Une Légion d’honneur, non merci !

, par  DMigneau , popularité : 0%

Une Légion d’honneur, non merci !

Louis Joinet, président de l’AMAAD, " l’Association des Magistrats Allergiques aux Décorations " et Matthieu Bonduelle, Vice-président de l’association écrivent une lettre ouverte au Président de la République pour lui proposer « de saisir l’occasion de cette limitation (de récipiendaires de la Légion d’honneur) pour ne désigner dans la prochaine promotion, comme d’ailleurs dans les suivantes, aucun magistrat au titre de son activité professionnelle. »

Monsieur le Président de la République,

La presse s’est récemment fait l’écho de votre volonté de réduire substantiellement le nombre de récipiendaires de la Légion d’honneur, dans le cadre de ce que " Le Figaro " a présenté comme une « opération de toilettage des emblèmes du pouvoir ».

Des modalités d’attribution restrictives ont ainsi été adoptées en Conseil des ministres le 2 novembre dernier, dont il résulte que la traditionnelle promotion du Nouvel An devrait être fortement réduite le 1er janvier prochain. En particulier, les membres du Gouvernement ne pourront pas vous proposer plus de 600 personnes à décorer.

Cette liste sera ensuite nettement affinée par le Conseil de l’ordre de la Légion d’honneur, après quoi il vous reviendra de choisir les plus rares personnes décorées, en votre qualité de grand maître de l’ordre.

Au nom de l’Association des magistrats allergiques aux décorations (AMAAD), dont les statuts ont été déclarés en préfecture le 22 novembre 2016, nous vous proposons de saisir l’occasion de cette limitation pour ne désigner dans la prochaine promotion, comme d’ailleurs dans les suivantes, aucun magistrat au titre de son activité professionnelle.

La raison en est simple et tient en un mot qui, pour nous, veut dire beaucoup : indépendance.

Il nous semble, en effet, que la remise de décorations aux magistrats par les détenteurs du pouvoir exécutif est fondamentalement incompatible avec la totale indépendance dont les premiers doivent non seulement faire preuve, mais encore donner l’assurance et, ainsi, avec le principe de la séparation des pouvoirs.

Certains - pas nécessairement des magistrats, d’ailleurs - vous diront peut-être qu’une telle pratique serait vexatoire. Nous y verrions, au contraire, un hommage.

D’autres, conservateurs par principe autant que par intérêt, vous soutiendront paradoxalement qu’il y a tout de même des choses " plus importantes ". Il y a certes énormément à faire pour la justice en France, mais les magistrats n’ont nul besoin de médailles.

L’absence de tout magistrat au titre de ses fonctions dans la promotion du 1er janvier 2018 serait un signal fort ouvrant la voie à l’adoption d’une loi inspirée de la proposition présentée le 25 mai 2007 par Monsieur le député René Dosière visant à ce que « pendant et au titre de l’exercice de leurs fonctions, les magistrats ne [puissent] recevoir aucune décoration publique au titre du livre 1er du code de la légion d’honneur et de la médaille militaire et du décret n° 63-1196 du 3 décembre 1963 portant création d’un ordre national du mérite » – comme c’est, du reste, le cas des parlementaires.

Le porte-parole du Gouvernement a indiqué que, pour la période 2018-2020, le nombre de décorés civils baisserait de 50 %. Il y aura donc des déçus. Mais vous pouvez aussi faire des heureux !

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression sincère de nos salutations allergiques.

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