Vous reprendrez bien un peu de safran !

, par  DMigneau , popularité : 0%

Vous reprendrez bien un peu de safran !

Le parti nationaliste hindou de Narendra Modi a remporté 80 % des sièges à l’assemblée d’Uttar Pradesh. Il est désormais assuré d’avoir bientôt une majorité relative au Sénat fédéral, à Delhi.

La vague " safran " continue de déferler sur l’Inde. Et si le parti du Congrès des Gandhi n’avait pas gagné au Pendjab, tout en devançant de quelques sièges le BJP de Narendra Modi dans le petit Etat de Goa, on pourrait parler de raz-de-marée.

Les résultats des élections régionales annoncés samedi 11 mars feront date. En revenant au pouvoir après quatorze ans d’absence en Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé de l’union indienne (204 millions d’habitants) - tout en remportant également l’Uttarakhand et en faisant une percée spectaculaire au Manipur - les nationalistes hindous et leur bannière orange affichent en effet une victoire à plus d’un titre.

Ils sont désormais ultra majoritaires à l’assemblée législative de Lucknow (325 sièges sur 403) où l’on prédisait pourtant une reconduction du clan Yadav, marié pour l’occasion au Congrès.

C’est un succès personnel immense pour le premier ministre indien, celui-ci s’étant beaucoup investi dans la campagne, sur un territoire où il a été élu député en 2014, dans la circonscription de Bénarès. Car au-delà de sa dimension locale, la victoire du BJP est nationale.

Elle s’ajoute à celles enregistrées ces dernières années au Gujarat, la patrie de Modi, en Andhra Pradesh, au Rajasthan, au Chhattisgarh, au Jharkhand, au Maharashtra, au Madhya Pradesh, en Haryana et au Jammu-et-Cachemire, sans parler de l’Assam et du Nagaland.

Mais surtout, le BJP est désormais assuré d’obtenir une majorité relative à la Rajya Sabha, la chambre haute du parlement fédéral, lorsque l’Uttar Pradesh y enverra bientôt ses représentants.

C’est l’avant-dernière carte qui manquait dans le jeu de Modi pour avoir toutes les commandes du pays en main, la dernière étant la présidence de la République, qui devrait pour la même raison échoir au BJP en juillet prochain, après expiration du mandat de Pranab Mukherjee.

Modi " domine " maintenant très clairement la scène politique indienne, a bien été obligé d’admettre l’ancien ministre des finances, Palaniappan Chidambaram.

Derrière la vague " safran " de ce 11 mars 2017, qui augure du meilleur pour la droite dans la perspective des élections générales de 2019, deux enseignements peuvent d’ores et déjà être tirés.

D’abord, les électeurs d’Uttar Pradesh ont renvoyé chez elles ces dynasties qui prétendent gouverner comme si un droit du sang leur était attaché : les Yadav, qui se seront donné tout au long de la campagne en spectacle, de manière ahurissante, comme les Gandhi, alors même que se trouvent dans cet Etat les fiefs de Rahul et de sa mère Sonia.

L’autre enseignement, c’est que le choc monétaire imposé au pays avec la démonétisation de 87 % de l’argent liquide en circulation, en novembre dernier, n’a pas été sanctionné dans les urnes.

Tout se passe comme si cette affaire était déjà digérée par la population, soit que celle-ci plébiscite la chasse à l’argent sale et à la corruption engagée par Modi, bien que le lien avec la démonétisation reste encore à établir. Soit qu’elle ait été rassurée par le chiffre très positif de la croissance économique (+ 7 % au dernier trimeste 2016), publié opportunément au beau milieu des cinq semaines de scrutin qui viennent d’avoir lieu.

Les thuriféraires de Modi vont se sentir pousser des ailes.

Guillaume DELACROIX

MediaPart