Un " regret " mais pas forcément de démission : les réponses ambiguës de Sylvie Goulard aux eurodéputés

, par  DMigneau , popularité : 0%

Un " regret " mais pas forcément de démission : les réponses ambiguës de Sylvie Goulard aux eurodéputés

Sylvie Goulard est sur la sellette à Bruxelles. - DAMIEN MEYER / AFP

Dans sa réponse aux questions des « eurodéputés », ce mardi 8 octobre, Sylvie Goulard, candidate français au poste de " commissaire européenne ", multiplie les réponses évasives. Ainsi, elle ne démissionnera pas forcément en cas de mise en examen. Un vote doit avoir lieu pour décider si l’ex-ministre est convoquée pour une dernière audition couperet.

Elle ne démissionnera pas… forcément.

Pressée par les députés européens de dire si " oui ou non " elle quitterait son poste en cas de « mise en examen », Sylvie Goulard, candidate française " au job " de commissaire européenne, a répondu ce mardi 8 octobre dans un courrier de 58 pages auquel " Marianne " a eu accès : ni oui, ni non.

" Si je suis confrontée à des décisions judiciaires, telles qu’une mise en examen, je me demanderai si je peux continuer à exercer efficacement mon mandat ", a préféré avancer l’ex-ministre d’Emmanuel Macron, un temps inquiétée dans l’affaire des collaborateurs du " MoDem ".

Et d’expliquer qu’elle s’en remettrait dans ce cas à l’autorité d’Ursula van der Leyen, présidente de la nouvelle « Commission » : " Je consulterai ensuite, conformément au code de conduite de la Commission, la présidente sur les mesures à prendre ".

Goulard renvoie la balle

Explication ambiguë… comme l’ensemble des réponses de l’énarque sur les dossiers éthiques. Elle a ainsi tenté d’osciller subtilement entre le léger mea culpa et le refus de reconnaître une ou plusieurs erreurs, au risque de désarçonner les « eurodéputés ».

Les élus européens doivent décider ce mercredi matin s’ils convoquent la Française pour une seconde audition " couperet ", qui pourrait avoir lieu dès ce jeudi.

Concernant son contrat de consultante à 300 000 euros sur trois ans pour « l’Institut Berggruen », un " think tank " américain, Sylvie Goulard esquisse dans sa missive, comme elle l’avait déjà fait le mercredi 2 octobre, un semblant de " regret ".

" Sur le plan éthique, je regrette que cette activité jette un doute sur mon intégrité ou sur ma capacité à agir de manière indépendante pour les intérêts européens, alors que ces valeurs sont primordiales pour moi. Je ne l’ai mesuré que rétrospectivement ", écrit-elle en anglais.

Ce faisant, la " haut-fonctionnaire " se paie le luxe de suggérer à cet égard… une réforme des règles européennes : " Je crois qu’au-delà de mon cas personnel, une réflexion en profondeur visant à réconcilier les attentes éthiques des citoyens européens et les règles de conduite précises applicables aux députés européens serait utile ".

Interrogée sur la participation, révélée par " Marianne ", de son assistante parlementaire à la campagne de presse liée un rapport de « l’Institut Berggruen », en mai 2014, Sylvie Goulard évite là aussi de répondre tout à fait clairement.

Elle confirme l’association de sa collaboratrice au rapport, en réfutant néanmoins tout problème : « Le nom de l’un de mes assistants accrédités figurait, en tant que " point de contact " du Conseil pour l’avenir de l’Europe, dans un document de mai 2014 rédigé par " l’Institut Berggruen ", comme cela aurait pu être le cas dans des documents de nombreuses associations promouvant l’Europe avec lesquelles j’étais en contact. Mes assistants géraient mon agenda, comme tous les assistants. »

L’aspirante commissaire européenne ajoute : " Le numéro de téléphone était le mien ". Information exacte, mais il faudrait préciser qu’il s’agissait de son numéro au « Parlement européen », comme " Marianne " a pu le vérifier.

Sa collaboratrice avait d’ailleurs mentionné son adresse " e mail " officielle au « Parlement européen » (voir ci-dessous). Signe d’un " mélange des genres " entre ses deux activités pas totalement évité par Sylvie Goulard.

Concernant la teneur de son travail de " consultante " pour « l’Institut Berggruen », rémunéré entre 10 000 euros et 13 000 euros par mois, Sylvie Goulard livre quelques précisions qui ne dissipent pas toutes les interrogations.

L’énarque révèle que son contrat mentionnait qu’elle devrait œuvrer " en collaboration avec Mario Monti , (ex-Premier ministre italien, ndlr), Nicolas Berggruen (le milliardaire, par ailleurs " financier ", fondateur de l’organisation, ndlr) ", ainsi que les cadres de l’Institut.

Ses missions étaient les suivantes : « Représenter le Conseil pour l’avenir de l’Europe et le " Berggruen Institut " sur la gouvernance lors de réunions avec les dirigeants, les partenaires et les médias, gérer la communication avec les membres du Conseil concernant les plans en cours d’élaboration, les réunions à venir et autres sujets (…), créer des documents de synthèse et assurer le suivi. »

Une sorte de poste de " super-coordinateur ", pour lequel l’ex-ministre ne détaille pas ce qu’elle a fait concrètement.

Tout juste sait-on que Sylvie Goulard a organisé trois événements, à Madrid, Cambridge et Bruxelles, en 2014.

L’année suivante, elle déclare avoir participé au lancement de la revue de l’Institut et avoir travaillé avec des universitaires " sur la discipline budgétaire et les investissements ".

Sa description de son activité pendant la deuxième partie de l’année 2015 est tout aussi vague : " À partir du deuxième semestre de 2015, nous avons travaillé avec Guy Verhofstadt (successeur de Mario Monti à la tête du Conseil, ndlr) sur la manière de motiver les membres du Conseil pour l’avenir de l’Europe à adopter une stratégie de sensibilisation en lien avec le référendum sur le Brexit ".

10 000 euros mensuels pour " motiver " des dirigeants

Motiver des dirigeants européens à adopter une stratégie sur le " Brexit " pour 10 000 euros par mois, voilà qui semble bien payé. Mais Sylvie Goulard évacue cet aspect du débat en se référant à de supposés standards internationaux : « Mon activité de conseil auprès de " l’Institut Berggruen " sur la gouvernance a été rémunérée selon les normes internationales, en tenant compte de la composition du Conseil pour l’avenir de l’Europe et de ma formation, de mes expériences et compétences. »

La " haut-fonctionnaire " réfute, par ailleurs, avoir présenté Nicolas Berggruen à Emmanuel Macron.

En tenant compte de ces réponses sur ces sujets ainsi que de celles sur sa conception de son portefeuille du « marché intérieur » et de « l’industrie de défense européenne », les « eurodéputés » doivent décider ce mercredi matin s’ils convoquent Sylvie Goulard pour une seconde audition qui s’annoncerait très délicate.

Si elle échouait alors à réunir une " majorité simple " de voix en sa faveur, la candidate serait tout bonnement recalée.

La France devrait alors se trouver un nouveau commissaire européen.

Dans les couloirs du Parlement, il se murmure que le camp Macron ferait actuellement tout pour éviter une telle solution, quitte à accepter une partition du portefeuille de l’ex-ministre. " Tout reste encore à négocier car si elle est refusée, c’est un séisme ", nous souffle une eurodéputée " de gauche " initiée aux mécanismes bruxellois.

Étienne Girard

Marianne