Un discours et des menaces atterrants

, par  DMigneau , popularité : 68%

Un discours et des menaces atterrants

L’arrogant et belliqueux discours prononcé par le président des Etats-Unis devant l’Assemblée générale des Nations unies a atterré la majorité de ceux qui l’ont écouté.

De l’aveu d’observateurs qui suivent depuis longtemps les déroulements des assemblées générales onusiennes, jamais chef de l’État - même américain - n’a prononcé un discours de la sorte qui n’a été rien d’autre qu’une suite de digressions malvenues sur ce que devrait être l’ONU - selon Donald Trump - et de menaces à l’encontre des pays avec lesquels l’Amérique est en mauvais termes.

Les réactions à la prestation du président américain ont été de consternation chez ceux qui l’ont pensé acquis à la vision multilatérale de la gouvernance du monde dont l’ONU en est l’enceinte et de réprobation outrée chez ceux à qui ses menaces et violences verbales ont été destinées.

Tous ont compris néanmoins que l’Amérique de Donald Trump est de « retour » non pas pour mettre sa puissance et son influence au service de la concorde et de la concertation entre les nations du monde mais en affichant sa volonté d’imposer son leadership mondial.

Manichéen jusqu’à en être ridicule, Donald Trump a mis tous les États qui contestent l’hégémonisme américain aux conséquences désastreuses pour la paix dans la liste des États « voyous » et proféré à leur encontre d’abominables menaces.

Même des alliés de l’Amérique n’ont pas été épargnés par le belliqueux orateur qui leur a intimé que le seul " multilatéralisme " dans la conduite des affaires du monde est celui qui reconnaît à son pays le droit d’agir en leader incontesté.

Le " multilatéralisme ", Donald Trump en a hypocritement loué les valeurs au début de son discours mais pour très vite donner à comprendre ensuite que ce n’est pas sa vision et que sous sa présidence, la politique étrangère américaine ne s’y pliera pas.

La force et encore la force.

Voilà ce que s’annonce être l’arme que le président des EU entend mettre au service de sa politique étrangère.

Venant d’un homme d’État qui est à la tête de la plus grande puissance mondiale, la violence des propos qu’il a tenus devant l’Assemblée générale a de quoi inquiéter et pas seulement les Etats à qui il s’en est pris ouvertement.

Elle fait entrevoir, en effet, que le monde court le risque de confrontations apocalyptiques qui seront causées par les faux calculs que Donald Trump pourrait faire en exagérant l’impact dissuasif de ses menaces et de sa détermination à user de la force militaire des États-Unis.

Trump ne veut pas voir que la politique d’unilatéralisme qui a été celle de son pays depuis la disparition de l’Union soviétique n’est plus tolérable pour de plus en plus d’Etats qui s’estiment légitimement être des acteurs dont les intérêts, le poids et l’influence ne peuvent être ignorés et leur donnent droit à inférer sur la gouvernance mondiale.

Au Moyen-Orient, la réalité de l’obsolescence de la politique unilatéraliste de l’Amérique s’est dramatiquement révélée et c’est ce qui peut-être a incité Donald Trump à faire étalage de la puissance américaine dans une tentative d’intimidation à l’endroit des États qui en ont fait la démonstration dans cette région et sont tout autant à le faire ailleurs : là où l’Amérique s’aviserait d’entrer en confrontation avec eux.

Kharroubi HABIB

Le Grand Soir