"Vous devriez arrêter de baiser avec des hommes" : le " slut-shaming " entre au Parlement australien

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Vous devriez arrêter de baiser avec des hommes " : le " slut-shaming " entre au Parlement australien

La sénatrice écologiste Sarah Hanson-Young refuse d’être " intimidée ou harcelée par des insultes sexistes sur [sa] réputation professionnelle ". - RECEP SAKAR / ANADOLU AGENCY

Un sénateur australien a jugé bon d’évoquer les habitudes sexuelles d’une consœur en plein débat sur les outils d’auto-défense à disposition des femmes en cas d’agression. Loin de se confondre en excuses, l’homme politique de 66 ans multiplie depuis les interventions scandaleuses.

" C’est aux hommes d’arrêter de violer des femmes. " Cette phrase de la sénatrice écologiste Sarah Hanson-Young aurait pu clore un débat engagé le 28 juin au Sénat australien.

Opposée à un projet visant à équiper les femmes de tasers et de sprays au poivre, la sénatrice souhaitait rappeler que les victimes ne devraient pas avoir à s’armer pour se protéger d’un agresseur.

Mais pour David Leyonhjelm, sénateur " libéral-démocrate " porteur du projet de loi, la contradiction s’est avérée insupportable. " Vous devriez arrêter de baiser avec des hommes, Sarah " lui a crié le sénateur. " Choquée, je lui ai rétorqué qu’il était un pauvre type, raconte Hanson-Young. Il m’a répondu d’aller me faire foutre. "

Deux jours plus tard, le sénateur enfonce le clou à la télévision. Sur le plateau d’ " Outsiders ", émission de la chaîne nationale " Sky News ", l’homme politique est atteint d’une logorrhée sexiste : « Sarah est connue pour aimer les hommes. Les rumeurs à son sujet sont bien connues au Parlement, raconte-t-il. Donc j’ai juste dit : " Eh bien, dans ce cas arrête de baiser avec des hommes, Sarah. " Je veux dire, ça n’a aucun sens, si tu penses que ce sont tous des violeurs, pourquoi est-ce que tu les baiserais ? »

Sans contradiction de la part des deux journalistes présents sur le plateau, Leyonhjelm poursuit ses commentaires sur la vie privée de sa collègue : " Elle a le droit de baiser autant d’hommes qu’elle veut. Je m’en fiche, vous savez, mais elle s’est insurgée. Elle m’a traité de pauvre type, alors je lui ai dit de… [à l’attention des journalistes] est-ce que j’ai le droit de dire " foutre " à l’antenne ? "

Et l’un des journalistes de répondre : " On préférerait que vous évitiez, nous sommes dimanche matin, nous avons une audience religieuse. "

Rapidement, la séquence provoque un tollé. Le journaliste Paul Barry de l’émission " Media Watch " dénonce l’attitude des journalistes qui tolèrent des commentaires sexistes mais pas un juron.

Un silence que beaucoup jugent inacceptable, qui plus est lorsque la bannière affichée en bas de l’écran retranscrit pendant plusieurs minutes les commentaires misogynes de Leyonhjelm.

Face à l’ampleur de la polémique sur " Twitter ", " Sky News " rétro-pédale. Dans la journée, la chaîne de télévision présente des excuses publiques à la sénatrice et annonce la suspension de la productrice en charge du programme.

" Sky News souhaite s’excuser auprès de la sénatrice Sarah Hanson-Young pour la diffusion de propos consternants du sénateur David Leyonhjelm plus tôt aujourd’hui, et pour les avoir soulignés dans une bannière à l’écran. Une productrice a été suspendue dans l’attente d’une investigation interne. "

Et si une productrice inconnue du grand public a été suspendue, Rowan Dean et Ross Cameron, les deux journalistes de l’émission, eux n’ont pas fait l’objet de sanctions.

Les deux hommes ont toutefois présenté leurs excuses le lendemain.

https://twitter.com/SkyNewsAust/status/1013727258316402688

Le scandale s’est propagé et a poussé le chef du gouvernement australien à s’exprimer publiquement. Au micro de " 9News " le 2 juillet, le Premier Ministre Malcolm Turnbull a condamné les propos de Leyonhjelm : " C’était clairement offensif, il aurait dû retirer ses propos et s’en excuser. Il n’est pas trop tard pour le faire maintenant. " a-t-il déclaré.

L’ancien Premier Ministre Tony Abbott a qualifié - quant à lui - le sénateur de" suffisant et moralisateur ".

Pour Leyonhjelm, hors de question de faire machine arrière.

Malgré ces multiples appels à s’excuser et l’engagement de poursuites judiciaires à son encontre, l’homme politique de 66 ans affirme toujours n’avoir aucune " intention de retirer ses propos ".

Au contraire, donnant à son discours des accents victimaires, Leyonjhelm martèle ses dires au nom d’une lutte contre la " misandrie " (discrimination envers les hommes, ndlr). : " Le Premier Ministre a oublié que la discrimination envers les hommes est tout aussi terrible que la discrimination envers les femmes. "

Pour lui, s’offusquer de ses propos ne serait rien d’autre qu’une réaction de " pussy " (" chatte " en anglais. Peut se traduire par " poule mouillée " ou " femmelette ") : " Il faut que le Premier Ministre arrête d’être une femmelette ! " a-t-il en effet déclaré au micro de " SBS News ".

Des provocations qui laissent de marbre la principale intéressée. Pour la sénatrice Sarah Hanson-Young, hors de question de lâcher prise. " Je ne serai pas intimidée ou harcelée par des insultes sexistes sur ma réputation professionnelle ", assure-t-elle.

Valentine Watrin

Marianne