Un front républicain face à la monarchie espagnole en dérive

, par  DMigneau , popularité : 22%

Un front républicain face à la monarchie espagnole en dérive

Le négationnisme et la répression du gouvernement, les interventions fâcheuses de ses membres et des membres du PP et maintenant le discours du roi provoquent une vive réaction de rejet en Catalogne, mais aussi dans toute l’Espagne démocratique, fracturant la société. Le " Front républicain " arrive comme une alternative face à l’autoritarisme d’une autre époque. Où allons-nous ?

Rappelez-vous 1931 et l’avènement de la 2e république espagnole. Nous n’en sommes pas si loin.

Hier soir, le discours du roi d’Espagne a continué de creuser la fracture.

Les interventions des nouveaux caciques du PP aussi, comme Rafa Hernando, Pablo Casado et Fernando Martinez-Maillo, qui renforcent cette image " à droite toute " du gouvernement central.

La machine infernale est en route et le bloc indépendantiste catalan continue à recruter des nouveaux adeptes écœurés par cette dérive malsaine et dramatique.

Il est bien reconnu dans le monde de la raison objective qu’il n’était pas nécessaire de taper sur la foule pour invalider le référendum et que les sentiments ne peuvent pas seulement être neutralisés par la raison.

L’affect demande un traitement à la mesure et l’application des lois se doit d’en prendre compte pour éviter la catastrophe.

On peut légitimement penser que toute personne ayant atteint un niveau minimum d’éducation, de culture et d’expérience est capable de prendre en compte ce subtil lien entre " raison " et " émotion ".

N’est-ce pas là le véritable point de départ de l’humanisme, des droits de l’Homme et des principes démocratiques de base ?

Il doit donc y avoir un dessein prémédité pour faire de ce spectacle un commerce peu avouable et officiellement nié. Une symétrie inverse devient évidente face à la démarche propagandiste des stratèges catalans visant à agréger à la fois le peuple et la terre entière derrière eux pour valider leur démarche.

Dès 2005-2006, l’actuel président du gouvernement espagnol déclencha une action contre les catalans via un pseudo-référendum visant à dénoncer le projet de nouveau statut pour l’autonomie catalan.

Ce fut dès lors un acharnement résumé ici par le duo Gran Wyoming-Dani Mateo, mettant aussi en perspective les manœuvres d’Artur Mas, puis de Carles Puigdemont, l’héritier de Jordi Pujol à la tête des nationalistes catalans qui petit à petit mirent en route le bloc indépendantiste.

Dans ce bloc catalan, le seul dénominateur commun réel entre des forces politiques profondément divergentes sur leur idéologie est le rejet total et définitif du gouvernement espagnol et du parti politique le dirigeant.

Une des raisons de la précipitation de la marche vers l’indépendantisme a-t-elle aussi à voir avec la fin du secret bancaire en Andorre à la date du 1er janvier 2018 ?

Toujours est-il que la désobéissance civile a été orchestrée par le gouvernement catalan à partir d’un énorme travail entamé par Jordi Pujol il y a 40 ans pour exacerber le sentiment nationaliste catalan et tout miser sur la force émotionnelle d’un peuple en colère.

Cette stratégie a réussi au-delà de ses espérances et déclenche une onde de choc qui précipite non seulement la Catalogne, mais aussi le reste de l’Espagne dans la fracture sociale la plus grave rencontrée par la monarchie espagnole depuis son rétablissement.

Nous sommes maintenant face à l’évidence : le gouvernement espagnol reste ancré dans sa réponse la plus réactionnaire et n’agit que pour contenter son électorat le plus conservateur en réveillant des bas instincts.

La quadrature du cercle telle que n’osait même pas l’imaginer la majorité des catalans en colère, telle que n’osait pas non plus l’imaginer la jeunesse espagnole déjà avertie pourtant depuis longtemps par " Izquierda Unida ", " les Indignés " et leurs successeurs de, notamment, Podemos, Compromis, " En Marea " et " Barcelona en Comu ".

En réaction au discours du Roi, doit être considéré avec la plus grande attention l’appel au rejet de la monarchie et à la constitution d’une nouvelle république.

Cet appel a été lancé tout de suite après le discours royal d’une part par Alberto Garzon, héritier de Santiago Carillo et Julio Anguita, leader charismatique de " Izquierda Unida " et membre de l’équipe de coordination de la coalition " Unidos Podemos " et d’autre part par Omar Anguita, le porte-parole des " Jeunes Socialistes Espagnoles " qui se démarque de la position molle et confuse du PSOE empêtré dans son appui à la constitution et donc au gouvernement.

Un signal que le PSOE, qui ne pourra pas supporter longtemps son obligation de soutien au PP pour défendre la constitution, va devoir considérer chaque jour davantage face au risque d’exploser.

La déclaration unilatérale d’indépendance est prévue pour la fin de semaine, possiblement après-demain, anniversaire du jour de la déclaration de l’état républicain catalan par Lluis Companys le 6 Octobre 1934, avant qu’il soit fusillé en 1940 à la citadelle de Montjuic par la dictature franquiste après avoir été capturé en France par la Gestapo.

L’émotion grimpe à vue d’œil, alors que la tête de l’état espagnol rappelle furieusement ses racines.

La suspension de l’autonomie catalane par l’application de l’article 155 de la constitution espagnole sera très certainement la réponse du gouvernement central. Elle est logique, sur un plan strictement légaliste, mais elle est épouvantable sur le plan humain.

Il est urgent qu’un front venu de toute part exige une solution pacifiste et demande la démission immédiate des deux chefs de gouvernements responsables de ce qui peut devenir un drame pour la démocratie et surtout pour les gens de Catalogne et de toute l’Espagne pris en otage et proche de l’insurrection pure et dure de la population catalane qui a opté pour les sentiments contre la force.

Le retour d’un front républicain sera-t-elle la solution en unifiant les forces politiques représentant la majorité des électeurs espagnols et en suivant le modèle transversal catalan et aussi le modèle qui amena à la 2e république espagnole ou, au contraire, renforcera-t’elle l’électorat du PP pour continuer dans sa dérive ?

L’anomalie de la " démocratie " espagnole qui n’a jamais fait son deuil de la dictature franquiste revient de plus en plus à l’ordre du jour, quelle que soit la démarche illégale et fourbe du gouvernement catalan, passé maître dans la manipulation des foules.

Le gouvernement espagnol n’est-il pas en train de légitimiser cette voie unilatérale, alors que la somme des deux réactions rallie l’indignation de tous les démocrates du monde affolés par cette marche forcée du fanatisme ?

N’est-il pas en train de démontrer qu’une médiocratie ne peut en aucun cas faire face à la complexité du monde réel et que les citoyens responsables et réellement démocrates se doivent d’exiger un dialogue sur une base coopérative entre " le droit " et " les sentiments ", en réponse à cette version catastrophique du clasico " Madrid-Barcelona ".

Il est urgent de sortir de la " post-verité ", du négationnisme et des faits alternatifs ici et ailleurs. Une nouvelle évidence émerge : les espagnols sont au bord d’une nouvelle guerre civile, la faute aux fractions nationalistes de la droite espagnole et catalane à la tête du pouvoir, obnubilés par leur commerce électoral, par le détournement de l’attention face aux énormes affaires de corruption et par une idéologie élitiste provoquant la misère des peuples.

Gilles MIRAMBEAU

MediaPart