" Union de la gauche " : ces " socialistes " tentés par la dissidence... ou les vacances

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Union de la gauche " : ces " socialistes " tentés par la dissidence... ou les vacances

L’accord entre LFI et le PS a été officiellement acté par le " Conseil national socialiste ". Mais, du fait de leurs divergences idéologiques et de leurs rivalités passées, certains militants refusent de faire campagne pour les « Insoumis ».

" Maintenant, nous allons mener campagne ensemble ". »

Olivier Faure devrait tourner sept fois sa langue avant de s’enthousiasmer. Car les fédérations " socialistes " sont loin d’être aussi catégoriques, malgré l’accord avec LFI voté en " Conseil national " dans la nuit du 5 au 6 mai.

Et pour cause : sur les 96 départements français, 47 n’auront aucun candidat issu des rangs du parti " à la rose ". " Après l’inscription des listes officielles en préfecture, moi je suis en vacances​​​​​ », rit (jaune) un militant " PS " de l’Aube, interrogé par " Marianne ".

Dans ce département du Grand Est, aucune des trois circonscriptions n’aura de prétendant " socialiste ". Un non-sens pour le militant, qui craint que cela ne favorise l’élection d’un député " Rassemblement national " : « Dans notre département, Marine Le Pen est arrivée en tête avec 33 % des voix au premier tour. Éric Zemmour a fait 7 %. Dans la circonscription la plus gagnable, la 3e, on prévoit un duel LFI-RN. Si c’est le cas, ça m’étonnerait que LR ou LREM vote " Insoumis ". »

L’union, " c’est du cinéma ! "

D’autant plus que les liens entre les deux partis n’ont pas toujours été au beau fixe : «  LFI dans l’Aube ne va pas croire que je vais tracter et coller des affiches pour eux ! Ça fait quatre ou cinq mois que nous essayons de faire un rassemblement de la gauche ici. Aux départementales, on a présenté une liste commune, " Oxygène ", avec les autres formations. Il n’y a que les " Insoumis " qui ont refusé d’en faire partie  », se souvient le " socialiste ".

Conséquence des tensions : un candidat " PS " dissident pourrait bien se présenter dans la 3e circonscription du département face au prétendant " Nupes ".

Les " socialistes " de l’Aude ne sont pas les seuls de la région à rechigner au " rassemblement ".

Dans le Grand Est, les positions de « La France Insoumise », notamment sur « l’Europe », mais aussi l’absence de prise en compte du maillage territorial dans les négociations, ont créé un blocage dans nombre de fédérations.

Michaël Weber, maire de Woelfling, conseiller régional et premier secrétaire de la fédération de Moselle, déclare ainsi à " Marianne " que s’il n’est " pas opposé à l’union ", celle-ci " doit être déclinée territorialement, soit en fonction de la personnalité du candidat, soit en fonction de l’implantation du parti dont il est issu ".

« Or, la 7e circonscription a été donnée aux " Verts ", la 4e au PCF alors que c’est celle où la gauche est la plus faible à l’échelle de toute la Moselle, poursuit le " socialiste ". Même la candidate " Insoumise " historique a un meilleur ancrage local, elle pourrait plus facilement créer le rassemblement autour de sa candidature. »

Chose rare, selon Weber, LFI n’ayant " pas de militants, ni de présence sur le territoire de Moselle " : " Ils comptent sur les militants des autres pour faire campagne. Sauf que cela ne suscite absolument pas l’adhésion. J’attends de voir pour qui nos militants seront prêts à faire campagne. "

Un découpage jugé absurde par l’élu, au point qu’il se dit prêt à soutenir les dissidents " socialistes " de sa fédération – au nombre de " quatre ou cinq " –, derrière un projet " pro-européen ", dénonçant " un rassemblement qui n’en est pas un " : " LFI veut donner l’impression de faire de la place aux partenaires. Alors que non, c’est du cinéma ! Je ne me soumettrai pas à la gauche radicale. Je suis officiellement en désaccord avec ce que propose le parti. Je suis pour une gauche réformiste, dans la réalité territoriale et la réalité du gouvernement. Je suis un socialiste insoumis. "

Dissidence

Dans l’Hérault, les militants des " jeunesses socialistes " n’iront pas non plus soutenir leurs " alliés " Insoumis. Alors que la région est tenue par Carole Delga et la mairie de Montpellier par Michaël Delafosse, deux élus " PS ", aucun " socialiste " ne sera investi dans les cinq circonscriptions que compte le département.

Samuel Avenin, animateur fédéral des " JS " du département, est effaré : " En Occitanie, le PS est très implanté ! ", s’indigne-t-il auprès de " Marianne ".

Avant de décrire l’opposition systématique des « Insoumis » vis-à-vis des élus " socialistes " : " LFI a voté contre la gratuité des transports au Conseil régional, contre la charte de la laïcité imposée aux associations par la mairie de Montpellier, ils critiquent aujourd’hui la dérive droitière de Delga alors que ce sont eux qui se sont alliés avec Mohed Altrad, un milliardaire de droite, aux municipales. La condition de mon engagement a toujours été de pouvoir me regarder dans le miroir. Aujourd’hui, au niveau de l’Hérault, c’est impossible. "

Le jeune homme a choisi de soutenir la candidate dissidente dans la 2e circonscription du département : « Nous n’irons pas tracter ou coller pour le candidat " Nupes " mais pour Fatima Bellaredj. Notre secrétaire de fédération, Julien Pradel, ne soutiendra pas l’accord non plus. Car, si une alliance est souhaitable à gauche, les conditions de celle-ci sont regrettables. »

Même refrain dans le Bas-Rhin, où les " socialistes " n’ont rien obtenu non plus.

" Je n’ai pas de moyens coercitifs pour obliger mes militants à tracter pour l’un ou l’autre candidat, mais j’ai quelques doutes sur leur engagement pour être franc ", explique à " Marianne " le premier secrétaire de fédération Thierry Sother.

Certains d’entre eux doutant sincèrement d’une victoire de la " Nupes ". « Je ne crois pas un seul moment à un Mélenchon " Premier ministre ", c’est une supercherie  », souffle un des militants contactés par " Marianne ".

Raison de plus pour ne pas mobiliser les troupes.

Risque accru de défaite

La Dordogne, terre historiquement de gauche – le conseil départemental compte 34 " socialistes " sur 50 élus –, fait aussi partie des 47 départements sans candidats " PS ".

Résultat des courses : des dissidents du parti " à la rose " dans les quatre circonscriptions du territoire. Émeric Lavitola est dépité : " Pour nous, l’union prend une forme d’humiliation ". »

Au point que la fédération pourrait se déclarer officiellement dissidente : " La question n’est pas encore tranchée , détaille celui qui est aussi adjoint au maire de Périgueux. Mais notre positionnement n’aura pas une grande incidence. De toute façon, il y aura des candidats dissidents. Je ne peux pas les empêcher d’y aller. "

Mais, malgré la multiplication des oppositions en région, Stéphane Rozès, président de " Conseils, analyses et perspective " et enseignant à " SciencesPo ", nuance l’impact du phénomène. " Il y a des militants qui pensent qu’ils ont une importance décisive. Mais les gens ne se font pas tant une opinion par les tracts qu’ils reçoivent ou les affiches collées ", explique-t-il à " Marianne ".

En revanche, l’enseignant pointe l’importance des " questions de fond sur les désaccords qui ont été relativisées ou mises de côté " lors des tractations entre le " PS " et LFI.

« Toutes les questions essentielles, pour des raisons d’opportunités électorales et financières, ont été mises absolument de côté par les dirigeants PC, PS, EELV et Jean-Luc Mélenchon pour parvenir à la répartition des circonscriptions et la mise en avant d’une étiquette commune " Nupes " », poursuit l’universitaire.

Et pour cause : « Ceux qui ont un ancrage territorial fort sont les " socialistes ", les communistes et plus récemment les " écologistes " », souligne Stéphane Rozès. D’où l’importance, pour les uns et les autres, de s’accorder sur " l’inaccordable ". Or, " parmi les opposants à Macron, les ancrages locaux pèseront sans doute de façon plus importante que les étiquettes. "

C’est pourquoi une attention particulière doit être accordée, selon lui, aux prises de paroles et éventuelles dissidences : « Quand un grand maire comme Delafosse, ou une présidente de région comme Carole Delga refuse l’accord " Nupes ", ce n’est pas forcément suffisant pour l’emporter, mais ce sera sans doute suffisant pour que le candidat estampillé " Nupes " ne l’emporte pas », conclut-il.

Lou FRITEL

Marianne.fr