Une répression (presque) ignorée en Éthiopie

, par  DMigneau , popularité : 34%

Une répression (presque) ignorée en Éthiopie

Depuis Novembre 2015, des manifestions en région Oromo (Centre et Ouest du pays) et Amhara (Nord du pays) se déroulent en Ethiopie. A l’origine de ces manifestions, une dénonciation de la domination de la minorité au pouvoir, les Tigréens. A ce jour, environ 700 personnes ont été tuées par le gouvernement de Haile Mariam Desalegn.

Sans le geste héroïque du marathonien Feyisa Lilesa aux Jeux Olympiques de Rio, la sanglante répression des manifestants dans laquelle s’est engagée le gouvernement éthiopien serait passée inaperçue au sein de la communauté internationale. A l’origine de la colère du peuple Oromo, un accaparement de leurs terres par l’état qui ensuite les revend à des multinationales, mais aussi l’explosion démographique de la capitale Addis Abeba ce qui, par conséquent, amène la ville à grossir et donc spolier les terres Oromos entourant la capitale ( en 10 ans, plus de 150 000 agriculteurs Oromo ont été chassés de leurs terres par l’état).

Feyisa Lilesa

Les habitants des régions de Gondar et Bahar Dar, dans le nord de l’Éthiopie, ont quant à eux rejoint le mouvement de lutte suite à une demande de la communauté de Welkait-Tegede de voir leur région administrée par les Amhara et non plus par les Tigréens.

En effet, il y a 25 ans, lorsque le parti actuellement en place est arrivé au pouvoir ( Le Front Démocratique Révolutionnaire ), une loi fédérale sur le découpement des régions se basant sur le langage s’est vue appliquée. Les Welkait-Tegede, malgré leur évidente appartenance à la tribu Amhara, se sont alors vus rejoindre l’administration Tigréenne malgré leur vive désapprobation.

Le mouvement de protestation s’est alors amplifié début Août en Ethiopie. Addis Abeba qui était alors épargnée par les événements est devenue le théâtre d’une sanglante répression policière le samedi 6 août suite à un rassemblement d’environ 500 manifestants Oromos sur la place Meskel Square.

Il y aura officiellement 6 morts ce jour-là dans la capitale éthiopienne. Suite à cet événement, le gouvernement prend la décision de couper internet pendant près d’une semaine.

Le vendredi 12 août, internet est de nouveau disponible dans le pays et des appels à manifester sont alors lancés. Suite à ces mobilisations sur les réseaux sociaux, des compagnies de bus annulent toutes les correspondances en direction d’Addis Abeba, l’armée est dépêchée dans les rues des différents villes. Les bus et autres véhicules seront fouillés plusieurs fois sur un même trajet, ainsi que différents contrôles d’identités et de fouilles corporelles opérées toujours par l’armée éthiopienne.

A Shashamane, ville située au Sud d’Addis Abeba, la situation est tendue le week-end du 12 août. Ici, les intimidations du gouvernement ne font plus peur et chacun est déterminé à faire valoir ses droits et à affirmer son opposition aux pratiques gouvernementales. Des français, habitant en Éthiopie depuis 12 ans, nous font part de leur étonnement. Selon eux, l’Éthiopie était un modèle de stabilité en Afrique, mais les récents événements leurs ont démontrés le contraire. En effet, les répressions de l’armée qui ont touchées Shashamane la semaine du 5 août les ont obligés à se confiner 3 jours durant, vivant alors au son des échanges de tirs de kalachnikovs entre manifestants et représentant de l’état.

Manifestations à Bahar Dar

Cependant, malgré ces fortes répressions, les médias internationaux ne relaient toujours pas les crimes commis sur place. Peu d’informations sont disponibles dans les médias en ligne. Il y a aussi une négation du drame de la part des journalistes de la chaine nationale " ETV Ethiopia " quant à la situation alarmante du pays. Ces derniers font le choix de diffuser des reportages sur des mariages insolites en Chine plutôt que de relayer les récentes actualités, cette même chaîne TV détenue bien évidemment par le gouvernement.

Il faudra alors attendre que le marathonien Feyisa Lilesa passe la ligne d’arrivée aux Jeux Olympiques de Rio pour que les médias traitent enfin de la situation éthiopienne.

Pour, ensuite, retomber dans le plus grands des silences.

Des activistes éthiopiens essaient cependant d’alarmer le monde quant à leur situation et aux crimes perpétrés par l’armée depuis le début du conflit. Un des activistes me fait part de ses inquiétudes sur la situation qui selon lui est en train de s’aggraver en région Amhara depuis quelques semaines.

Il y aurait depuis le début du mois d’Août plus de 200 victimes à déplorer. Plusieurs journées d’opérations « Ville morte » ont eu lieu dans le Nord du pays. Gondar et Bahar Dar ont connus 3 jours consécutifs de ce qui est appelé « Stay at home protest » dans le but de dénoncer les répressions sanglantes dont les éthiopiens sont victimes. Cependant, les affrontements ont depuis repris et pour la seule journée du 30 août, la région de Gondar comptabilise 15 morts.

La région de Bahar Dar est, elle aussi, tout ensanglantée avec 4 morts pour la même journée du 30 août, ainsi que plusieurs blessés. Toutes les routes menant à Bahar Dar sont fermées à la circulation. La plupart des officiels ont fui la région, préférant se réfugier à Addis Abeba.

Les agriculteurs,eux, ne cessent de se révolter, comme le montre les récents incendies des fermes horticoles, un des sujets épineux de la révolte, l’Éthiopie se plaçant juste derrière le Kenya en Afrique et au 4ème rang mondial pour la production de roses, répondant ainsi à la demande croissante du marché européen pendant la Saint-Valentin entre autre.

Ces fermes horticoles, se trouvant dans la région des lacs de la vallée du rift, sont soumises à de nombreuses controverses : assèchement des lacs, déversement massif de pesticides, conditions de travail des salariés extrêmement précaires, mais aussi accaparement des terres par les multinationales....

Manifestations à Gondar

Le 31 août, de nombreux véhicules de l’armée éthiopienne ont été aperçus dans Addis Abeba, prenant la direction des régions Amhara ce qui laisse supposer d’autres soulèvements et annonce de nouvelles répressions gouvernementales.

Agnès DRUEL

MediaPart