dénoncée comme " frauduleuse " par l’opposition avait maintenu le président actuel au pouvoir. Six personnes avaient alors été tuées par la police.

Face à une situation sociale et économique catastrophique, Emmerson Mnangagwa est actuellement en Russie. Il ira ensuite en Suisse. Si ses forces de répression viennent de faire 3 nouvelles victimes, ce dernier a - semble-t-il - l’impression que le « bras armé » de l’État du Zimbabwe n’est pas encore efficace.

Avant d’aller en Suisse du côté de Davos pour le « Forum Économique Mondial », le président est en Russie, où, d’après " Sputnik ", il « compte sur l’assistance de Moscou pour moderniser son armée ».

Mnangagwa préfère donc investir des millions pour mater sa population, plutôt que d’essayer d’améliorer des conditions de (sur)vie déplorables…

Le pays où l’espérance de vie atteint péniblement les 60 ans, a un taux de chômage record qui frôle les 90 %. Cependant, sous la pression des acteurs économiques internationaux, le Zimbabwe a débuté l’année 2019 en fanfare avec le licenciement de 3 365 fonctionnaires.

D’après les chiffres de la « Banque Mondiale », en 2011, 72 % de la population vivait sous le « seuil de pauvreté », c’est-à-dire avec moins de 1,90 $ par jour. Aussi, 4,1 millions de personnes, soit le quart de la population, serait en « insécurité alimentaire ».

Le risque est grand aujourd’hui que cette multiplication par 2,5 des prix du carburant ouvre la voie à une phase d’hyper-inflation, plongeant un peu plus le pays dans la misère

Le blocage économique du pays, via la grève générale est le seul moyen pour contrer ces mesures criminelles du gouvernement.

Flo Balletti

revolutionpermanente.fr