Valeur du point de retraite : comment calculer votre future pension ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Valeur du point de retraite : comment calculer votre future pension ?

" Le point, sa valeur est sécurisée ", se félicite Laurent Pietraszewski. - Thomas Padilla/MAXPPP

Vous n’avez rien compris à la manière dont sera calculée votre pension dans le futur système " universel " ?

A comment la valeur du point de retraite sera fixée ?

A ce que l’âge pivot changera ?

On vous explique tout.

" Valeur de service et valeur d’achat ", " indexation sur le revenu moyen d’activité par tête ", " indicateur composite " : les explications du secrétaire d’État aux retraites, Laurent Pietraszewski, sur ce qui atterrira dans votre portefeuille une fois vos points de retraite liquidés vous donnent l’impression d’être piégé dans la psyché d’un comptable sadique ?

Rassurez-vous, c’est normal, tant cette disposition, au cœur du futur système universel, est technique.

Reprenons donc calmement, à partir de ce qu’a exposé le " Monsieur retraite " du gouvernement sur BFMTV ce mercredi 19 février, pour tenter de bien comprendre ce qui se prépare.

Rappelons, tout d’abord, que dans le régime proposé par le gouvernement, les cotisations d’un actif - qui paient à un certain taux les pensions des retraités " en direct " – donnent des points accumulés tout au long de la carrière.

Au moment de " prendre sa retraite ", la pension de ce même actif n’est plus calculée, comme c’est le cas actuellement, en fonction d’un salaire moyen sur une période de sa carrière – les 25 meilleurs années, par exemple -, mais en fonction du nombre total de points accumulés tout au long de sa vie professionnelle.

Un point, ça vaut quoi en euro ?

Mais concrètement, quelle est la valeur d’un point de retraite ?

En fait, il faudrait parler de valeur " s " des points.

En effet, il faut d’abord déterminer le montant de cotisation nécessaire pour acquérir un point, soit sa « valeur d’achat ». Le rapport Delevoye propose que cette dernière soit de 10 euros de cotisation.

Il faut ensuite fixer combien un point vaudra au moment de sa liquidation, lors du départ à la retraite : c’est ce qu’on appelle la « valeur de service » du point, ou son rendement.

L’hypothèse retenue par le gouvernement est pour l’heure de 5,5 % selon Laurent Pietraszewski. Ce qui donne 0,55 euro de pension par tranche de 10 euros cotisés chaque année.

C’est cette valeur de service qui est affectée par les différents " bonus " et " malus " prévus par le gouvernement. Elle prend en compte, entre autres, les périodes de chômage, les arrêts maladie et les congés maternité, la pénibilité ou encore le nombre d’enfants.

C’est également sur elle que joue le système de décote et de surcote du fameux " âge pivot ", ajoutant - ou retirant - 5 % par année d’écart avec ce dernier.

Autrement dit, le point d’un actif partant à la retraite deux ans avant " l’âge pivot " ne vaudra que 90 % de sa « valeur de service ».

Précision qu’en l’état actuel des plans du gouvernement, il n’est pas garanti qu’un euro de cotisation donne les mêmes droits d’une génération à une autre, puisque la gouvernance du « système de retraite » – assurée en association par les " partenaires sociaux ", le Parlement et l’État – pourra reculer « l’âge pivot » pour maintenir l’équilibre financier du système.

" L’équilibre se fait autour de l’âge ", rappelait Laurent Pietraszewski mardi sur " Public Sénat ". Mais cela revient, en fait, en appliquant la décote de 5 % par année d’écart, à infliger à un actif concerné par un éventuel recul de « l’âge pivot » un malus sur ce que rapportera son point de retraite, par rapport à un autre actif appartenant à une génération que ledit recul ne concernerait pas.

https://www.dailymotion.com/video/x7rxgzm

Mais poursuivons : une fois tous ces « bonus » et « malus » appliqués à la valeur de service du point de retraite, on obtient ce que l’économiste Michaël Zemmour appelle un " coefficient de conversion ".

On peut résumer le calcul d’une pension par cette formule :

" nombre de points " X " coefficient de conversion "

Exemple : monsieur Lambda a cotisé l’équivalent de 500 000 euros dans sa carrière. Il a donc accumulé 50 000 points. Il veut partir à la retraite à 63 ans, deux ans avant « l’âge pivot » à 65 ans.

La « valeur de service » de ses points de retraite ne sera donc pas de 0,55 euro, mais de 0,495 euro (0,55 - 10 %).

Soit 21 750 euros de pension par an, l’équivalent de 1 812 euros de retraite par mois.

Un "Indicateur composite" pour fixer la valeur du point

Reste une dernière " subtilité ", qui pourrait changer ce calcul du tout au tout : pour garantir que le « pouvoir d’achat » des retraités reste " suffisamment haut " au fil du temps, le gouvernement a souhaité que la valeur du point – à la fois d’achat (10 euros = 1 point) et de service (1 point = 0,55 euro de pension) - soit indexée sur le salaire moyen et plus sur l’inflation.

Sauf crise économique, ce dernier augmente en effet plus vite que la hausse des prix. C’était du moins ce qui avait été initialement annoncé.

Dans le projet de loi présenté par le gouvernement, la valeur du point n’est plus indexée sur le salaire moyen, mais sur le « revenu moyen d’activité par tête ».

Kezaco ?

Il s’agit, selon l’expression de Laurent Pietraszewski, d’un " indicateur composite ", censé refléter la situation de l’ensemble des actifs du pays, et non des seuls salariés.

" En France, il y a 70 % de salariés, 20 % de salariés dans les actifs et 10 % d’indépendants et de professions libérales. Eh bien il est relativement aisé de comprendre que le « revenu moyen d’activité par tête » sera composé à sept dixième du revenu moyen des salariés, de celui des fonctionnaires à hauteur de 20 % et de celui des " indépendants " à hauteur de 10 %", expliquait le secrétaire d’État sur " Public Sénat ".

Sauf que cet indicateur n’existe pas encore : " Nous allons le définir dans le cadre d’un décret, et l’Insee le fera vivre de façon indépendante ", assure Laurent Pietraszewski.

Comme l’expliquait " Marianne ", cette nouvelle « règle du jeu » est moins favorable aux futurs retraités, dans la mesure où, depuis 2012, les salaires ont augmenté d’environ 14 %, alors que les ressources des indépendants n’ont progressé que de 4 %.

Cerise sur le gâteau : ce nouvel indicateur n’entrera pleinement en vigueur que dans… 22 ans, en 2042 ! D’ici là, la hausse annuelle de la valeur du point sera comprise entre l’évolution annuelle des prix (l’inflation) et le « revenu moyen d’activité par tête ».

Ce qui n’empêche pas Laurent Pietraszewski de se féliciter sur BFMTV : " Le point, sa valeur est donc sécurisée. "

Le secrétaire d’État " oublie " pourtant qu’elle sera toujours inférieure à ce qu’elle aurait été en suivant l’indicateur déjà existant du « salaire moyen ».

Une fois le « revenu moyen d’activité par tête » pleinement en vigueur, il ne servira de référence pour revaloriser la valeur du point que par défaut ; la gouvernance du système pouvant en décider autrement. Mais cette dernière risque de se retrouver coincée entre les deux " règles d’or " voulues par le gouvernement : garantir l’équilibre financier du système sur cinq ans d’une part et ne pas baisser la valeur du point d’autre part.

Dans ce cas, la seule issue possible de ce dilemme semble être de repousser toujours plus loin « l’âge pivot ».

Louis Nadau

Marianne