" Vous écrasez les gens ", " escroc ", " on n’en peut plus " : une semaine de colère française au visage de Macron

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Vous écrasez les gens ", " escroc ", " on n’en peut plus " : une semaine de colère française au visage de Macron

Emmanuel Macron a affronté la colère des Français toute la semaine. - Ludovic MARIN / AFP

Avec son " itinérance mémorielle " sur les routes de la Guerre de 14-18, Emmanuel Macron voulait recréer du lien avec une partie du pays. Il a surtout recueilli pendant quatre jours le ressentiment des habitants du Nord et de l’Est...

Le président l’envisageait comme une opération " reconquête ". Son " itinérance mémorielle " sur les traces de la guerre de 1914-1918 a finalement viré au " chemin de croix ".

Pendant cinq jours, Emmanuel Macron a pris la colère des Français en pleine figure.

A Verdun, Charleville-Mézières, Rozoy-sur-Serre, Maubeuge, dans la Meuse, les Ardennes, l’Aisne, le Pas-de-Calais ou le Nord, le président de la République a rencontré des habitants excédés. La hausse du carburant et des inquiétudes autour de leur pouvoir d’achat sont fréquemment revenues dans la bouche des passants venus à la rencontre du premier magistrat du pays.

Dans le même temps, ce mercredi, le chef de l’Etat a lancé une polémique regrettable sur le maréchal Pétain.

Retour sur la semaine cauchemardesque de l’Elysée, qui s’achèvera ce samedi par un hommage aux maréchaux... parmi lesquels ne figurera pas " l’homme de Vichy ".

- Lundi

La semaine commence bien pour le président. Dans toutes les matinales TV et radio, les journalistes ont repris l’expression un rien ampoulée d’ " itinérance mémorielle ", qu’utilise l’Elysée pour évoquer ces cinq jours de visites dans l’Est et le Nord de la France, sur les routes qui ont connu la Grande Guerre.

Auprès des journaux du groupe " Ebra ", Emmanuel Macron " assume parfaitement " la hausse des taxes sur le carburant… tout en imaginant " quelques aménagements ".

A Morhange, en Moselle, la commémoration de la bataille des 19-23 août 1914 se déroule sans accroc. Il faut dire que la population locale a été tenue loin de la rencontre avec les élus.

Le ministre Stéphane Travert annonce toutefois des " bains de foule " pour le reste de la semaine : " Il faut expliquer, nous devons nous mettre à portée d’engueulade. Si les gens sont inquiets, c’est qu’on s’est mal expliqués ".

Seule alerte, à Pont-à-Mousson, un étudiant de 20 ans déguisé en nonne tente d’approcher le président. Il voulait " se faire entendre du président ".

Les policiers l’arrêtent.

- Mardi

Retour sur le terrain pour le président.

Au détour d’une " déambulation " - comme on dit dans le jargon présidentiel - à Verdun (Meuse), Emmanuel Macron en profite pour argumenter sur la hausse de l’essence et du diesel.

" Le carburant, c’est pas bibi ", lance-t-il à un retraité, sous l’œil des caméras. Mission accomplie. Mais à jouer ce jeu de la mise en scène médiatique, le fondateur d’ " En Marche " prend aussi le risque de susciter des images plus gênantes.

" Vous écrasez les gens ", lui lance un homme en veste de cuir, ce qui n’échappe pas aux micros de " Quotidien ". Puis, un autre retraité véhément s’approche du chef de l’Etat : " Sentez le malaise qui monte de Paris, sentez-le, car vous allez le sentir le 17 novembre... "

Le président sourit " jaune ", gêné.

" Je le sens chaque jour, je n’ai pas attendu ", répond-il en pressant la main de son interlocuteur. Les chaînes d’infos diffusent en boucle la séquence, peu flatteuse pour le locataire de l’Elysée.

https://twitter.com/BFMTV/status/1059768030761308165

- Mercredi

La journée n’a pas très bien commencé.

Devant la préfecture des Ardennes, à Charleville-Mézières, où doit se dérouler un conseil des ministres décentralisé, Emmanuel Macron est alpagué par une assistante maternelle :

" J’ai 57 ans, je ne suis jamais descendue dans la rue. Mais (…) le 17, je vais descendre ".

Le président répond ensuite aux questions de quelques journalistes. L’une porte sur le maréchal Pétain, dont un dossier de presse sur l’ " itinérance mémorielle " précisait qu’il devait être honoré ce samedi, en compagnie des sept autres maréchaux français.

La ministre Florence Parly a réfuté l’initiative, mais le président confirme à demi-mot : " On connaît le rôle que Pétain a eu pendant la Première guerre mondiale en tant que maréchal. On connaît ensuite son rôle dans l’Histoire. La vie politique française et les historiens l’ont jugé. Mais je considère qu’il est tout à fait légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l’armée à la victoire ".

Tollé immédiat.

L’opposition mais aussi le « Crif » s’indignent. L’Elysée fait rapidement savoir que Philippe Pétain ne sera finalement " pas honoré ".

https://twitter.com/ElyseeInfos/status/1060131830249279488

Pendant ce temps, le chef de l’Etat continue d’essuyer la colère des Français qu’il croise.

" Vous faites du racket, vous êtes un escroc. Attendez le 17 novembre, vous allez voir ", lui glisse un passant à Charleville-Mézières.

Un autre s’adresse au président, la voix éraillée par l’émotion : " Rien ne sera de votre faute ! Mais n’empêche que pour nous, on est impactés tous les jours. Et on n’en peut plus ".

A l’Ehpad de Rozoy-sur-Serre, dans l’Aisne, Emmanuel Macron rencontre une aide-soignante qui fait 100 kilomètres par jour pour aller travailler. Aux journalistes qui l’interrogent devant la maison de retraite, il répond par le mépris : " Vous créez des polémiques tout seuls mes enfants, moi je suis pas dans votre bocal hein ".

https://twitter.com/GallinaroG/status/1060448614525399042

- Jeudi

Les interpellations courroucées des Français se poursuivent pour le Président dans le Nord.

A Maubeuge, une manifestation a été organisée à l’initiative de la CGT. A l’usine Renault, un syndicaliste invective Emmanuel Macron alors qu’il prononce un discours : " On réussit sans vous, Monsieur Macron (…) vous êtes en train de prendre aux salariés, vous êtes en train de prendre aux retraités ".

Interrogé par la presse, le chef de l’Etat ne se démonte pas : " C’est un vrai bonheur (…) Je suis très heureux de cette itinérance ".

Et de pointer une prétendue mauvaise foi des journalistes : " Vous voyez une chose et vous voulez cacher le reste (…) Si vous êtes honnête, vous avez suivi tout le déplacement, vous n’avez vu que des gens heureux d’accueillir le président ".

A défaut de " profil bas ", il reste toujours la méthode Coué.

https://twitter.com/Qofficiel/status/1060615292483723265

Magazine Marianne